
Carnet mis à jour en 2017.
Texte sélectionné par l’éducation nationale, Liste de « Lectures pour les collégiens » 2013.
Carnet pédagogique rédigé par Véronique Dekimpe, professeur de français du secondaire et Alexandra Pulliat, professeur de français du secondaire.
Recherches documentaires : Marie Anglade et Alexandra Lazarescou.
Jojo est un solo boy urbain. Dans une rue déserte, il traîne avec un ballon de foot crevé pendant que ses parents sont partis au soleil. Surgissent deux fées un peu déglinguées, Anita et sa vieille mère Jilette. Des fées comme dans les contes, mais désœuvrées, au RMI (Revenu Magique d’Insertion). Anita confie au garçon la mémé qui perd la boule, mais cette dernière disparaît. Commence alors pour Jojo, parti à sa recherche, un parcours initiatique qui l’emmène de la grande forêt aux séances de désintoxication d’une clinique pour superhéros paumés (Batman, Billy Juan Poucet dit le P’tit…).
Comme Peer Gynt, personnage d’Ibsen, Jojo, véritable protagoniste de roman initiatique, avance à la recherche de lui-même et de son identité. C’est dans son propre cœur, où aucune personne n’est encore entrée, qu’il retrouvera la vieille fée, allégorie de l’amitié, de l’affection et de l’amour. Lui ayant apporté tout ce dont il avait besoin pour être lui-même, il sera temps pour elle de mourir et pour lui de grandir.
Avec une langue vive, un style d’aujourd’hui détournant le langage des jeunes, Stéphane Jaubertie aborde le thème de la connaissance de soi, du rapport aux autres et à la réalité. C’est touchant, drôle : un bonheur à lire et à jouer.
Né en 1970, Stéphane Jaubertie a suivi une formation de comédien à l’École de la Comédie de Saint-Étienne. Il a joué dans une trentaine d’œuvres de divers auteurs : William Shakespeare, Bernard-Marie Koltès, Georges Feydeau, Harold Pinter, Bertold Brecht, Fernando Pessoa, Federico Garcia Lorca, Andrée Chedid, Rainer Werner Fassbinder… Il a écrit, à ce jour, quatre textes dramatiques : Une chenille dans le cœur (commande de cinq théâtres et du Conseil général de Seine-Saint-Denis, création par Bruno Lajara en novembre 2008) ; Jojo au bord du monde (lauréat de l’aide à la création de la DMDTS, création par Nino d’Introna au Théâtre Nouvelle Génération - CDN de Lyon, en mars 2008) ; Yaël Tautavel (lauréat des Journées de Lyon des auteurs de théâtre, Prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public de Cuers, création par Nino d’Introna en octobre 2006, à Lyon et en tournée) ; Les Falaises (aide d’encouragement à l’écriture de la DMDTS, création en septembre 2007 à Paris). Il est auteur associé au TNG de Lyon et anime des ateliers d›« écriture dynamique » pour les enfants et les adultes. Il explore l’aspect ludique de l’écriture, créant une langue inventive et imagée, un style d’aujourd’hui. Il aime surprendre par des fables questionnant l’initiation et l’apprentissage, le rapport à l’autre ou le délicat passage de l’enfance à l’âge adulte.
Seul, abandonné par des parents indignes partis profiter de la vie une semaine durant sous des cieux idylliques, Jonas-Joachim, alias Jojo, traîne dans la rue, assis sur son ballon dégonflé. Surgit une fée qui l’entraîne dans des aventures singulières et rocambolesques bouleversant à tout jamais sa vie.
Une petite rencontre avec le héros éponyme de l’œuvre s’impose et pour ce faire, partons de l’observation de la couverture.
Objectifs :
L’étude du paratexte, et de la couverture en particulier, offre aux élèves une occasion d’exercer leur sens de l’observation et leur esprit de déduction ; la couverture fournit au lecteur de nombreuses indications : elle lui permet d’élaborer des hypothèses sur le contenu de l’histoire, elle esquisse le caractère ou le statut des personnages, elle dévoile des problématiques.
Dans un premier temps, les élèves décrivent l’illustration (dénotation) : cet exercice peut se réaliser directement en complétant le tableau suivant au fur et à mesure que les réponses sont émises par les élèves. On peut demander aux élèves de préciser la place de chaque renseignement (projection de la couverture sur rétroprojecteur) ou de réaliser l’exercice en remplissant une couverture vierge où ils replaceraient toutes les informations repérées et relevées. Les élèves préciseront l’utilité que revêt chaque renseignement trouvé.

Puis individuellement, chaque élève imaginera à quoi ces éléments relevés pourraient le faire songer (connotations).
En guise de synthèse, les élèves peuvent rédiger un petit texte à la fois informatif et descriptif pour présenter cet ouvrage en terminant par deux ou trois propositions personnelles sur l’histoire à venir. Les textes seront lus à voix haute et pourront donner lieu à une discussion ou à une reprise installant un échange entre les élèves.
Le relevé des informations laisse apparaître les éléments suivants :
Ce que l’illustration peut suggérer, ce que l’on peut en déduire : le ballon occupe une place majeure de l’espace de la couverture dans sa totalité.
Avec ses zones de bleu sombre, d’ocre et de vert, ce ballon peut représenter le globe terrestre, qui s’étend de la quatrième à la première de couverture. On peut voir se dessiner une partie de monde, des bouts de terre, un continent bordé d’un vaste océan. À la limite de ce monde imaginé, juste à la périphérie de la rotondité de la terre se trouve « le bord du monde », seconde partie du titre placée dans le vide, à l’endroit où la lumière du soleil se fait éclatante. De l’autre côté, règne l’obscurité, la nuit.
Jojo, le prénom, est inscrit sur la terre, il se situe près du bord de ce monde ainsi figuré par le ballon. Peut-être faut-il demander aux élèves de préciser ce que l’expression « au bord du monde » signifie, représente pour eux. Jojo est inscrit sur la partie éclairée, tournant le dos à l’obscurité, placé dans la lumière et le vert (à connoter).
