
Carnet mis à jour en mars 2023.
Carnet pédagogique rédigé par Alexandra Bellon, professeur des écoles et Emmanuelle Dupin professeur de français
Recherches documentaires : Alexandra Lazarescou
Salvador est un enfant sud-américain qui grandit sous l’œil protecteur de sa mère. À l’ombre de la montagne, foyer de révolte qui lui vole son père, l’espoir et le rêve le porteront vers un destin exceptionnel.
L’autrice Suzanne Lebeau revient transformée d’une tournée en Amérique du Sud. Sa rencontre avec les enfants, leurs regards étincelants et pleins de vie aura été prépondérante. Après 9 ans elle écrira cette pièce, inspirée d’un garçon qui l’a particulièrement marquée, et qui deviendra Salvador.
Cette pièce traduite en anglais, espagnol, italien et persan, révèle des valeurs universelles autour du rôle de la famille et l’émancipation par l’école.
Ce carnet s’adressera plus particulièrement à des classes de cycle 3 et de début de collège (6ème / 5ème). Aussi, parmi les multiples entrées offertes par ce texte, nous avons choisi d’orienter notre recherche sur l’éveil des sensibilités et des consciences.
« Les enfants ont une connaissance instinctive des vrais enjeux »
Suzanne Lebeau
Suzanne Lebeau est née en 1948, au Québec. Après des études de lettres et de pédagogie, elle devient comédienne. En 1975, elle fonde avec le metteur en scène Gervais Gaudreault, la compagnie de théâtre pour la jeunesse Le Carrousel pour laquelle elle écrit son premier texte en 1979. Depuis, plus de vingt pièces sont parues, toutes destinées à la jeunesse, dont certaines traduites dans plusieurs langues. Les éditions Théâtrales ont publié 10 textes de Suzanne Lebeau. Le Centre national des écritures du spectacle lui a consacré une monographie dans la collection « Itinéraire d’auteur » en 2002.
Extrait d’un article de Annie Quenet, « Suzanne Lebeau, l’humaine humanité », revue Griffon, mai-juin 2009.
Nous proposons de commencer par une lecture offerte du Souvenir 1 jusqu’à « baptiser » ; dans des conditions de relaxation / musique péruvienne / les yeux fermés.
En guise de mise en appétit, nous proposons de donner aux enfants la table des matières (écrite au tableau, sur une affiche, par rétro projection, sur tableau numérique…).
En groupe, les élèves seront invités à émettre des hypothèses sur l’histoire en argumentant, à partir des mots du texte.Individuellement, on amènera chacun à relever un mot essentiel dans cette table des matières et à dire quel est le chapitre qu’il a le plus envie de lire ? Pourquoi ? De quel type d’écrit peut-il s’agir ? Argumenter.
Proposer une « tempête de cerveaux » par association libre d’idées à partir du mot, « souvenir ».
Recherche par petit groupe d’élèves et présentation par chaque groupe d’une affiche en forme de constellation.
En groupe-classe, proposer ensuite de rassembler certains mots ou thèmes communs pour dégager le concept, définir le mot.
Exemples de ce qui pourrait surgir :
Puis, chercher dans le dictionnaire le sens, la définition du mot « souvenir » et du verbe « se souvenir. »
Offrir le texte. Nous utilisons sciemment le mot « offrir », conscientes que l’objet-livre, parfois banalisé et « malmené », dans les écoles, pourrait être présenté de manière un peu « solennelle ».
Présenter le texte : il s’agit d’une pièce de théâtre mais il y a en effet dans la table des matières plusieurs critères qui peuvent faire penser au roman (épicisation).
Ce texte théâtral n’est ni organisé en scènes ou en actes, ni en chapitres comme dans un roman mais en souvenirs.
Les souvenirs sont numérotés de 1 à 20 et suivent l’ordre chronologique de la vie du héros.
Approche sensorielle du livre :
L’illustration de toutes les couvertures de la collection jeunesse des éditions Théâtrales est une composition/maquette de ballons de baudruche.
Il serait intéressant de demander aux élèves de faire une recherche sur cette collection dans leur bibliothèque municipale, de quartier, la BCD, bibliothèque de classe. Ce sera l’occasion de clarifier les notions d’auteur/éditeur/collection.
