
Carnet mis à jour en 2017.
Œuvre de référence sélectionnée en 2007 et 2013 par l’Éducation nationale pour le cycle 2 du primaire et pour la liste de « Lectures pour les collégiens » 2013.
Carnet pédagogique rédigé par Sylvie Audin-Rey, conseillère pédagogique (94). Recherches documentaires : Marie Anglade.
Élise et Léo, repliés sur eux-mêmes dans leur petit intérieur douillet, sont effrayés par l’extérieur. Mais des souliers intenables les entraînent dans une folle aventure : Le Grand Livre du dehors sous le bras, Élise part à la poursuite de Léo. Au fil de leur escapade, le monde s’ouvre à eux et dévoile ses trésors.
Suzanne Lebeau s’adresse avec malice aux petits pour révéler ce qui se cache derrière leurs peurs. Elle permet aux plus grands d’interroger la place des enfants dans un monde obsédé par la sécurité.
Suzanne Lebeau est née en 1948, au Québec. Après des études de lettres et de pédagogie, elle devient comédienne. En 1975, elle fonde, avec le metteur en scène Gervais Gaudreault, Le Carrousel, une compagnie de théâtre pour la jeunesse pour laquelle elle écrit son premier texte en 1979. Depuis, plus de vingt pièces sont parues, toutes destinées à la jeunesse, dont certaines sont traduites dans plusieurs langues. Les éditions Théâtrales ont publié 10 textes de Suzanne Lebeau. Le Centre national des écritures du spectacle lui a consacré une monographie dans la collection « Itinéraire d’auteur » en 2002.
Extrait de l’article d’Annie Quenet, « Suzanne Lebeau, l’humaine humanité », revue Griffon, mai-juin 2009./]
Suzanne Lebeau est une conteuse d’histoire, conteuse dont on entend la voix derrière les mots. Des mots à la fois simples et riches, sonores et sensuels. La vie vibre sous sa phrase. Suzanne Lebeau revendique de parler aux enfants : des beautés de la vie, de l’amour entre les êtres et des cruautés du monde, des hommes, parfois. Quand on demande à Suzanne Lebeau qui dit aimer le récit, pourquoi elle n’écrit pas de romans, elle répond : « le théâtre est le seul art où l’on part de l’intime puis qui s’ouvre comme un entonnoir. L’intime rejoint un groupe qui s’en empare, ce groupe s’élargit à l’espace social du public et là il rejoint le plus intime du spectateur. Le roman va direct de l’intime à l’intime, le théâtre passe par un espace social et c’est ce que j’aime dans le théâtre. »
Suzanne Lebeau n’hésite pas à formuler, même en direction des tout-petits (Une lune entre deux maisons, éditions Théâtrales, 2006) les questions les plus difficiles à aborder, qu’elles soient la résultante d’un contexte traumatique ou renvoient à la difficulté de cheminer dans l’existence. Son écriture est reconnaissable à quelques caractéristiques révélées par Marie Bernanoce dans À la découverte de cent et une pièces (éditions Théâtrales-CRDP de l’académie de Grenoble, 2006) : des « fables simples mais non simplistes », un « goût pour le jeu dans le jeu, avec effets de récit », une « langue claire et accessible mais non dénuée de poésie, du fait de son ancrage dans l’imaginaire enfantin ».
Son travail d’écriture repose sur un effort incessant de rencontres, d’échanges, d’accumulations de documents et d’informations qu’elle consigne dans divers cahiers de notes qui deviennent sa « nourriture ». Une « digestion » est alors nécessaire afin d’oublier le travail de recherche. Puis, « faire le vide » pour « laisser jaillir l’inconscient ou la mémoire qui s’est déposée en elle ». Ainsi, « laisser surgir l’écriture du silence » (Suzanne Lebeau, Itinéraire d’auteur, p. 51).
D’après Yvon Perrier, coordinateur des communications au sein du Carrousel.