On peut procéder à un questionnement des élèves qui peuvent imaginer les situations qui pourraient mettre Jojo au bord du monde. Et quel pourrait être l’état de Jojo s’il se retrouve ainsi au bord du vide ? (sens propre et figuré) Marginalisation ? Désespoir ?…
On peut compléter ce travail en donnant aux élèves l’expression familière, populaire « être un affreux Jojo » : quel est le sens de cette expression ? Qui pourrait prononcer cette phrase ? Dans quelle situation cette phrase pourrait-elle être prononcée ? Dans quel état, quelle émotion se trouverait cette personne ? Peut-on établir un lien entre cette expression et le titre de cette œuvre ? À justifier.
Une seconde signification peut naître de l’observation de la première de couverture ; tout en rondeur, dodu à souhait, ce ballon pourrait symboliser un ventre, un ventre de femme enceinte, prête à accoucher, promesse d’un bonheur à venir.
Jojo est le prénom qui se trouve sur ce ballon, posé sur le ventre ; il est déjà au monde. Ce prénom est posé sur une partie translucide, éclairée, illuminée d’une lumière chaude, reflet du soleil, lumière de vie. Cette interprétation amènerait la thématique de la naissance, de la venue au monde, ou encore/ou plus exactement, de la renaissance ou de la prise de distance, d’autonomie, d’indépendance par rapport à la mère : quitter la sphère maternelle, pour s’aventurer dans le monde, prendre son envol, affronter les dangers, vaincre ses peurs et grandir. Ce que Jojo fera dans ce récit initiatique, les élèves le découvriront lors de la lecture cursive de l’œuvre.
Ce ballon est fermé par un nœud qui l’empêche de se dégonfler, qui le maintient sous pression. Ce nœud serait ce qui retient Jojo au monde, ce qui soutient son existence, une sorte de point d’ancrage. Peut-être peut-on y voir aussi « le nombril du monde » et par là, imaginer que Jojo se penche sur son existence, sur son intimité grâce à une introspection, un retour sur soi.
Jojo semble être le personnage principal, il donne son surnom à l’œuvre.
Jojo rencontrera des problèmes, ou sera en danger : la proximité du vide nous le signale. Jojo semble seul au monde, peut-être est-il désespéré ou porte-t-il un secret trop lourd ? Se profile la thématique de la solitude.
La présence de la lumière est une promesse d’un avenir meilleur, d’une résolution du problème qu’il rencontrera.
Poursuivons l’enquête autour de ce Jojo en étudiant la liste des personnages, liste longue et pour le moins curieuse et inattendue. Nous aborderons ce travail par la lecture à voix haute de cette liste et par un questionnement individuel : on peut demander aux élèves de noter d’un côté, tout ce qui peut les intriguer ou les surprendre et de l’autre tout ce qui leur apparaît normal, classique. Demander à chacun de justifier ses choix. Échange oral pour comprendre comment S. Jaubertie régit son monde théâtral.
On peut procéder également avec une série de questions. Que nous apprend cette liste sur :
Première surprise de taille : surgissement de Blanche-Neige et de Batman dans cette histoire de théâtre. Stéphane Jaubertie convoque des héros existants, il emprunte au conte le personnage de Blanche-Neige et celui de Batman à la BD.
Deuxième surprise : deux autres personnages sont nommés Dupont et Dupond ; doit-on y voir un lien avec le célèbre couple d’enquêteurs maladroits des aventures de Tintin ? Sont-ils des frères jumeaux inséparables comme les deux doigts de la main ? Des cousins ? En tous cas, ces deux personnages possèdent un prénom, ce qui les différencie des personnages d’Hergé ; l’un possède un prénom d’origine anglaise ou américaine, Brian et l’autre un prénom d’origine arabe, Sofiane. Sont-ils des descendants de ces enquêteurs ? Que viennent-ils faire dans cette histoire ?
Troisième remarque : les jeux sur les sonorités et sur les mots.
On remarque le prénom d’un personnage, Jilette qui se prononce comme la marque de rasoir. Y a-t-il un rapport avec le côté tranchant de cet objet utilitaire ou doit-on y voir l’aspect « barbant, rasoir » de la personne ainsi prénommée ? Ce prénom n’existe pas ou alors il correspond à une déformation d’un autre prénom comme Ginette ou encore Juliette, prénoms qui orienteraient l’histoire vers un tout autre registre.
Deux autres prénoms surprennent le lecteur : les frères Demal, Kéjdi et Kéjfé, deux prénoms (avec le nom de famille) qui correspondent à la transcription phonétique de deux questions, « qu’ai-je dit de mal ? » (Référence à la parole) et « qu’ai-je fait de mal ? » (Référence à l’action).
Ce qui est moins surprenant ou plus classique : Anita est un prénom féminin et assez neutre.
Billy-Juan, prénom composé qui peut faire référence à la chanson de Mickaël Jackson, chanson issue de l’album Thriller. Est-ce une référence à Dom Juan ? à Billy the Kid ?
Jojo, prénom placé en tête de la liste, semble être un surnom, un diminutif : Jojo, terme plutôt affectif. Georges, Joseph, Johnny… S’amuser avec les élèves à trouver les vrais prénoms et établir les connotations liées à ce surnom. Ainsi placé en tête de liste, personnage éponyme de l’œuvre, il apparaît comme le personnage le plus important. Les élèves découvriront dès la première scène que ce personnage s’appelle Jonas-Joachim Tabanas, et que ce surnom correspond à la première syllabe de ses deux prénoms.
Quant à l’ordre de distribution, il ne semble pas y avoir de principe organisateur apparent et aucun pacte de lecture ne peut être élaboré. La liste des personnages est laconique : les personnages ne sont pas présentés, aucune relation ne se tisse en eux et aucun rôle ne se dessine, excepté autour du personnage de Jojo, en tant que personnage principal, et des héros empruntés au conte et à la BD. Aucune intrigue ne peut être élaborée, suggérée à partir de ces renseignements ; aucun schéma actantiel ne peut être déduit.
Qui aime qui ? Qui déteste qui ? Qui est le traître ? Que recherche le héros ? Qui est son rival ? Qui sera son ami ? Quelle pourrait être l’intrigue si Blanche-Neige croisait Batman au détour d’une forêt ?
Que font tous ces personnages ensemble ? Pourquoi ce mélange de personnages ?
Tout ce que le lecteur peut repérer, c’est la présence en première position de Jojo. On peut éventuellement envisager que l’auteur les a disposés de la sorte en fonction de l’ordre d’apparition dans la fable, tout simplement. Ce que les élèves peuvent vérifier très vite en feuilletant l’ouvrage. Effectivement, la succession des personnages suit le déroulement de la pièce : à chaque prise de parole, à chaque apparition sur scène/dans la fable d’un personnage, la liste se complète.