On pourra ainsi comparer plusieurs couvertures afin de mieux comprendre les choix du maquettiste dans cette composition « abstraite ». (Voir la valise « théâtre »dans plan pluridisciplinaire).
Il y a un jeu d’ombre. On voit par transparence l’embout du ballon bleu comme s’il était dans le ballon orangé foncé contenu par le ballon orange clair.
Cette forme semble évoquer un embout « embryon » ou un cordon ombilical. Métaphore de la naissance ou de la graine, du fruit.
On peut imaginer que le ballon orange prend son envol par rapport au ballon bleu… comme Salvador qui se détache de sa mère et grandit.
Nous proposons de plonger au cœur du texte avec le Souvenir 1 pour s’imprégner de la beauté de l’histoire et d’étudier, ensuite, le sens des didascalies (récit/voix-off).
Lecture à haute voix du Souvenir 1 en entier.
Titre énigmatique : « Le jour de ma naissance les cloches n’ont pas sonné. »
Se souvient-on du jour de sa naissance ? Ce souvenir n’est-il pas un souvenir d’autres membres de la famille rapporté aux oreilles de Salvador ? Dans ce cas, quelle est la différence entre le souvenir de son propre vécu et les légendes familiales, la manière que l’on a de romancer ses souvenirs ?
Pourquoi les cloches n’ont-elles pas sonné ?
C’est une description poétique : on relève de nombreuses images de la nature et du sentiment : « les nuages qui attristent le cœur des gens », « Être dans les montagnes c’est être juste sous le soleil et le ciel » ; une personnification de la nature : « La montagne est habile à geler jusqu’à l’âme »
C’est aussi un récit brut où l’on sent la dureté de la vie : « il ne pouvait pas être le père d’un bébé aussi laid… »
On peut noter l’autodérision : « j’étais à peine plus gros qu’une petite patate » ; et un ton humoristique : « on lui a dit qu’elle avait accouché d’un cochon d’Inde ».
Dès sa naissance, on comprend que l’histoire de Salvador sera celle d’un destin particulier. Que son histoire sera différente des autres, de celles de ses frères et sœurs.
Sa naissance fut perçue comme « un grand malheur », une punition : « elle avait dû faire une faute ». Le malheur avait frappé la famille.
Salvador est né en avance, fragile, faible : ma mère « avait toutes les raisons de croire que je ne ferais jamais rien de bien dans la vie ».
Cela peut conduire à une réflexion sur la fatalité, l’idée d’un destin tracé au départ. Les moments difficiles renforcent-ils ?
Réflexion également sur la normalité (petit, poilu). Ce qui est inhabituel, pas ordinaire, extraordinaire est-il grave ? Pourquoi l’inconnu fait-il peur ?
On comprend dès les premières pages le caractère altruiste de Salvador. Il a la volonté d’aider les autres, du meilleur de son être, comme si tout était possible en dépit d’une naissance hors du commun.
Si les élèves ont déjà étudié un conte, il serait intéressant de mettre avec eux en évidence que l’histoire de Salvador contient des ingrédients qui peuvent se référer à une structure de contes. (cf bibliographie La Psychanalyse des contes de fée, Bettelheim)
D’abord une menace est dirigée contre l’existence physique du héros, ou contre son existence morale. Puis le héros enfant ou adolescent est soumis à des épreuves, qui sont les véritables nœuds de l’intrigue : notamment l’épreuve de la séparation.
La plupart des contes de fées commencent en effet par la séparation, qui revêt plusieurs facettes se combinant entre elles.
Elle est souvent représentée par la mort d’un parent : la mère de Cendrillon, le père de Blanche-Neige ou par le départ de l’enfant, soit parce que celui-ci est abandonné par ses parents ou par un tiers (Le Petit Poucet, Hänsel et Gretel, Blanche-Neige), soit parce qu’il fuit une situation impossible (Peau-d’Âne).
On note que dans l’histoire de Salvador c’est celle du père : rejet à la naissance (peur de l’abandon) puis mort du père, qui le contraint à devenir l’homme de la famille à 7 ans (Souvenir 16 p 59).
Quelle que soit sa nature, la séparation équivaut, selon Bettelheim, à la « nécessité de devenir soi-même ».