Sa formation en pédagogie conduit Suzanne Lebeau à se poser beaucoup de questions sur l’enfance et à aborder, même avec de très jeunes enfants, des thèmes parfois graves qui leur parlent de la vie, de leur vie, sans mièvrerie (Salvador : le quart-monde, la pauvreté la mort, Le bruit des os qui craquent : les enfants soldats, Frontière Nord : le clivage Nord / Sud, L’Ogrelet : le côté sombre de chacun…)
Le travail d’écriture de Souliers de sable, nourri de rencontres avec de jeunes enfants, de souvenirs de sa propre enfance est empreint de simplicité, de poésie. La musicalité du texte est particulièrement adaptée à une mise voix en classe, la limpidité de la langue permet d’aborder ces textes avec de jeunes enfants (cycle 2 et 3, collège). Suzanne Lebeau a écrit Souliers de sable (paru en 2006) après avoir observé des tout-petits dans une garderie. En étudiant leurs comportements, elle s’est interrogée sur les conditions surprotégées dans lesquelles vivent les enfants à l’heure actuelle par rapport à la liberté dont elle a bénéficié enfant.
L’objectif de ce cheminement est de donner les moyens aux élèves de repérer, de comprendre les spécificités du genre théâtral et de leur donner les clefs qui leur permettront d’en apprécier la lecture, d’acquérir des références culturelles, de vivre une expérience esthétique particulière.
Le dévoilement progressif de la pièce pourra être orchestré de cette façon :
Un coup de projecteur sera donné sur le paratexte : le titre et le sous-titre de la pièce : Souliers de sable et Petit tour du monde en douze passages de sablier, pourront servir de base à un échange collectif sur ce qu’évoquent pour les élèves ces deux phrases (réactivation du référentiel culturel commun autour des contes ; par exemple : le rôle du soulier), ce qu’ils imaginent de la suite du texte avec ces deux indices. Cela permettra aux élèves de focaliser leur questionnement sur les zones d’incompréhension, d’ambiguïté (mystère autour des souliers de sable, fonction du sablier).
On pourra profiter de cette entrée en matière pour travailler en transdisciplinarité : un lien pourra être établi entre les douze passages et 24 heures d’une journée (programme de découverte du monde), le sablier (technologie : observer le fonctionnement d’un sablier ; la manipulation de l’objet permettant aussi d’écouter le bruit que fait le sable), le monde (géographie), tous ces détails qui auront un rôle prépondérant et récurrent pour comprendre et s’approprier le texte.
On pourra ensuite, à partir de la lecture des pages 6 et 7 de la pièce (description des personnages, du lieu), proposer aux élèves (après avoir explicité certaines expressions : vivre en vase clos, temps rigide calculé au grain de sable, fantasque) d’illustrer ce qu’ils imaginent du décor et des personnages présentés (fresque collective ou dessins individuels).
Enfin, on pourra s’attarder sur l’existence d’un objet mystérieux, Le Grand Livre du dehors, qui pourra même être le point de départ d’une expression écrite : description de l’objet lui-même ou de son contenu en fonction de l’âge des enfants.
Ces procédés vont permettre aux élèves d’entrer dans le texte de façon concrète, le décor sera planté dans leur tête, les personnages auront pris corps, ils auront entendu le sable couler dans un sablier et le rideau pourra s’ouvrir sur la pièce.
Plusieurs pistes étudiant le découpage sont envisageables :
On pourra proposer aux élèves les titres de chacune des scènes (sans indication du numéro des sabliers et sans les textes) et leur demander, par 2 ou 3, de les remettre dans l’ordre supposé. Ce qui sera important alors ce n’est pas que ce soit juste ou non mais plutôt les stratégies qui seront mises en place par les enfants pour retrouver la trame narrative et les procédures qui justifieront leur choix lors de la mise en commun (une étude fine de la langue devra être mobilisée, par exemple, pour identifier le rôle du « enfin » qui permet de placer le 2e sablier après le premier).
Pour les aider, on pourra leur indiquer que 8 scènes sur 10 sont alternées (une vécue par l’un des personnages suivie d’une vécue par l’autre) ce qui donnera à observer le rythme de la pièce donné par l’auteur.
On pourra ensuite donner le texte d’une scène différente à chaque groupe (10 groupes), leur demander de le lire silencieusement et de retrouver le titre qui correspond (parmi les titres précédemment distribués).