On peut expliquer qu’il en est ainsi dans le théâtre contemporain (par rapport à une liste de personnages classiques - tragédie/comédie).
Quelles sont les conséquences de cette disposition des noms de personnages ?
Activité : on pourrait demander aux élèves de compléter, de préciser cette liste des personnages par des adjectifs (caractère, physique), des relations (sociales, familiales) et des fonctions et cela au fur et à mesure de l’évolution de la lecture cursive.
Qui est ce Jojo ? Que va-t-il lui arriver ? Que va-t-il donc se passer dans cette histoire ? Pourquoi croise-t-il sur sa route Blanche-Neige et Batman ?… Premier survol de la pièce pour en déterminer les spécificités, les particularités.
Repérer la structure de la pièce par une lecture en diagonale et analyser son fonctionnement et le rôle / le statut des personnages.

Bilan
Ce que les élèves peuvent repérer :
Dans la catégorie des personnages
Dans la catégorie du lieu, de l’espace
Singularité, particularité
Bilan
À partir de ce relevé, on peut demander aux élèves de sélectionner les scènes ou les particularités du texte qu’ils aimeraient étudier, les scènes qui les intriguent le plus, celles dont ils aimeraient lever le mystère.
Notre attention se portera sur deux scènes importantes, celles qui encadrent cette histoire : scène 1 et scène 8.
Mener une étude comparative entre la scène d’exposition et la scène de dénouement. Dégager les rapports de force entre les personnages. Esquisser un schéma de la fable.
L’étude de la scène d’exposition peut débuter par la lecture orale de la didascalie puis nous procéderons par un questionnement dont les réponses permettront de dégager des critères d’analyse pour tout début de texte de théâtre.
L’étude de la scène de dénouement peut s’effectuer de manière identique. On pourra en conclusion avec les élèves faire apparaître les ressemblances et les différences entre ces deux types d’écriture et établir l’intérêt respectif de chaque type de scène.
Questionnement : quelles sont les informations fournies ? Quels sont les éléments positifs, négatifs ? Quel(s) champ(s) lexical/aux se dégage(nt) ? Quels enjeux ou thématiques se dessinent ?
La scène 1 débute par une didascalie : « Une rue déserte, inondée de soleil. Jojo est là, seul, assis sur un ballon dégonflé. Brille son blouson rouge. Apparaît Anita. Dans un fauteuil roulant suit Jilette. »
Quand tout commence par le silence :
Bilan
Cette première didascalie nous indique clairement que Jojo est silencieux, perdu dans ses pensées, solitaire avec pour seul compagnon, son ballon dégonflé. Il est vêtu de son blouson rouge, seul éclat de vie, de couleur dans une vie qui apparaît morne, calme. Il est dérangé par deux personnes qui font irruption dans son univers. La scène est réaliste.
La scène 8 débute par une didascalie : « Dans la rue de Jojo, c’est la nuit. Anita attend. Il arrive. »
Quand tout s’achève :
Bilan
De la difficulté à dire, à parler : scènes 1 et 8
Après un temps de découverte individuelle de la scène, des élèves proposeront une lecture à voix haute de cet extrait. Une série de questions sera proposée après un échange collectif autour des impressions de lecture des élèves :
Qui parle en premier ? Quel est son but ?
Quel effet cette prise de parole provoque-t-elle chez l’interlocuteur ?
Comment se poursuit cet échange ?
Éléments de réponses :
C’est Anita qui prend la parole en premier, rompant le silence de cette scène : venue dont ne sait où, elle surgit et prononce une formule magique « abracadabri… » plaçant résolument la situation soit du côté de la moquerie, du jeu, de l’absurde, ou soit du côté merveilleux.
Sa formule se veut poétique : présence de rimes mais l’ensemble reste très maladroit, rimes pauvres, vocabulaire simple, banal, des mots élidés et le tout s’achève par la chute d’Anita qui prononce alors une interjection familière, une grossièreté qui détruit / ruine sa tentative poétique.
Jojo lui répond et Anita saisit cette opportunité pour enchaîner la conversation. Elle se présente et confirme son état de fée. « Anita la bonne fée. », condition héritée de sa mère.
On peut solliciter les élèves en leur demandant de rechercher toutes les preuves du merveilleux dans cet échange, toutes les preuves qui vont convaincre Jojo qu’il n’est victime ni d’un canular ni d’une hallucination. On peut aussi les faire réfléchir sur le rôle du merveilleux aujourd’hui, sur les motivations de S. Jaubertie dans l’emprunt de ces figures et de ce registre.
Autre travail à proposer : vérifier si d’autres scènes appartiennent soit au registre merveilleux soit au registre réaliste : les scènes dans le bar et à l’hôpital notamment avec la présence de ces personnages du conte et de la BD sont intéressantes. Est-ce que d’autres registres sont présents dans cette histoire ? On pense notamment les deux scènes dans le cœur de Jojo. Faire relever aux élèves les éléments spécifiques de chaque registre.
La réaction, la réponse de Jojo nous intéresse : jusqu’à présent silencieux, Jojo se sent obligé de rompre son silence et il prend la parole : est-ce la formule magique, premier miracle, qui le fait sortir de son mutisme ?
Certes, sa réponse n’est guère avenante « On se connaît ? », mais Jojo accède à la parole, formule ses premiers mots, premier pas encourageant. Il pose une première question et enchaîne avec une série d’interrogations : « Pour quoi me faire ? », « Et d’où ça sort ? » « Où donc ? »… Jojo est méfiant, incrédule face à cette fée qui vient de nulle part ; il n’apprécie guère cette intrusion qui perturbe sa vie, sa tranquillité, mais il accepte de discuter avec Anita, un échange s’installe entre eux deux et petit à petit, Jojo prend confiance en lui et fait confiance à cette fée, un premier lien se tisse.
On peut faire travailler les élèves sur la parole de Jojo et d’Anita, leur faire relever les écarts de langage, les marques de l’oralité. Elision, constructions erronées, langage familier, phrases tronquées, négations oubliées, l’utilisation des expressions détournées, les erreurs sur les sonorités et l’humour qui en découle …
Travail à proposer : d’autres personnages éprouvent des difficultés avec le langage ; on peut demander aux élèves de répertorier tous les problèmes de prises de parole qui jalonnent ce texte.