Nous parlerons aussi de la peur, la mort et la recherche de l’amour.
En filigrane sont ainsi révélés les deux moteurs de l’action des héros : la peur de la mort et la recherche de l’amour.
Le bonheur et l’amour sont une récompense.
La plupart des contes finissent toujours par récompenser le héros. Les enfants abandonnés retrouvent la maison familiale où ils rentrent chargés des richesses qui leur éviteront à jamais des mésaventures. C’est grâce à la générosité de Bianca Albacarra que Salvador pourra poursuivre ses études.
Il est possible de montrer que les épreuves sont différenciées selon le sexe du héros.
Attendues, les épreuves le sont aussi en fonction du sexe du personnage principal.
Le voyage, comme pour Salvador, est une marque de l’apprentissage de la virilité. De nombreux contes présentent un jeune garçon qui va parcourir le monde, à la conquête d’une femme, du trône, ou tout simplement pour apprendre la vie.
Dès ce premier souvenir, on note l’importance de la mère de Salvador, qui se confirmera tout au long de la pièce.
Avec une croyance alliée à une ténacité et une volonté de fer, la mère livre une bataille contre la montagne et l’hiver pour sauver son fils. Elle lutte contre le froid, le masse, prend soin de lui.
Cette mère qui affronte, qui se bat contre la montagne. La montagne peut « geler l’âme » mais sa mère est plus forte. Elle a juré qu’aucun de ses fils ne mourrait avant elle. La mère est vue comme une adulte expérimentée et réaliste « qui devait savoir que les choses ne se font pas aussi facilement ». Salvador nous parle d’un savoir acquis par l’âge et l’expérience.
Les considérations du bien et du mal fondent les religions et les valeurs qui s’y rattachent. Il est intéressant de connaître les fondements des religions pour ne pas être dans l’ignorance ou l’incompréhension et pour plus de tolérance.
La croyance : « elle avait dû faire une faute très grave pour qu’un si grand malheur arrive». Notion de faute qui ramène au péché, à la punition. Le bien/récompense, le mal/punition. D’ailleurs le curé a refusé de sonner les cloches… Idée qu’on mérite ce qui nous arrive (?).
Ainsi on comprendra mieux que le père ait eu peur de Salvador. Pour lui ce fut comme une sanction divine. Il n’est pas un mauvais père. Il réagit en fonction de sa croyance.
On pourra aussi développer les idées suivantes :
Sur ce dernier point, il serait intéressant de développer l’idée qu’il y a des hauts et des bas dans la vie de Salvador, comme dans tous les chemins de vie. On pourra faire un travail possible sur des expressions de la langue française qui illustrent ce caractère cyclique en comparaison à la nature :
Pour finir, nous proposons d’offrir la lecture à haute voix d’un conte traditionnel chinois (cf annexe).
Le sens des didascalies : expliquer Récit / voix off
11 personnages ou 12 car il y a deux Salvador (l’enfant et l’adulte)
La compréhension du choix par S. Lebeau d’un personnage action et d’un personnage récit est primordiale. Cf Épicisation.
Cette liste de personnages nous permet de comprendre qu’il s’agit d’un texte théâtral.
Cela est confirmé par le paragraphe en bas de page : « La pièce a été créée… » à propos de la première représentation de la pièce, par le Théâtre du Carrousel.
Il est possible de demander aux élèves de choisir quelques phrases dans l’ensemble du texte qui montrent le chemin et le choix de vie de Salvador.
Enrique, Bianca Albacarra, Alvaro
Elle offre un possible, elle offre la liberté. Salvador reste libre d’accepter de partir ou non. « Benedicta si fière avait quêté un avenir pour son fils » p. 68
Elle partage elle-même son savoir, transmet aux autres femmes sa science des taches, son savoir-faire. Dès le Souvenir 2, on souligne l’omniprésence des draps, qui offrent une possibilité de scénographie simple (cf mise en jeu).
Elle chante, elle est gaie et légère malgré la difficulté.
Elle est croyante. Elle se lève à l’aube et salue le soleil.
Cet astre est très important au Pérou. Nous pouvons renseigner les élèves sur l’Inti Raymi ou fête du soleil. Cette fête est à nouveau célébrée depuis 1940 et connait une ampleur étonnante.