On demandera alors de reconstituer la chronologie des scènes avec Élise, les indices étant clairement identifiables (information directe tirée du texte : nombre de sabliers écoulés, nœuds du ruban) avant d’y intercaler les scènes de Léo (informations implicites plus difficiles à repérer pour les élèves : actions complémentaires des deux personnages, indices laissés sur les lieux…).
En production d’écrit, on peut soit demander à chaque groupe d’inventer un titre pour la scène qu’ils ont à lire ou imaginer la suite en fonction du niveau de la classe.
On proposera ainsi des objectifs d’apprentissage variés : entraîner les élèves à veiller à la cohérence du texte, à la précision, éviter les répétitions, travailler les dialogues en respectant des contraintes syntaxiques et de ponctuation spécifiques… Par cette étude on aura fait travailler les élèves sur la recherche des indices textuels qui assurent la cohérence du texte et sa compréhension.
On pourra demander aux élèves après lecture intégrale de la pièce de répertorier les personnages de la pièce (Élise, Léo, le marchand de sable) ; les objets (sablier, souliers, Grand Livre du dehors, cage) et de les associer (Élise, le sablier et Le Grand Livre, Léo et les souliers, la cage et la maison).
On pourra s’interroger sur le rôle du marchand de sable et sur l’absence de parents.
Pour aider les élèves à repérer les caractéristiques des personnages, on choisira les extraits les plus représentatifs de ces caractères (troisième et quatrième sabliers : insouciance de Léo et inquiétude d’Élise), et on leur demandera de faire une fiche d’identité de chacun d’eux, son caractère, ses qualités, ses défauts.
On pourra également proposer d’écrire un texte racontant une scène (une scène intercalée ou bien la suite de la pièce) du point de vue d’Élise qui observe son frère (ou l’inverse).
L’objectif sera alors de travailler le sens (avoir compris et être capable d’imaginer les réactions des personnages en fonction de leurs caractères) mais également la grammaire (observer et utiliser les différences de structures entre texte de théâtre et narration, employer des temps adéquats (programme de CM et Collège) et enfin le point de vue.
À partir de la première scène (ce qui permet de ne pas trop dévoiler le texte si on envisage ensuite une lecture cursive individuelle), on pourra aisément faire observer le rôle des didascalies, très importantes dans cette scène.
En demandant aux élèves de trouver à quoi elles servent (indications de jeu, de lieu ? didascalies fonctionnelles/fictionnelles ?) et à qui elles s’adressent (metteur en scène, acteur, lecteur ?), on permettra aux élèves d’observer une des spécificités du texte théâtral.
Pour conduire les élèves à comprendre le rôle joué par les didascalies, on les interrogera, par exemple, sur la façon de les traiter (les lit-on ? qui ?) en fonction de la situation proposée : lecture, mise en voix, mise en espace ou mise en jeu (cycle 3 et collège).
Ce travail devra inciter les élèves à accorder une attention particulière à ces éléments et les encourager à ne pas les négliger lors de la lecture silencieuse (ils avouent en effet parfois « sauter » les passages descriptifs des narrations…)
Cette même scène permet aussi de repérer les différences entre monologue, soliloque, dialogue.
La première réplique de Léo est très intéressante car en demandant aux élèves de la lire à haute voix, on va travailler sur l’implicite de la situation. Ce qui ressemble par la forme à un monologue (voire un soliloque) est aussi un dialogue restitué par la voix d’un seul personnage :
« Bonjour, Léo… tu as bien dormi ? Oui, j’ai bien dormi. Il est temps… de te lever… un sablier a coulé ! »
Dans la mise en voix cela peut être mis en relief par un changement de voix qui indiquera le changement de locuteur.
À distinguer, dans la même réplique pourtant du : « Élise ! » qui lui est clairement adressé à l’autre personnage.
Toute la scène est construite de la sorte : dans une même réplique Léo alterne en permanence des phrases habituellement dites par Élise (ou bien s’adresse à elle tout en sachant qu’elle dort et ne l’entend pas) et dit à haute voix des phrases qu’il n’adresse qu’à lui, tandis qu’Élise rêve à voix haute. Ces allers-retours pas forcément explicites pour un lecteur non-expert doivent être clairement identifiés pour permettre à tous les élèves d’entrer dans le texte.
Le dialogue avec les souliers illustre une autre forme de dialogue car ceux-ci ne répondent pas par des mots mais réagissent tout de même (ce sont des personnages à part entière).