De l’incapacité à nommer clairement Jojo
Autre problème à faire remarquer aux élèves concernant la manière d’appeler, de désigner Jojo. Ce personnage n’est jamais appelé correctement par son surnom. Tous les personnages se trompent lorsqu’ils l’appellent, à l’exception de Jilette. Elle lui fait répéter plusieurs fois son identité, mais elle retiendra toujours son prénom sans jamais se tromper. Ce qui n’est pas le cas de tous les autres personnages. Tous s’obstinent à l’appeler autrement à commencer par Anita ; elle appelle Jojo correctement une seule fois quand elle lit la signature au bas du bon de livraison. Elle lit le prénom inscrit pensant à une erreur de la part du signataire. Une fois qu’elle a pris conscience de sa bévue, elle n’appellera plus jamais Jojo de la bonne manière. On pourrait demander aux élèves de relever toutes ces appellations différentes et d’analyser les raisons de ces erreurs et les effets produits.
De la difficulté à dire, à parler : que devient cette prise de parole dans la scène 8 ?
Éléments de réponses
Comment évolue cette parole ? Que se dit-il ? Quels sont les enjeux ?
Scène 1 : Au cours de la première scène, Jojo fait connaissance avec Anita : lorsqu’ils discutent, de nombreuses informations sont données au lecteur/spectateur. Pour établir le(s) enjeu(x) de la pièce et dresser une fiche sur le personnage principal, on peut proposer aux élèves de repérer précisément les informations données par les deux personnages
On peut partager la classe en 3 groupes : le premier recherche tous les renseignements concernant ce que l’on dit de Jojo. Un deuxième groupe prend en charge ce que Jojo dit de lui. Et le troisième groupe notera toutes les informations concernant l’action ou la parole action de Jojo et permettant de dessiner son caractère, de dessiner son personnage et d’esquisser la structure de la pièce.
Scène 8 : proposer aux élèves une lecture à voix haute de la totalité de la scène et leur demander de répondre individuellement aux questions : en quoi cette scène est-elle un dénouement ? Comment s’achève l’action ? Que devient le personnage principal ? Qu’apporte le dénouement à la structure de l’ensemble ?
Les élèves proposent une définition de la scène d’exposition et expliquent comment S. Jaubertie la conçoit dans cette œuvre : Qu’est-ce qu’une scène d’exposition ? Quel est son rôle ? Ils peuvent élaborer une première conclusion sur la notion de personnage, sur sa construction : action, qualité et langage. Qu’est-ce qu’un personnage ? Quels sont les éléments qui le caractérisent ? Enfin, les élèves établiront les enjeux de cette première rencontre. Puis ils complèteront ces fiches sur le personnage en précisant sa quête, son évolution et son apprentissage au regard des travaux effectués sur la scène de dénouement. Le professeur définira alors la notion de dénouement et celle de parcours initiatique ; les élèves pourront se lancer dans la lecture de l’œuvre avec pour projet d’établir, de repérer tous les moments où Jojo apprend, progresse, grandit en réalisant, accomplissant une épreuve.
On peut demander aux élèves de relever, au fur et à mesure de la lecture de la scène1 les raisons, la motivation qui pousse Jojo à faire confiance, à accepter cette confiance d’Anita ; ce sera l’occasion de compléter la fiche personnage avec une qualité de Jojo : l’empathie et la générosité. Jojo, touché par la détresse d’Anita, lui rend service.
Complétons ce premier travail en demandant aux élèves d’imaginer, d’élaborer tout ce qu’implique cette confiance que l’on donne, que l’on reçoit l’un, l’autre. Cette réflexion apportera un éclairage singulier sur 3 scènes : la scène 2 et les deux scènes qui se déroulent dans le cœur de Jojo.
Un lien particulier se crée entre Jojo et Jilette, les deux générations s’entendent, les « vieux » et les « jeunes » se font confiance, s’apprécient alors que la génération des parents, celle qui doit faire le lien et transmettre les valeurs, brille par son absence et fait cruellement défaut.
On peut lancer les élèves dans un débat sur leur vécu : acceptent-ils de faire confiance aux autres ? Qui ? Pourquoi ? Comment ? Est-ce qu’on peut leur faire confiance ? Pourquoi ? Comment définir la relation parents / enfants ?…
Grâce à cette très belle rencontre avec mémé Jilette, Jojo accepte de parler de lui, de se confier et ainsi il se construit et peut envisager de grandir sereinement. Jojo sait que mémé Jilette est âgée et qu’elle passera bientôt « l’arme à gauche ». Elle va bientôt être muette comme une tombe, ce qui motive sa confession et témoigne de la peur de se voir trahi par l’adulte. De plus, si un mot de ses secrets confiés à la vieille dame sortait de sa bouche, Jojo pourrait aisément la discréditer puisqu’elle perd la boule. Mis en confiance, Jojo s’est livré et a accepté l’amour de l’autre, ingrédient nécessaire pour franchir les étapes de la vie, même si cette dernière lui ravit très rapidement l’être cher. (Lire la scène 7 en classe : dialogue entre la mémé Jilette morte avec Jojo) Jojo a fait confiance à Anita, il a cru en sa bonne étoile, il s’est fait confiance. Jojo a grandi dans tous les sens du terme, il a réussi sa mission.
Dès le début de la pièce, Jojo est seul sur scène, il occupe l’entièreté de l’espace de sa présence silencieuse. C’est Anita la bonne fée qui vient perturber cette tranquille immobilité. Sollicité par cette dernière, Jojo prononce ses premiers mots. Quelques mots.
Notre objectif sera de travailler cette présence silencieuse dans l’espace et d’aborder l’émergence de la parole et les ratés du langage.
Les élèves se répartissent dans l’espace d’une manière équilibrée ; ils restent debout, les pieds placés selon l’écartement du bassin, bien plantés comme enracinés dans le sol. Les bras sont placés le long du corps, mains relâchées, les épaules sont détendues, le regard est posé sur l’horizon. Redressez la tête et le corps : tête bien droite comme si un fil la maintenait sur le dessus du crâne. Respirez et prenez conscience de l’endroit où se situe la respiration ; posez la main à cet endroit du corps. Tentez de transformer cette respiration en une respiration ventrale. Assouplissez le corps, les genoux, les articulations. Levez lentement les bras au-dessus de la tête. Tendez les doigts le plus haut possible, l’exercice s’effectue tout en douceur. Lentement, se mettre sur la pointe des pieds de manière à étirer également les orteils. Veillez à bien étirer toutes les extrémités du corps comme si on était un arbre qui s’étirait jusqu’au bout de ses feuilles. Puis inversez le processus et revenir à la position de départ.