Dès le début du livre, Suzanne Lebeau rend hommage au rôle de la mère dans la dédicace « A ma mère, pour la vie et le goût de vivre »
Par cet axe nous pouvons relier la poésie de la langue du texte (imaginaire suscité par la mémoire des sens) et le théâtre où la fiction a force de réalité)
Les 5 sens dans les souvenirs de Salvador

La différence entre un roman et une pièce de théâtre.
Pour cette mise en commun nous proposerons une méthode que nous appellerons « ce qui n’est pas dit ». Elle doit permettre aux élèves d’avoir un regard critique sur l’écrit, essentiel aujourd’hui quand on sait que tout peut être écrit sur internet sans réelle instance de contrôle.
En quoi cette table des matières est-elle originale ? Qu’est ce qui en fait sa spécificité. Quelle est la part de liberté et de création de l’auteur dans la forme standardisée qu’est la table des matières. L’originalité et l’hétérogénéité de ces titres pourront conduire les enfants à penser que le texte sera un roman. Cf épicisation. Dans le théâtre contemporain, l’écriture peut être empreinte des procédés du récit. Trouver ensemble une définition du théâtre et une du roman.
Il nous semble important que l’atelier de théâtre se déroule dans un espace différent de celui de la classe habituelle (Couloirs, escaliers, gymnase…)
Si les réalités matérielles ne le permettent pas, on peut rester en classe en aménageant une mise en scène et un rituel qui marque le début et la fin de l’atelier.
L’espace pourra être modifié avec :
Se donner la liberté de vivre autrement l’espace : les élèves peuvent s’asseoir sur les tables ou l’enseignant se positionner en fond de classe, etc.
Si vous disposez d’une salle, les déplacements peuvent être l’occasion de tapis sonores (cf mise en voix du carnet Son parfum d’avalanche de Dominique Paquet)
Cela constitue une bonne introduction à l’atelier tout en optimisant ce temps, parfois agité, en concentration, ensemble.
Un rituel de début et de fin pourrait être :
Nous retiendrons trois pistes principales de recherche pour les mises en voix, espace et en jeu :
Pour ce travail qui mélange récit et action, nous pensons, avec Marie Bernanoce (dans À la découverte de cent et une pièces) qu’un premier travail de mise en voix permettra de bien distinguer les deux niveaux de jeu sur scène. Cela aidera à la compréhension :
Pour le conteur : avec les bons lecteurs du cycle 3 ou les collégiens, il sera possible de travailler l’adresse au public. Le texte en main, le conteur lit et retient la phrase (ou un morceau de phrase) puis l’adresse au public en le regardant.
Sensibiliser les enfants aux rythmes créés par les silences. Jouer à s’interrompre au milieu d’une phrase, attendre avant de commencer une phrase. Prendre le temps de regarder le public sans rien dire.
En tâtonnant les élèves verront un sens se dégager par cette attention à la diction et choisiront des coupes expertes qui mettront en valeur certains mots ou expressions.
Choisir une phrase du texte, la mâchouiller, la dire en variant la hauteur, la durée, l’intensité ci joint exemples sur le Souvenir 1: « Je suis né dans les montagnes à l’ombre des eucalyptus juste sous le soleil et le ciel. », « Le curé a refusé de sonner les cloches qui saluent les naissances dans mon village » et « Elle s’est battue avec la mort jusqu’au printemps » (pp. 7 et 8).
Adresser cette phrase à un autre en le regardant bien dans les yeux, avec enthousiasme, de manière désespérée, craintif, en étant plein d’espoir.
Même phrase avec un accent espagnol ou des déformations anatomiques (langue tirée, zézaiement).
En cercle. Groupe de deux enfants, l’un derrière l’autre. Un enfant chuchote une phrase qu’il aime à l’oreille de son partenaire qui la donne à entendre amplifiée, tel un haut parleur.
Puis proposer une représentation devant une partie de la classe. Chaque petit groupe devra s’emballer dans un drap (caché, rien de doit apparaître). Les élèves disent tour à tour leur phrase à haute voix, puis découvrent progressivement leurs visages. Cet exercice met en valeur le texte et l’intention dans la manière de dire.