Des précisions sur l’adresse et la double énonciation pourront être aussi travaillées au collège à partir de cette scène.
On pourra ensuite proposer aux élèves de préparer l’oralisation du texte dans son intégralité. Chaque groupe de trois élèves se verra confier une scène (restent 9 scènes si on met de côté la première qui aura déjà bien été « décortiquée » collectivement).
L’objectif étant de présenter une lecture aux autres groupes, on rappellera la méthodologie pour accéder au sens :
Ces modalités (travail en petits groupes) devraient donner lieu à des discussions ou débats interprétatifs très riches entre pairs qui faciliteront la réalisation de l’étape suivante qui est la mise en voix.
Pour la mise en voix, on pourra commencer collectivement, par la scène du premier sablier qui aura bien été étudiée dans la partie « cheminer au cœur du texte ».
Pour faciliter la mise en voix, il faut que les élèves soient déjà familiarisés avec le texte (cf. conseils donnés dans Oralisation).
Pour la première lecture collective de la scène, les élèves seront placés en rond dans la classe, assis sur des chaises, avec le texte de la scène du premier sablier en main. Chaque élève à son tour lit une partie du texte, le passage de relais est assuré à chaque point rencontré. Cet exercice permet aux élèves de rester concentrés sur le texte pour prendre le relais au bon moment et sur la ponctuation pour respecter le rythme des répliques. Une attention particulière sera portée aux notions de pause et de respiration pour les phrases longues, et sur les silences que les élèves ont tendance à raccourcir. Il est conseillé de faire écrire aux élèves sur le texte par exemple un « / » pour les pauses et un « // » pour les respirations.
Pour les plus jeunes on pourra leur faire observer la présence de majuscules ou non pour leur donner des indices de la valeur des trois petits points (hésitation et dans ce cas même lecteur ou énumération non exhaustive avec passage du relais).
Les liaisons seront également signalées visuellement.
Les didascalies seront lues de la même façon en incluant « Léo » à la première didascalie de la première réplique pour faciliter la compréhension (« Léo se répétant la phrase qu’il entend. »)
Progressivement et pour entraîner les élèves à lever les yeux du texte, on peut leur demander de tourner les yeux vers la personne à laquelle ils passent la parole à la fin de leur réplique.
Les « chut » pourront être chuchotés par tout le groupe au cours de la scène.
Après cette première lecture, le premier sablier peut être découpé par répartition chorale.
Ce premier découpage pourra être très « linéaire », en suivant la ponctuation et en scindant certaines phrases un peu longues pour permettre à chaque élève de lire 4 ou 5 répliques (pour une classe de 30 élèves).
Cette organisation de la mise en voix peut se répéter pour toutes les scènes et permet une réelle différenciation pédagogique puisque la longueur et la difficulté de la phrase lue peuvent être choisies en fonction du niveau et de l’envie de l’élève.
On peut ensuite, avec des élèves de cycle 3 ou du collège, proposer de prolonger l’activité en autonomie : mis en petits groupes (3 ou 4 élèves par groupe, 1 scène par groupe), ils reprennent la démarche précédemment utilisée collectivement (repérage des pauses, silences, liaisons). Découper et répartir le texte en étant vigilant à la ponctuation, au sens, à la longueur des phrases etc.
L’entraînement à la lecture peut s’effectuer en petits groupes. Une lecture aux autres groupes permettra de préciser les modalités de la mise en voix aux pupitres. Cette lecture aux autres doit s’accompagner d’un travail sur la prise en compte du spectateur (adresse et regard) et sur l’écoute active. Les élèves qui écoutent doivent être attentifs et capables de donner leur avis sur les « prestations » de leurs camarades (on peut proposer un carnet du spectateur où les élèves consignent leurs remarques sur les idées à retenir et les améliorations à apporter).
Cette modalité permet aux élèves un réinvestissement actif et permet au professeur d’évaluer les acquisitions et les difficultés (en observant ce qui se passe dans chaque groupe) et de se libérer pour prendre éventuellement en charge un groupe.