Délimitez un espace de jeu sur lequel les élèves se répartissent d’une manière équilibrée. Chacun se déplace dans cet espace en adoptant une allure normale tout en veillant à respecter cet équilibre du plateau. Marchez de la manière la plus neutre possible et le regard placé sur l’horizon, sans regarder personne. Chacun se déplace en solitaire et comme s’il était plongé dans ses pensées tout en demeurant attentif à ce qui se passe autour de lui. Puis dès qu’un participant croise le regard d’une personne, les deux ralentissent l’allure jusqu’à l’arrêt sans cesser de se regarder et ce, juste quelques secondes ; puis chacun poursuit son chemin doucement en jetant un ou deux regards sur la personne qu’il vient de quitter.
Poursuivre l’exercice de la même manière en ajoutant une intention dans le regard jeté ainsi à l’autre : la méfiance, le doute, une crainte. Une distance respectable s’installe donc entre ces deux personnes : l’un des deux dira « on se connaît ? ». L’autre lui répondra « Anita la bonne fée » en adoptant le ton nécessaire pour « rompre la glace » ; il pourra associer un geste engageant, un mouvement vers l’autre. L’interlocuteur réagit comme bon lui semble, la seconde réplique de Jojo peut être dite.
L’exercice peut se poursuivre en conservant ce principe de jeu : alors que le groupe se déplace sur le plateau, l’un des participants décide de s’arrêter, ce qui entraîne l’arrêt des autres. La personne qui arrête le mouvement du groupe vérifie que tout le monde la regarde et lance alors la réplique « On se connaît ? » à l’un des participants. Ce signal déclenche alors un regroupement de personnes autour de la personne interpellée de la sorte ; une fois le chœur créé, la personne interpelée prononce la première phrase de la formule magique « Abracadabri Y a d’la chance par ici », formule adressée à ce Jojo méfiant. Les autres membres du chœur reprennent la phrase en conservant la même intention, la même intensité, le même rythme. S’amuser à varier les intentions, les rythmes, les intensités. On peut s’amuser à chanter, fredonner, susurrer cette formule magique… Un second chœur se forme d’une manière similaire, il prononcera la seconde phrase de la réplique et ainsi de suite…
Comment réaliser son entrée ? Quelle démarche adopter pour pénétrer dans cet espace de jeu ?
Trois générations sont présentes sur scène : proposer aux élèves de jouer ces trois âges différents. En fonction du caractère de chaque personnage, trouvez sa silhouette, sa démarche, son énergie (la source d’énergie est au centre du corps, à travailler avec les élèves).
Découper l’espace du plateau en plusieurs zones égales : dans une première zone, inscrire « enfance », dans une seconde, « adulte », dans une troisième « adolescence », dans une quatrième, « vieillesse ». Possibilité de définir les caractéristiques de chaque tranche d’âge avec les élèves.
Pour la vieille : travailler l’économie du geste ; faire de petits pas, de petits gestes, le corps se raidit avec l’âge ; seules les extrémités compensent cette immobilité qui s’installe. Tout devient menu. L’énergie s’épuise avec la vieillesse, elle devient plus diffuse. Travailler également le port de tête. Se ratatiner.
Pour Jojo : travailler un corps d’adolescent, un corps qui grandit, un corps dont l’énergie est endormie, travailler la jeunesse du corps et des mouvements.
Pour Anita : travailler une énergie vive, débordante, proche du stress. Travailler la maturité, la maîtrise de soi.
Consigne : chaque participant, après s’être exercé, choisit son personnage. Il entre sur scène, se place face public, dit son prénom et quitte le plateau.
Séparer le groupe en deux parties, l’un s’exercera sur le plateau pendant que l’autre sera observateur de l’exercice.
Consigne 1 : explorez différentes zones de l’espace et trouvez les meilleures places possibles (pour les participants).
Consigne 2 : définissez les raisons qui font qu’une place est meilleure qu’une autre (pour les spectateurs).
Délimiter l’aire de jeu
Les participants se disposent autour de cet espace vide. Un élève entre sur le plateau.
Consigne A : pénétrez dans cet espace et installez-vous à la meilleure place, celle à partir de laquelle vous pensez être vu de tous, la place à partir de laquelle vous captez toute l’attention du public. Veillez à respecter l’équilibre du plateau.
Consigne B : deux élèves pénètrent sur le plateau. Entrez sur le plateau en respectant l’équilibre du plateau et installez-vous à la place à partir de laquelle vous pensez être vu de tous.
Échange entre les élèves : définir la meilleure place sur le plateau lorsqu’on est seul, à plusieurs et établir les règles de fonctionnement de l’espace de jeu.
Règle
Quand le plateau est vide, il est en équilibre ; dès qu’une personne entre dans cet espace, elle en bouleverse l’équilibre. Pour rétablir cet équilibre, il faut que cette personne se rende au centre du plateau ou il faut qu’une autre personne entre sur le plateau en même temps que la première personne et toutes deux doivent se situer à égale distance du centre du plateau.
Si une personne est installée au centre du plateau, elle capte toute l’attention du public ; l’entrée d’une personne crée un déséquilibre. En fonction du déplacement et de la posture de la seconde personne, l’équilibre du plateau peut être rétabli.
Proposer à l’autre groupe de mettre en espace deux autres fragments du texte :
Scène 8, page 90 : Jojo seul sur scène et discutant au téléphone.
Scène 4, page 48 : installer Batman et ses amis dans l’espace.
Un participant s’installe au centre du plateau : il pose son regard sur un point imaginaire, devant lui, face public tout en adoptant une attitude neutre. Il pense à l’état qu’il veut proposer et essaye de trouver l’état intérieur provoqué par cet état. Il tente de sentir, de ressentir cet état et petit à petit, il laisse transparaître cet état sur son visage, dans son regard, dans la position de son corps, dans son allure, dans son attitude physique. Une autre personne peut entrer en scène, se placer à côté de lui et se laisser contaminer lentement par l’émotion proposée. Ressentir la crainte, la peur, l’ennui, la lassitude, la joie, la force… varier les états (possibilité de créer différentes zones (1ère étape de l’exercice 3) dans lesquelles les élèves se promènent pour jouer les émotions. Puis relire la scène 1 et établir l’état d’esprit de Jojo, celui d’Anita et de Jilette et mettre en espace ces trois états différents sous la forme d’un théâtre d’images. Le début de l’échange peut être dit.