Développer la capacité à percevoir ses sensations kinésiques
Après chaque exploration, revenir à une marche ordinaire pour sentir la différence.
« Vaillante » (p. 9), « discrète » (p. 13), « radieuse » (p. 19) pour le personnage de Benedicta, par exemple.
Reprendre a) b) c) par petits groupes de 3 ou 4 enfants. En file indienne, le premier propose une marche ou une marche/mouvement qu’il a trouvé. Les autres suivent en tentant d’être le plus ensemble possible. Idée d’une famille nombreuse « Être le sixième d’une famille de huit » (p. 11)
Interchanger les places. L’expérimentation peut donner lieu à un temps de présentation.
On pourra constituer deux demi-groupes. Un premier groupe subdivisé en deux : un élève est la sculpture à modeler, l’autre est le sculpteur. L’autre demi-groupe constituant les spectateurs, visiteurs de musée.
Les sculpteurs tirent au sort un état à modeler. La peur, la tristesse, la joie. Les sculptures prennent une posture et le sculpteur ajoute, complète, tord…
Les visiteurs, eux, assistent au modelage, assis en tant que spectateurs. Puis l’enseignant donne la liste de tous les états représentés. Lorsque les sculptures sont terminées, les spectateurs déambulent dans le musée afin d’observer et deviner l’état représenté.
Les rôles sont changés ensuite.
Cet exercice est complet car il permet de travailler l’acceptation du toucher et du regard de l’autre. Il place l’élève dans une attitude réflexive au langage du corps.
On peut aussi répartir les élèves et leur faire choisir de travailler une scène à partir de la technique :
Avec Philippe Meirieu, nous pensons qu’il s’agit de mettre en pratique le fait que le théâtre est un acte de création et que tout est symbolique. On ne dit pas n’importe quoi, on raconte quelque chose. Il faut sentir le poids des gestes et des mots
Le théâtre est une école de lucidité.
Ex : mettre en jeu à partir de la plume.
Établir un rapport sensible à l’objet, en s’appuyant sur la fonction poétique du langage.
a. En petits groupes de 3 ou 4, expérimenter de nouveaux déplacements avec le drap. Les élèves vont vite jouer sur les forces de tensions/souplesse. Cela devient une danse. On se laisse porter, on glisse au sol, on est tracté, on est emballés, déballés, pris en luge… Un accompagnement musical au rythme varié (percussions) serait très approprié.
b. Seul, lancer le tissu, regarder comment il tombe et tomber comme lui, mouvement fluide.
Idem à deux. Jouer avec le tissu comme s’il était un partenaire (technique de la marionnette)
c. Seul, entrer dans l’espace scénique, prendre un morceau de tissu, marcher, danser, jouer, détourner la fonction du drap, au top, après un signal ? le déposer, regarder le public ou un objet au loin (qu’on aura matérialisé) pendant 5 secondes et s’éloigner.
Sortir de l’espace scénique.
Pour le regard fixe, on pourra ajouter des adverbes du texte « secrètement, fixement, mystérieusement, en ayant peur »
Débattre en groupe de ce qui a été donné à voir. Confronter avec la perception du comédien.
Le même exercice peut-être réaliser en duo ou en chœur. On aidera en donnant des consignes fermées. Par exemple : entrer les uns derrière les autres. Un seul prend le drap les autres regardent. Le drap devra être plié à la chute, le drap devra être étendu au sol. Un enfant devra être emballé par le drap, etc…
d. Faire des tas de draps (comme chez Salvador où l’on dort parmi les tas de linges sales des gens bien), des montagnes de draps ou au contraire les étaler comme des tapis… jouer sur la construction / destruction et voir l’impact de ces dispositions sur les corps.
Détourner les objets de leur usage ordinaire.
Faire choisir un objet par binôme.
a. Observation de l’objet : forme, matière, qualité de mouvement ;
b. Trouver un mode de déplacement (ex. Une lampe de chevet peut se déplacer par le fil tel un serpent, ou en tournant comme une soucoupe volante par l’abat-jour) ;
c. Trouver un mode de communication (ex : la lampe peut parler en faisant cliqueter le bouton interrupteur) ;
d. Proposer des situations de rencontre de deux objets ;
Après avoir détourné l’objet, l’utiliser dans son usage contextuel avec respect et la délicatesse qu’aurait Salvador, reconnaissant la valeur des choses dans un pays pauvre. cf. DVD Marionnette et théâtre d’objet, SCEREN-CDNP.