Il s’agit du prolongement de la phase précédente. Les élèves ont maintenant bien en bouche le texte d’une ou plusieurs scènes. La lecture est fluide, adressée et rythmée. On pourra choisir de mettre en espace toute la pièce en travaillant soigneusement les entrées et les sorties des lecteurs à chaque changement de sablier. 6 ou 7 chaises sont disposées en arc de cercle. Les élèves entrent (côté cour) et sortent (côté jardin) en file indienne dans l’ordre de placement.
Par exemple, pour le 1er sablier :
2 élèves se répartissent les didascalies pour restituer la structure poème de la première partie (Didascalie 1 : lignes 1, 2, 4, 8 et Didascalie 2 : lignes 3, 5, 6, 7)
puis alternent en essayant de distribuer plutôt à D1 les didascalies descriptives de la situation et à D2 celles qui relèvent plutôt du discours intérieur du personnage (D1 : lignes 17, 26, 27, 28, 33, 45, 46, 49, 51, 52, 53, 54, 63, 64, 65, 66, 67. D2 : 9, 10, 12, 41, 42, 43, 44, 55, 59…)
À la fin de la première scène, les didascalies seront scindées en courts segments alternativement dits par D1 et D2 pour rendre l’agitation des souliers : les souliers insistent /D1/ font un joyeux vacarme /D2/ Léo essaie de les attraper /D1/ court derrière /D2/, essoufflé /D1/ affolé /D2/…
2 ou 3 élèves se répartissent le rôle de Léo, pour bien différencier les phases où il s’adresse à lui, celles où il imite Élise et celles où il parle avec les souliers.
1 élève lit le rôle d’Élise.
À la fin de chaque sablier les élèves sortent, remplacés par ceux du sablier suivant. Toutes les configurations sont possibles : on peut envisager de faire rester 1 élève de chaque groupe (didascalie, Léo, Élise), veiller à ce que chaque chaise soit toujours occupée par le même personnage repris par différents élèves ou encore faire entrer toute la classe en même temps sur scène, élèves regroupés en didascalies, Léo et Élise, et faire se lever à chaque changement de sablier seulement les protagonistes de chaque scène. Tout doit être mis en œuvre pour assurer la cohérence du texte et favoriser la compréhension du texte aux spectateurs qui peuvent être déroutés par la parole partagée.
En demandant aux élèves de proposer eux-mêmes un découpage des répliques de Léo et des didascalies en suivant les recommandations énoncées, on leur permet de travailler activement et efficacement. Dans cette mise en espace on encouragera non seulement les adresses au public mais également celles entre les différents personnages.
Pour une entrée corporelle et scénique progressive dans le texte de théâtre, je propose de s’inspirer de la démarche de Nicole Wells qui est très efficace avec de jeunes enfants.
Avant d’envisager une mémorisation du texte il s’agit de le faire vivre avec le corps. Pour cela l’enseignant sélectionne les mots forts ou expressifs d’une scène et les fait vivre à ses élèves lors d’une ou plusieurs séances d’expression corporelle.
Par exemple, pour le quatrième sablier, on pourra sélectionner :
En demandant aux élèves d’exprimer avec leur corps les mots sélectionnés et énoncés, on leur permet à la fois de travailler subtilement les déplacements, l’expression des sentiments et de réaliser en situation l’importance de la précision du vocabulaire utilisé pour décrire une action, un sentiment, une action (marcher sur la pointe des pieds est différent de faire des pas mal assurés).
On leur permet également de s’approprier et donc de mémoriser plus facilement un vocabulaire parfois élaboré, subtil ou éloigné du vocabulaire qu’ils utilisent habituellement (humer les fleurs).
Chaque sablier peut ainsi être travaillé collectivement en expression corporelle.
Durant cette phase d’expression corporelle, on pourra également utiliser un bâton de pluie pour rythmer la séance : demander aux élèves de se déplacer d’une certaine façon quand le sable coule, s’arrêter quand le sable ne coule plus et reprendre un autre déplacement quand l’écoulement reprend.