Objectif : Comment redonner vie à ces mots écrits ? Comment rendre perceptible la matière de la langue et des mots ?
Sensibiliser les élèves à la posture à adopter lors de l’exercice de lecture.
Choisir la posture la plus agréable, il faut juste se tenir de manière à voir l’auditoire et à en être vu dans le simple objectif d’en être entendu. S’adresser à cet auditoire : travailler la direction du regard, du corps.
Se tenir bien droit, le dessus de la tête comme tiré par une ficelle, les épaules sont détendues et les mains posées sur le pupitre.
Proposer aux élèves quelques exercices respiratoires afin de détendre le diaphragme (respiration ventrale) et de poser la voix.
Adopter la voix de manière à être entendu de l’auditoire ; lui donner suffisamment de puissance en articulant chaque mot en travaillant les respirations.
Travailler l’attaque de la phrase, du mot : trouver et maintenir le bon niveau de voix et de tension.
Mordre dans les mots, les mastiquer de manière à les prononcer correctement. Travailler les mots comme si on les découvrait pour la première fois. Exagérer les mécanismes de l’articulation : dire au ralenti chaque syllabe du mot ou encore mimer les syllabes des mots sans les prononcer en exagérant l’articulation. Placer sa voix dans les hauteurs ou au contraire dans les graves, jouer à articuler en murmurant, en râlant, en riant, en criant… S’exercer sur la première liste de mots page 27 : deux personnes face à face se disent ces mots les uns après les autres.
Prendre une inspiration lente et profonde : prononcer un maximum de mots sur l’expiration, s’exercer sur la tirade de Billy-Juan. Se placer en cercle et se répartir les propositions : un signe de ponctuation indique un changement de lecteur. Lire ces propositions en accélérant le rythme et en augmentant l’intensité ; puis ralentir progressivement le rythme et prononcez ces paroles d’une voix monocorde. Repérer le rythme de la phrase.
Les élèves se regroupent par binôme et se placent au fond de l’aire de jeu. Le binôme s’adresse au public, comme si la Grande Peur était présente dans cet auditoire. Chaque mot prononcé constitue une progression dans l’espace, dans l’intensité et dans l’émotion. Plus le binôme avance, plus l’émotion ressentie, plus la colère augmente, devient libératrice, jouissive. Le binôme termine face public, sur le devant de la scène, en prononçant le dernier mot de la liste et avec le sentiment d’avoir vaincu, repoussé cette peur. Ne pas dire la colère ou la peur mais la jouer, ce qui est difficile puisqu’il faut trouver l’état. Proposer des exercices où les élèves apprennent le lâcher-prise. Décomposer toutes les articulations du corps pour que les élèves saisissent que chaque partie du corps peut jouer le sentiment, chaque partie peut et doit être sollicitée pour jouer, montrer cette émotion. Jouer sur le degré. Chaque pas en avant/en arrière constitue un degré supplémentaire dans l’émotion vécue.
La pièce s’ouvre sur un lieu et un personnage : Jojo et sa rue déserte. L’arrivée surprise d’Anita projette Jojo dans une aventure extraordinaire qui l’oblige à franchir les limites interdites, à pénétrer, sans autorisation parentale, dans des espaces inconnus.
L’enjeu du travail consistera à proposer une mise en scène de tous les espaces explorés par Jojo lors de ce voyage en terre inconnue. L’enjeu n’est pas tant de représenter ces différents endroits que Jojo traverse mais d’envisager la question essentielle du déplacement : véritable défi que de représenter le voyage du personnage principal qui peut être à la fois voyage réel et voyage rêvé / voyage intérieur.
Vrai voyage ou voyage irréel ? Deux possibilités à explorer.
Les élèves peuvent se répartir en trois groupes et de leurs réflexions et propositions naîtra un échange collectif.
Chaque groupe devra proposer une scénographie pour l’ensemble de la pièce ainsi qu’un mode de fonctionnement pour les voyages de Jojo. Chaque groupe travaillera sur l’espace réel et l’espace rêvé.
Dans chaque groupe, les élèves peuvent en fonction de leurs affinités travailler soit sur le jeu du comédien, soit sur la musique et la bande-son, soit autour de la notion d’objet et d’espace.
Réfléchir à la notion d’objet : trouver un objet qui serait symbolique de chaque lieu. L’objet serait-il présent dans l’espace ou Jojo le recevrait-il pour faire naître le lieu ? Dès qu’il s’en saisirait, le lieu existerait.
Réfléchir à la fonction de la lumière et de la musique : chaque lieu aurait une lumière spécifique et une musique caractéristique. Quelle musique choisir pour créer le voyage intérieur ? Quelle musique pour le déplacement de Jojo ?
installer un dispositif lumière spécifique au changement d’univers.
Aborder la création de cet espace symbolique par la vidéo. Le corps de Jojo deviendrait un écran sur lequel seraient projetées des images. Jouer avec différentes échelles.
Quels sont vos auteurs préférés ?
En théâtre, ce sont les auteurs que j’ai eu la chance de jouer. En me confrontant à Shakespeare, Koltès, Feydeau, Beckett, Pinter ou Brecht, c’est sans doute physiquement que j’ai senti le mieux la force de leur écriture. Et puis il y en a que j’ai lu, ou vu, qui m’ont marqué aussi, comme Eschyle, Sénèque, Ibsen, ou Duras.
Vos héros / héroïnes de fiction ?
Ulysse.
Quelle musique écoutez-vous ?
Là ? Un disque de Jean-Louis Murat. Dolorès. Mais je n’écoute quasiment plus de musique chez moi. L’idéal, c’est en voiture. Là, il y a des voix.
Quelle musique écoutiez-vous au moment d’écrire le texte ?
Aucun souvenir.
Ou bien travaillez-vous dans le silence ?
De façon générale, le silence.
Quels sont vos peintres, plasticiens / des œuvres plastiques, tableaux préférés ?
Ça va de Van Heyck à Soutine, en passant par Goya et pour les actuels : Kounélis, ou Glenn Brown, par exemple.
Vos films / cinéastes préférés ?