Dans l’Itinéraire d’auteur (éditions de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon) qui lui est consacré, Suzanne Lebeau répond à Joël Jouanneau sur son écriture. Extrait des pages 78-79 :
Joël Jouanneau – Est-ce que tu te livrerais à l’exercice que tu donnes à faire aux élèves auteurs ? C’est-à-dire les dix mots de ta biographie et de ton lien à l’écriture, du lien entre ton enfance, ta biographie et l’acte d’écrire.
Suzanne Lebeau – Le premier mot, le regard : devant, derrière, dans le jour et dans la nuit, le regard de l’autre et de l’horizon, le changement.
L’écoute : pour la confidence qui perce les murs et qui reste entre les murs.
La terre : parce qu’on y vit tous et parce qu’il ne faut jamais avoir peur de s’y asseoir pour regarder le monde du point de vue des plus petits.
Le temps : celui de l’écriture est celui qu’on n’a pas, il n’existe pas, il ne peut être rempli, il est là tout simplement quand on le prend. Il vibre, il respire, il échappe à l’horloge.
L’eau : le principe de la vie qui coule fluide, toujours en mouvement et qui donne et qui me donne, à moi, une des choses qui me semblent les plus précieuses, un silence incomparable, clair et sonore.
Le cahier : parce que je ne peux pas vivre sans cahier, vide, à moitié rempli. J’aime les pages à petits carreaux, blanches, lignées, j’aime le contact avec le papier, et plus que tout, avec le cahier.
Le matin : l’heure où tout est possible, où j’ai encore le pouvoir de changer le monde parce que je n’ai pas encore écouté les nouvelles et où je suis souvent, seule à faire des plats, pour que chacun mange à sa faim.
La table : un lieu magique où enfants et adultes se réunissent. Lieu de l’échange et de la solitude, j’ai passé tellement d’heures assise à une table, la moitié de ma vie. Pour manger, ce que j’aime le plus, pour écrire, ce que j’aime le plus. L’amour de la table me vient de mon enfance. Tout se passait à table.
Joël Jouanneau – Bon, il t’en reste deux. Et alors ?
Suzanne Lebeau – Alors je dirais délinquance et liberté, liberté dans ma manière de regarder et de comprendre le monde. Je voudrais, comme Picasso qui disait avoir mis quatre-vingts ans pour retrouver le trait libre et gratuit de la main de l’enfant, retrouver chaque jour un peu plus du regard neuf de l’enfant.
Pour obtenir des informations et des photographies de cette mise en scène, consulter les archives de la compagnie du Caroussel sur leur site.




Un vieux fermier avait pour seule richesse un vieux cheval grâce auquel il labourait ses champs. Un jour le cheval s’enfuit vers les collines.
Ses voisins qui le prenaient en sympathie, lui dirent : «Quelle malchance ! » et lui, répondit : « Chance ou malchance, qui peut le dire ? ».
Une semaine plus tard, le cheval revint des collines avec un troupeau de chevaux sauvages, et les voisins félicitèrent le fermier pour sa bonne chance.
Il répondit encore :
« Chance ou malchance, qui peut le dire ? »
Puis, lorsque son fils, voulant dompter un des chevaux sauvages, fit une chute et se brisa la jambe, tout le monde pensa que c’était une grande malchance.
Le fermier, lui, se contenta de dire :
« Chance ou malchance, qui peut le dire ? »
Quelque semaines plus tard, des soldats de l’armée entrèrent dans le village, et mobilisèrent tous les jeunes gens valides pour partir en guerre.
Quand ils aperçurent le fils du fermier avec sa jambe cassée, ils le dispensèrent du service.
Était-ce de la chance ? de la malchance ? Qui peut le dire ?
Tout ce qui, à première vue, semble un mal peut, en fait, être un bien déguisé.
Et tout ce, qui à première vue, semble un bien, peut en réalité être un mal.
Ces titres qui peuvent être des phrases nominales, donc thématiques et généraux où l’on s’attend à une description de la vie quotidienne.