L’étape suivante pourrait être de distribuer le texte d’un sablier par groupe de 3 élèves (10 groupes), les rôles seront attribués en découpant avec chaque groupe le texte : un élève est un personnage, un autre est le narrateur et lit les didascalies qui ne seront pas jouées et le dernier gère les objets : souliers, Grand Livre…
Suggestions de répartition pour une mise en scène en classe entière de tout le texte :

Prendre soin de bien déterminer les didascalies lues de celles jouées. Le titre de chaque scène peut être annoncé par un élève qui dépose à chaque fois un nouveau sablier (1 ou 2 élèves). Les souliers pourront être soit seulement un acteur avec des chaussures très caractéristiques reprises par chaque élève les incarnant, soit un manipulateur de chaussures au bout d’une ficelle et d’un bâton (marionnettes à fils). Le Grand Livre du dehors est un personnage à part entière qui déclame les définitions. Les accessoires seront réduits et peuvent même être remplacés par la lecture des didascalies. Si il y a plus de 28 élèves dans la classe, on peut découper certaines scènes un peu longues en plusieurs Léo ou Élise (1er sablier, 6/7 sabliers).
La mémorisation peut alors commencer, la plupart des élèves sont capables de conserver en mémoire l’essentiel des répliques au bout d’une dizaine de lectures, on encouragera donc les groupes à se réunir régulièrement pour lire, ensemble, le texte qui leur a été attribué (en classe, en récréation, à la maison, en CDI, en permanence…). L’objectif étant de se passer du texte rapidement pour se focaliser sur la mise en jeu.
En élémentaire, la mise en jeu sera travaillée, dans un premier temps, régulièrement en grand groupe, comme précédemment suggéré (1 fois par semaine est idéal) :
De chaque scène, l’enseignant extrait les mots clés et les fait exprimer corporellement par tout le groupe.
Les propositions individuelles intéressantes (postures, déplacements, gestuelles) sont mises en valeur, observées et éventuellement reproduites (enrichissement mutuel) par tous (une dizaine de séances).
Chaque scène est ensuite travaillée par groupe et présentée en fin de séance systématiquement aux autres qui prennent alors le rôle de spectateurs actifs, capables de suggérer des améliorations. Les améliorations suggérées et validées sont notées (carnet d’acteur) en fin de séance par le groupe concerné et reformulées en début de séance suivante (4 séances).
Dans les dernières séances, on veillera à mettre au point les enchaînements de scènes en répétant la pièce dans son intégralité (2 séances).
On peut ainsi envisager de travailler une pièce sur un trimestre.
Au collège, par manque de temps, on demandera aux élèves d’effectuer le travail de groupe en autonomie ou quand cela est possible avec certains autres collègues du collège : responsables du CDI, professeurs d’EPS par exemple.
Les décors, accessoires et costumes gagnent à être sobres. Unité de tenue étriquée pour Élise et Léo (même couleur de tee-shirt et de pantalon pour tous les acteurs tenant le même rôle). Les éléments du décor peuvent être l’occasion de créations plastiques : porte, 3 décors symbolisant l’extérieur vu par Léo (joyeux et lumineux) et celui vu par Élise (menaçant et sombre) et l’intérieur (neutre et rassurant). Les accessoires seront réduits (au maximum ceux suggérés dans le tableau).
Dans l’Itinéraire d’auteur (éditions de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon) qui lui est consacré, Suzanne Lebeau répond à Joël Jouanneau sur son écriture. Extrait des pages 78-79 :
Joël Jouanneau – Est-ce que tu te livrerais à l’exercice que tu donnes à faire aux élèves auteurs ? C’est-à-dire les dix mots de ta biographie et de ton lien à l’écriture, du lien entre ton enfance, ta biographie et l’acte d’écrire.
Suzanne Lebeau –
Joël Jouanneau – Bon, il t’en reste deux. Et alors ?
Suzanne Lebeau – Alors je dirais délinquance et liberté, liberté dans ma manière de regarder et de comprendre le monde. Je voudrais, comme Picasso qui disait avoir mis quatre-vingts ans pour retrouver le trait libre et gratuit de la main de l’enfant, retrouver chaque jour un peu plus du regard neuf de l’enfant.