Alors là, ça va de Chaplin (avec le Kid, Les temps modernes) à Almodovar (Tout sur ma mère, Matador), en passant par Casavetes (Femme sous influence, Opening night), Imamura (L’Anguille), David Lean (Oliver Twist, La Fille de Ryan), Fassbinder (L’année des treize lunes), Mick Leigh (Naked), Tsai Ming-Liang (La rivière, The hole), Kusturika (Underground), Herzog (Aguirre), Mikhalkov (Partition inachevée pour piano mécanique, Urga ), Kurosawa (Dersu Uzala), Bergman (Scènes de la vie conjugale, Persona), Kieslowski (Tu ne tueras point), Mizoguchi (Contes de la lune vague après la pluie), Kubrick (Shinning, Spartakus), Woody Allen (Guerre et Amour, Match point) et David Lynch (Eraser head, Lost hyghway) !
Vos acteurs / actrices préférés ?
Il y en a deux. Aux extrémités de l’arc : Louis de Funès et Steve Mac Queen. J’aime aussi beaucoup Romy Schneider, Alain Cuny, Kirk Douglas, Gena Rowlands, Laurent Terzieff…
Qu’aimez-vous voir sur scène ou au cinéma ?
Qu’on ouvre les portes pour aller vers ce qu’il y a de plus vivant en moi.
Une œuvre qui vous aurait particulièrement marqué ?
Toutes celles citées, et bien d’autres… je ne saurais pas dire.
L’endroit où vous écrivez en général ?
Chez moi. Dans le salon. Mais ces temps-ci, je trouve que le mieux, c’est au lit.
L’endroit où vous avez écrit ce texte précis ?
Dans le salon.
Les objets qui vous entouraient alors ?
Murs blancs. Table rouge. Sur la table, une tasse de café, et des papiers. Très peu de choses au mur.
Sur quel support écrivez-vous ?
Un ordinateur portable.
Le moment de la journée où vous écrivez ?
Le matin. Si je peux l’après-midi, mais jamais le soir (quand je ne joue pas, j’essaye d’être totalement dispo pour les miens) et encore moins la nuit. La nuit, je dors.
Des sons / odeurs / couleurs qui vous sont chers ?
Les odeurs d’un repas qu’on prépare.
Votre occupation favorite ?
Me balader avec ma fille.
Quels sont les objets dont vous ne vous sépareriez pour rien au monde ?
Je n’ai pas de gri-gri. Pas de stylo fétiche. Je ne collectionne rien. Je laisserai
toute chose sans crainte ni remord.
Votre idée du bonheur ?
On se connaît lui et moi. Disons qu’on s’est croisé, à plusieurs reprises. Mais j’avais peut-être trop une idée de lui, justement. J’y crois toujours, mais j’essaie de m’y prendre autrement.
Quel serait votre plus grand malheur ?
Le malheur, c’est quand on n’y croit plus.
Ce que vous voudriez être ?
Un passant.
Le lieu où vous désireriez vivre ?
Près de l’océan atlantique.
Les 10 mots qui vous accompagnent ?
Courage et naïveté. Je sais, ça fait deux.
Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?
Ça va.
Stéphane Jaubertie, le 04 novembre 2010.
La mise en scène de Nino d’Introna au Théâtre Nouvelle Génération de Lyon (TNG)

Consulter le site internet du TNG à l’adresse suivante : http://www.tng-lyon.fr/
Dossier d’accompagnement du TNG
Dossier de presse de la Cie
Il nous paraît judicieux de commencer à faire lire Jojo au bord du monde dès le cycle 3 puis de le proposer, sous forme d’extraits dans un groupement de textes ou à l’occasion d’une lecture cursive, durant les années de collège, années de la métamorphose des élèves en adolescents, années propices au questionnement de ces jeunes qui grandissent et observent parfois leur famille se décomposer, se disloquer pour se recomposer ensuite.
On s’intéressera aux évocations de la famille et des origines à travers les thématiques du rapport entre générations et de la transmission qui hante la pièce.
Activités
Établir l’arbre généalogique de la famille : réflexion autour de la composition de la famille contemporaine et aux problèmes engendrés par ces nouveaux modes de vie (famille monoparentale, recomposée…). Proposer des débats sur l’évolution de la cellule familiale, sur l’évolution des rapports entre les membres d’une même famille : que faire de nos aînés ? Comment s’occuper de ces adolescents quand la société nous pousse à être individualiste, égoïste et à profiter au maximum des plaisirs de la vie ?
Proposer aux élèves de mener des enquêtes auprès des membres de leur famille pour mieux connaître les lieux, les rencontres, les métiers et le mode de vie, tout ce qui a constitué le fondement de la société de nos ancêtres proches ou plus éloignés, enquêtes qui permettent de prendre conscience de l’évolution de cette sphère familiale. (Lancement de l’enquête à partir de l’évocation de lieux, d’objets chers à la famille depuis des générations, les photographies de famille. Objets qui peuvent être le point de départ d’une situation d’écriture (Voir les poèmes de Ponge ; Perec et Je me souviens).
Restitution des interviews en classe sous la forme de dialogues ou de récits : travail d’écriture par duos, le premier raconte à l’autre son interview, qui prend des notes et réécrit ces propos sous une forme narrative. Les textes seront lus en classe.
D’autres exercices d’écriture peuvent également permettre l’expression de soi à travers le récit d’expériences personnelles liées à l’aventure, au dépassement de soi, à ce qui est arrivé un jour d’inhabituel, d’insolite ou d’extraordinaire pour soi, comme la rencontre de Jojo avec cette « fée ». Raconter un événement incroyable qui a bouleversé votre vie à jamais.
Jojo au bord du monde, c’est aussi la possibilité d’apprendre à grandir en étant plus fort que ses craintes, que ses peurs : on peut conduire les enfants à raconter ou à lire leurs angoisses, et ce qui les aide à les surmonter. Parler ensemble de ces peurs d’enfant, les comparer, mettre des mots sur elles, en rire ; cela peut les aider aussi à évoluer ensemble dans la classe. Cela nous renvoie à toute cette littérature qui permet aux enfants d’apprivoiser leurs angoisses, aux contes de fées qui font frissonner ces enfants qui adorent se faire peur. Un travail de confrontation entre différents textes pourrait donner lieu à la création d’un réseau lecture abordant les bienfaits et les vertus des histoires effrayantes qui permettent aux lecteurs de se confronter à leurs propres peurs et angoisses en leur montrant qu’il est possible de les surmonter.