Ces titres peuvent être écrits avec des verbes d’action qui donnent vie aux personnages et suscitent la curiosité et le suspens :
Ou des verbes d’état qui semblent résumer une situation :
On remarquera qu’il n y a pas de hiérarchie, au regard des titres entre « Mes premières grandes questions » et « Benedicta découvre d’où vient l’argent de la boite fleurie ». L’un peut sembler philosophique et l’autre quotidien. Il sera intéressant de conduire les élèves à élaborer sur cette idée. Cette boîte aura-t-elle selon eux de l’importance pour l’histoire ?
On pourra inviter les élèves à chercher d’autres exemples.
Relever les temps utilisés : passé composé et passé simple jusqu’au Souvenir 8 et le présent jusqu’à la fin.
La rupture étant « Comment j’appris à lire » au Souvenir 8 marquant peut-être un tournant dans la vie de Salvador.
Les élèves déduiront que le narrateur est le héros qui raconte son enfance.
On pourra proposer que chaque élève ait un petit carnet de théâtre pour les recherches personnelles : paroles, dessins. Nous pensons qu’il faudra guider les enfants à utiliser ce carnet comme un outil de mémoire, de ressentis et de mesure de progression (mes envies, mes attentes, mes réussites, ce que j’ai appris, ce que je sais faire etc…).
Il est possible de constituer des valises d’objets qui matérialisent le sens et qui restent dans la salle tout au long du projet :
Cette comparaison entre les deux valises serait intéressante pour s’assurer de la bonne compréhension des élèves au fil du texte. Elle pourra ancrer une mémoire du sens collectif validé par le groupe. La médiation du sens par l’objet, outre l’investissement affectif, se fera par le toucher, la vue, l’odorat…
Ces objets seront utilisés pour les mises en jeu.
Rédaction : les 10 mots de Suzanne Lebeau
À la manière de Suzanne Lebeau qui anime des ateliers avec des enfants soit pendant la rédaction de ses pièces de théâtre soit après les avoir terminées, il est possible de demander aux élèves de trouver 10 mots qui parlent de l’enfance. Ces dix mots vont permettre l’écriture:
Mini-écriture
Chacun peut écrire un petit texte sur ses rêves de petit enfant ou actuels, les a t-il réalisé? Comment s’y prendre pour les réaliser? Comment écouter ses rêves ?
Types de textes
Il nous parait important d’avoir repris avec les élèves les notions de types de texte. Avoir clarifié le vocabulaire : « chapitres », « sommaire », « index », « pagination », « titres ».
Proposer de réfléchir à un voyage en Amérique du Sud ou au Pérou :
Écoute de textes ou chansons en espagnol.
Lecture à haute voix de l’œuvre.
Bien comprendre les différences entre roman, texte théâtral et conte dans la construction même si les thèmes peuvent se ressembler.
Quel est le lexique du théâtre ?
Voir Annexes.
Je deviens écrivain public.
Comme le montre S. Lebeau, l’écriture permet de communiquer dans tous les domaines, lettres d’amour, lettres d’affaires et lettres pour les morts.
C’est une chance pour Salvador de pouvoir s’exprimer par rapport à sa mère analphabète.
Argumentation autour des questions existentielles de Suzanne Lebeau, (p.75, Itinéraire d’auteur) Qu’est ce que je vais faire quand je vais être grand ?
Est ce que je vais réussir ma vie? Qu’est ce que veut dire réussir sa vie ?
Ces différentes scènes permettront de réinvestir nos idées de recherche énoncées plus haut dans ce carnet. Il serait bien de mettre également en évidence que Bianca Albacarra est une bienfaitrice qui donne de l’argent pour les études. Ce travail pourra être fait autour des rencontres. Rencontres de personnages et de comédiens. Puis le travail peut se faire autour du départ physique et psychologique, grandir en quittant sa mère. Nous mettrons l’accent, au collège, sur le rôle du spectateur actif, bienveillant, qui observe, enrichit par ses critiques. L’idée est de favoriser les échanges et développer l’énergie. Ne pas hésiter à travailler en chœurs et à distribuer les rôles de filles aux garçons et réciproquement. Les thèmes importants de l’émancipation sont comment grandir en quittant sa mère, comment choisir un nouveau cercle d’amis.