« Comment ces petits souliers ont-ils émergé du sable ? Comment ont-ils pris forme ? Puisqu’il faut trouver des mots pour partager des intuitions… Je dirais à partir des conditions de l’enfance que je regarde changer à un rythme effarant selon les modes qui s’attaquent maintenant aux replis les plus secrets de l’intimité, celle des enfants entre eux, celle des relations entre les enfants et les adultes. Nous sommes entrés dans l’âge de la « sur » protection, de la sécurité à tout prix…
Je repense souvent à mon enfance… à ses grandes joies, à ses grandes peines, à ses moments de gloire où la peur et l’envie de la surmonter faisaient grandir. Tout dans mon enfance me semblait grand et cette grandeur m’appelait, m’attirait irrésistiblement vers l’inconnu, le neuf, le « ce qu’il y a à explorer »… Toute petite, j’avais une passion pour l’extérieur, le monde plus grand que la cour autour de la maison. Je voulais sortir et explorer. Vers le haut, vers là-bas, dehors, ailleurs. C’était permis. Maintenant c’est plus difficile, parfois défendu. Avec le premier souffle, l’enfant doit apprendre à se méfier du voisin, du soleil qui brille trop fort, de la rue qui tue.
Je suis allée m’asseoir dans une garderie où ils vivent de longues journées pour découvrir avec eux tous ces dangers qui les menacent. Je les ai écoutés, je les ai observés. Je me suis passionnée pour les insectes de la ruelle, j’ai joué au parc et souffert des petits conflits et des grosses larmes. Et j’ai trouvé que ces petits ressemblaient à s’y méprendre à mes souvenirs d’enfance… Ils sont toujours les explorateurs qui partent avec la certitude de découvrir et le sentiment que chaque découverte est un bonheur et une victoire. »
Suzanne Lebeau
En 1980, Suzanne Lebeau écrivait Une lune entre deux maisons. Si ce texte est devenu un classique pour les tout-petits, depuis, elle n’a jamais vraiment réussi à rejoindre ce groupe d’âge. Elle a souvent tenté de retrouver la langue simple, directe, impitoyablement précise des tout-petits, leur manière de dire le monde et de le comprendre en l’expérimentant. Pourtant, que ce soit pour La Marelle ou encore Conte du jour et de la nuit qu’elle destinait aux 3 à 5 ans, le travail d’écriture l’amenait ailleurs, sur un autre territoire. Ces textes se sont finalement adressés à des enfants un peu plus âgés.
Il y a deux ans, Suzanne a passé trois mois dans une garderie. Elle a conté des histoires, jamais finies, laissant imaginer aux petits tous les développements possibles. Elle a suivi leurs imaginaires les plus débridés, les a fait dessiner sur des mots, des phrases, des images. L’auteur a apporté des objets étranges qui se dévoilaient peu à peu au fil de leurs questions et de leurs commentaires, comme cette immense cage recouverte d’une chemise de nuit.
Élise et Léo vivent en vase clos, prisonniers de la peur de l’inconnu et d’un temps rigide calculé au grain de sable. Un matin, à cause d’un rêve exquis, du désir de faire quelque chose de bien, de l’excitation de souliers trop longtemps tenus en laisse, le temps se détraque, la porte s’ouvre… Le ciel et la terre basculent… Les oranges quotidiens ont une saveur différente. La grande question du dehors est posée…
Cette cage a fourni la situation de départ du texte Souliers de sable, un texte qui nous semble retrouver l’état d’âme des tout-petits et les qualités de limpidité et de fluidité d’Une lune entre deux maisons. Le texte sera porté à la scène par le Carrousel la saison prochaine et cette étape de création nous fait saliver du désir de retrouver les petits. Un public qu’on ne veut plus perdre de vue et qui nous émeut particulièrement. Il y a dans cette première rencontre avec le théâtre, qui ressemble si fort à la vie et au jeu, la matière d’une réflexion intarissable pour les chercheurs insatiables que nous sommes.
Où finit la fiction, où commence la réalité et comment se fait le passage de l’un à l’autre ? Comment ce qui se passe sur scène, pure fiction, acquiert-il cette force émotive que la réalité est en train de perdre ? Les images les plus crues et les plus violentes en entrant dans le petit écran se diluent au point de devenir images insignifiantes d’un feuilleton alors qu’un geste sur scène prend une portée mythique. Pourquoi ? Pourquoi l’interaction entre la scène et la salle conditionne-t-elle autant l’écoute d’un seul ? Qu’est-ce qui est si unique et si fort dans le phénomène théâtre ? Les petits et leur incompétence à adopter un comportement correct au théâtre est un terreau d’analyse exceptionnel. Aussi, Suzanne désire suivre de très près les représentations de Souliers de sable avec la volonté d’écrire à nouveau pour eux.

« Plus de 25 ans se sont écoulés depuis la création d’Une lune entre deux maisons et je retrouve cette émotion si particulière à la pensée de rencontrer à nouveau le public des tout-petits.
Je les imagine entrer tout doucement dans la pénombre, habités par la peur et l’excitation devant l’inconnu, un monde à découvrir. Le monde du théâtre crée le vrai à partir du faux mais ce faux est pour les tout-petits plus vrai que vrai parce qu’ils connaissent instinctivement les règles du jeu : ils savent jouer.
J’ai demandé aux comédiens non pas de jouer à l’enfant mais de retrouver cet état d’enfance sans faux-semblants, habités de force et de fragilité dans le mouvement du temps. Le temps qui bat, le temps qui bouge, le temps qui s’écoule dans l’instant. L’instant présent, celui du jeu sans complaisance, sans condescendance, qui trace avec les grains du désir un chemin à parcourir, à découvrir ensemble, pour combattre la peur, pour combattre les peurs qui nous habitent, qui paralysent, interrompant la suite du temps… »
Gervais Gaudreault
Avec Souliers de sable, nous revenons à la création en direction des tout-petits, un travail de proximité qui demande une grande intimité. Avec ce nouveau projet, Gervais Gaudreault désire retrouver avec eux ce qu’il appelle le théâtre de chambre, en écho à la musique de chambre, pour favoriser l’écoute. « Arriver à cette qualité d’écoute, sans compromis, me préoccupe particulièrement. C’est la chose la plus importante et la plus difficile à obtenir en jeune public. Parce que l’écoute nous amène à l’intériorité. Comme créateur, mon travail de mise en scène doit conduire le spectateur vers cette intériorité-là. »
Le spectacle repose sur le plaisir et la peur que procure la liberté. Les deux personnages s’opposent, se répondent, dans leur attitude face à la découverte du monde qui les entoure. Souliers de sable est un texte sensuel : tout passe par les sens. L’écriture scénique, tout comme l’écriture, sera un amalgame de stimuli sonores, visuels, corporels : la sensualité dans la découverte. Comme les tout-petits, qui comprennent avec leur corps, avec leur sens.
Les souliers, deux paires de souliers, celle de Léo et de sa grande sœur Élise, sont les initiateurs de ce voyage libérateur. Ils sont le troisième protagoniste de cette histoire, à la fois déclencheur et meneur de jeu. Ces souliers auraient pu être des objets marionnettiques, ils seront plutôt incarnés aux pieds et aux mains par un acteur-danseur qui exprimera l’énergie du mouvement dans une opposition entre espace fermé et espace ouvert où s’articulera la mise en scène.
La fuite des souliers, inscrite dans la dynamique interne du texte, sera traitée comme différents moments chorégraphiques où pulsions, mouvements, danse créeront des relations parfois sensibles, parfois ludiques, avec le frère ou la sœur dans leurs relations au monde. Le travail corporel cohabitera avec le travail textuel pour trouver la vérité des personnages-enfants dans les situations et les émotions du texte, sans jamais « jouer à l’enfant ». Trouver la vérité de l’enfant et de ses émotions est toujours un jeu d’équilibre délicat qu’il ne faut pas sous-estimer.
C’est autour de ces principaux enjeux qu’évolue présentement notre travail de création.
L’élève est capable de :
L’élève est capable de :
L’élève est capable de :
L’élève est capable de :
À partir de la pièce, comparer l’univers extérieur décrit dans la pièce à celui du quartier de la classe (urbain / rural)
L’élève est capable de :
À partir du paratexte, dessiner, peindre les personnages, la chambre Fabriquer les décors pour une représentation (cf. mise en jeu)
Orthographe
Grammaire
Acquérir une conscience des faits de langue
Lexique
TAP TAP TAP Podcast : Théâtre à la page propose des discussions autour de pièces de théâtre jeune public impliquant des membres de l’association et des élèves découvrant les pièces. Écouter l’épisode consacré aux .