On peut aussi alimenter ces propositions de travail par la lecture en classe d’extraits d’ouvrages qui évoquent le lien entre jeunes et vieux avec les non dits (sur la shoah par exemple) et le parcours découverte du jeune qui prend conscience de ce poids familial dans sa propre constitution identitaire.
Dans le cadre de l’étude de la narration et du conte en particulier
Jojo au bord du monde peut être intégré / associé dans une séquence autour des récits d’enfance et de l’expression des sentiments personnels. Ou encore dans une séquence autour de l’expression du souvenir et de la mémoire.
En classe de 6ème
Lors d’une séquence consacrée au conte, on peut s’intéresser aux références faites à ce genre dans la pièce à travers les personnages rencontrés. Les élèves s’interrogent sur leur caractérisation et sur leur mode de vie dans la pièce. Ils notent les différences avec les personnages des contes traditionnels dont ils sont issus. Certains personnages comme Batman relèvent d’un autre fond culturel sur lequel on peut amener les enfants à se documenter et à réfléchir.
En écriture longue, les élèves peuvent imaginer une histoire dans laquelle un personnage imaginaire de conte ou un super héros interviendrait aux côtés des personnages réalistes et contemporains. Ils s’interrogeront alors sur les déformations, les modernisations, les transformations à effectuer sur les modèles traditionnels du personnage merveilleux ou fantastique, sur l’ancrage de cette culture dans notre quotidien. Ils s’interrogeront sur ces héros qui nous accompagnent dans la constitution de notre imaginaire et en font partie intégrante.
Se raconter des histoires plus ou moins réalistes, créer des personnages merveilleux, prendre le temps de se rencontrer et de se parler, c’est ainsi une façon de conjurer le temps qui passe si vite, Jojo en a déjà conscience.
Autour de la notion de personnage : la construction du personnage et de son intériorité
En grammaire et en orthographe
Repérage des pronoms personnels. Étude de l’utilisation des pronoms et de leurs valeurs.
Relevé des temps employés : repérage du présent de l’indicatif et du passé composé : étude des valeurs de chaque temps. Étude du dialogue.
Vocabulaire et lexique : Travail autour de la parole et du langage.
De jeunes enfants seront sensibles à l’humour du texte : un travail sur la langue s’offre aux enseignants qui s’amuseront avec leurs élèves à relever, expliciter les expressions imagées dans le texte et surtout le détournement ou la déformation dont elles font l’objet. Puis ils pourront inventer de nouvelles transformations à partir d’images existantes. Les catalogues de mots fonctionnant par association d’idées, comme les créent les personnages de la pièce, peuvent servir de support à une expression poétique.
Expression orale
Travail sur la diction, l’articulation. Travail sur l’intensité et le rythme.
Arts plastiques
Autour de l’objet et de sa fonction. La symbolique des objets de la représentation. Travail sur le corps écran avec projection d’images photographiques ou de vidéos.
En classe de 3ème, deux orientations pédagogiques sont possibles
On peut amener des élèves de 3ème à lire Jojo au bord du monde en rapport avec l’objectif d’étude des récits de soi et des sujets d’écriture autobiographique comme pendant à l’étude de textes du programme. Jojo peut amener les élèves à parler de soi avec humour et lyrisme tout à la fois, pour rester fidèle au style de la pièce ; il permet l’évocation des premières expériences d’amour et d’amitié, aventures plus ou moins dangereuses, rencontres avec l’inconnu, tout ce qui scande la marche vers l’âge adulte. Les différences d’âge entre les deux héros, Jojo et Jilette, conduisent à aborder la fuite du temps et la place du souvenir dans toute vie humaine.
Les plus grands de 3ème seront sensibles également à l’humour et l’ironie constamment présents dans le texte. Les personnages font référence à des héros jeunes mais leurs problématiques sont celles d’adultes qui n’en ont pas fini de grandir et de chercher à résoudre leurs problèmes depuis l’enfance, sans parler de Jilette, la mamie qui n’est pas loin de retomber en enfance et a peur de mourir.
De même, les travers de notre société sont passés au crible des répliques de Jojo et des autres principaux protagonistes. La satire des tendances de notre société à s’exprimer à tort et à travers sans discernement ni distance se fait mordante à la clinique du Docteur Demal.
En lien avec l’argumentation et la pratique du débat que les élèves doivent acquérir à la fin de leurs années de collège, le professeur peut les pousser à s’exprimer et à réagir sur la caricature que propose l’auteur de la psychologie moderne qui envahit nos existences et sur la critique de notre société de consommation individualiste. Les élèves trouveront des arguments pour infirmer ou non les propos de l’auteur et s’exprimeront sur ce qui constitue pour eux des références et des modèles de vie.
Sur l’expression des peurs et sur les moyens de les surmonter, même si parfois l’expression peut en paraître enfantine, l’humour et la force des sentiments y sont souvent présents.
Sont un fond de références dans lequel Stéphane Jaubertie puise pour Jojo. Outre les personnages de contes cités dans Jojo au bord du monde :
On peut proposer également aux enseignants de faire lire (réseau lecture) des œuvres dramatiques contemporaines qui sont des adaptations de contes, des réécritures ou des détournements de contes traditionnels.
On peut également se pencher sur les contes dont la structure est similaire à celle de l’histoire de Jojo, où le héros doit subir une série d’épreuves pour se découvrir et progresser sur le chemin de la vie. Ou encore choisir des contes où l’intervention du merveilleux vient à la rescousse du héros (aide d’une fée…)
Abordant les thèmes de la construction de soi sont extrêmement nombreux : les difficultés psychologiques et leurs suites, les relations d’amitié ou d’amour chaotiques et complexes apparaissent comme thèmes principaux de nombreux romans pour adolescents.
Les livres de Yaël Hassan, de Marie-Aude Murail, de Mickaël Ollivier et de bien d’autres auteurs de littérature jeunesse abordent tous les sujets qui concernent les rapports de l’adolescent au monde et sa façon d’être au monde.
À l’image de Jojo, certains récits explorent la relation de l’enfant aux autres et en particulier aux personnes âgées et peuvent nourrir ce thème auprès des jeunes lecteurs.
La thématique des rapports jeunes et aînés se retrouve dans les pièces de théâtre du répertoire contemporain: