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Carnet artistique et pédagogique Les Discours de Rosemarie

de Dominique Richard

Carnet pédagogique rédigé par Johanna Biehler, docteure en langues et littérature française, enseignante et dramaturge. Carnet publié en février 2018.

En 2017, la pièce Les Discours de Rosemarie a reçu le Grand Prix de littérature dramatique, catégorie « Jeunesse ».

L’œuvre

Dans Les Discours de Rosemarie, Dominique Richard continue d’explorer l’enfance et les nombreuses difficultés inhérentes au fait de grandir, un travail commencé avec sa première pièce de théâtre, Le Journal de Grosse Patate, écrite et mise en scène en 1998. Par la suite, l’auteur a consacré un ou plusieurs textes à chacun des camarades de classe de Grosse Patate (Rosemarie, Rémi et Hubert).

Nous avons découvert Rosemarie Pecola dans la première pièce que Dominique Richard a consacrée à ce personnage, Les Saisons de Rosemarie (2004). Dans ce texte, Rosemarie est une enfant qui parle très peu et se contente de sourire pour communiquer, elle est entièrement tournée vers son univers intérieur.

Dans Les Discours de Rosemarie, le personnage a grandi et a évolué, elle n’a plus peur de s’exprimer, au point de se lancer dans la course aux élections et de prononcer des discours afin de devenir déléguée de classe, aidée pour cela par son directeur de campagne Hubert.

La pièce est composée d’une succession de tableaux où alternent les dialogues entre la candidate et son directeur de campagne et les monologues qui permettent au public de découvrir les fameux discours de Rosemarie destinés à convaincre les élèves de la classe. Les scènes dramatiques sont entrecoupées d’illustrations de Vincent Debats qui reprennent les codes des affiches politiques où Rosemarie est représentée accompagnée d’un slogan mettant en avant ses qualités ou comme meneuse d’homme en parodiant des tableaux célèbres mettant parfois en scène des hommes politiques reconnus comme Napoléon Bonaparte.

L’auteur

Après des études de philosophie, Dominique Richard (Fontenay-aux-Roses, 1965) reçoit une formation de comédien à l’école du Théâtre national de Strasbourg, puis il joue au théâtre et met en scène plusieurs textes. En 1998, il écrit et crée sa première pièce pour enfants, Arakis et Narcisse, qui est publiée en 2002 dans la collection « Théâtrales Jeunesse » sous le titre Le Journal de Grosse Patate. Celle-ci est sélectionnée en 2004, 2007 et 2013 par l’Éducation nationale comme œuvre de référence pour le cycle 3 du primaire et inaugure un cycle d’écriture, « La Saga de Grosse Patate », qui met en scène les camarades de la petite fille ronde et douce : Les Saisons de Rosemarie (2004, sélectionnée en 2013 par l’Éducation nationale comme œuvre de référence pour les collégiens), Les Ombres de Rémi (2005), Hubert au miroir (2008, sélectionnée en 2013 par l’Éducation nationale comme œuvre de référence pour les collégiens), Les Cahiers de Rémi (2012) et Les Discours de Rosemarie (2016). Dominique Richard est aujourd’hui l’auteur d’une douzaine de pièces, la plupart pour jeunes publics. Elles abordent souvent la fantaisie et les mondes intérieurs de l’enfance et évoquent la difficulté de grandir. Dominique Richard s’engage régulièrement dans des projets d’animation autour de l’écriture, en direction de publics jeunes ou en difficulté. Depuis 2010, il est artiste associé du Collectif Râ, Théâtre en Chemin (Joué-lès-Tours), au sein duquel il met en scène ses textes et d’autres auteurs jeunesse.

Trois parties

Les Discours de Rosemarie adopte une chronologie linéaire qui peut faciliter la compréhension des élèves lors d’une première lecture, du « Prologue » où Rosemarie fait part de sa décision de se présenter à l’élection face à Géraldine, à l’« Épilogue » où Rosemarie fait part de ses doutes quant à la politique et aux résultats surprenants des votes. Nous suivons ainsi les différentes étapes de la campagne : la constitution de l’équipe de Rosemarie, la mise en place d’une stratégie, la recherche des slogans mais aussi des éléments moins nobles de la politique comme l’élaboration de fausses rumeurs.

I. Cheminer au cœur du texte

En guise de préambule à la découverte des Discours de Rosemarie, il est intéressant de découvrir l’ensemble dans lequel cette pièce prend place : il s’agit, selon l’expression de Marie Bernanoce, d’« une véritable constellation théâtrale […] un personnage mineur dans une pièce devient le héros d’une autre » (Vers un théâtre contagieux, éditions Théâtrales, coll. « Sur le théâtre », 2012, p. 431). Dans cette « constellation », chaque personnage est caractérisé par un défaut qu’il doit affronter afin de grandir et devenir plus adulte.

A. Les discours au théâtre : monologue et dialogue

Les Discours de Rosemarie est une pièce composée d’une succession de tableaux. Les scènes, en fonction du nombre de personnages, sont soit des dialogues (Rosemarie et Hubert) soit des monologues. Pourquoi cette alternance ? Ces deux formes de discours ont deux fonctions bien différentes :

  • Les dialogues, dans une pièce dite « jeune public », ont tendance à la brièveté pour donner un rythme rapide, ce qui permet d’éviter l’ennui chez un public qui se lasse rapidement. Ils représentent des échanges et font avancer le récit. Par exemple, dans le tableau « Animal politique » (p. 33), la maîtresse interdit les coups bas qui envahissent la campagne et les personnages commencent à s’autocensurer avec l’utilisation de « bip » pour remplacer les mots tendancieux. Plus tard, dans « Tomber le masque » (p. 43), Rosemarie et Hubert inventent une langue codée pour contourner les interdictions de la maîtresse. C’est aussi l’occasion d’une réflexion sur le langage de la part des personnages : Hubert estime que le mot « triste » devrait être interdit (p. 53).
  • Les monologues sont au contraire une pause dans le récit puisqu’ils sont l’occasion d’entendre les qualités d’oratrice de Rosemarie, l’enfant qui ne parlait pas, dans ses discours. Toutefois, tous les monologues de la pièce ne sont pas des discours : le « Prologue » est un monologue mais il se place avant le début à proprement parler de la campagne, il s’agit de la prise de décision de Rosemarie. Ce moment est adressé au public, il n’y a pas de destinataire clairement identifié dans la fiction. Le personnage principal se parle à elle-même et on peut imaginer que le personnage d’Hubert n’est pas encore présent sur scène, qu’il s’agit d’une scène qui a lieu chez Rosemarie et qu’elle s’adresse peut-être à son reflet dans un miroir.

Ce tableau récapitulatif permet de mettre en avant la répartition des monologues/ dialogues ainsi que les différentes illustrations (affiches politiques, manuscrits, caricatures d’autres camarades…) ou les pastiches de tableaux célèbres mettant en scène Rosemarie :

Le tableau permet d’établir certains faits :

  • que Rosemarie est le seul personnage présent en permanence sur le plateau. Les scènes de monologues sont des moments où elle est seule à parler sur le plateau, il faut donc amener les élèves à déduire soit qu’Hubert est sorti de scène soit qu’il y est toujours présent mais dans un autre espace-temps que Rosemarie ;
  • qu’il y a une alternance entre le texte (dialogue ou monologue) et les illustrations. Cela peut s’expliquer par le fait que certains thèmes sont abordés dans une scène monologuée ou dialoguée et qu’ils sont repris par la suite dans les illustrations : Le Cri d’Edvard Munch (p. 9) est la représentation stylisée d’une crise d’angoisse, sentiment anxiogène comme peut l’être pour Rosemarie, peu bavarde, la décision de se présenter à l’élection des délégués de classe et de prononcer des discours. Cette alternance peut être le sujet d’un travail en classe : à partir d’une illustration de Vincent Debats, démontrer le lien avec la scène précédente comme fait ci-dessus. En cycle 3, on pourra se concentrer sur les illustrations des pages 17, 22, 32, 39, 49, 56, 71 et 77. On pourra également effectuer un travail de comparaison entre le tableau original et l’illustration de la pièce pour les tableaux pastichés des pages 9, 25, 42, 65, 80, 88. Il s’agira pour les élèves de comprendre les choix de l’artiste. Un tel exercice peut devenir plus complexe au lycée avec des recherches à effectuer autour des peintures pastichées et de leur contexte artistique et politique.

B. L’humour dans Les Discours de Rosemarie

Les différents types de comique

Les Discours de Rosemarie, comme un grand nombre de pièces de théâtre, repose sur différents types de comique. Il s’agit pour les élèves d’apprendre leurs caractéristiques, de savoir les reconnaître et donner un exemple :

  • Le comique de mots qui exploite les ressources du langage (jeu de mots, calembour, jargon et charabia, déformation, dialectes, répétitions…). Dans la pièce de Dominique Richard, le comique de mots est présent essentiellement grâce à la langue inventée par Rosemarie et Hubert ;
  • Le comique de geste qui provient de la mise en scène à travers le jeu des acteurs (chutes, coups de bâton, bagarre…). Dans le tableau « Triomphe modeste » (p. 72), Rosemarie (qui ne semble pas avoir le triomphe modeste) exprime sa joie à travers des phrases sans verbe qui exploitent le champ lexical du bonheur et de la gaieté. Il est facile d’imaginer qu’à cette occasion l’actrice se livre à une petite « danse de la victoire » un peu ridicule qui provoque le rire chez les spectateurs ;
  • Le comique de situation utilise les rencontres fortuites, les quiproquos, les malentendus. Ici, il s’agit de l’apparition, dans la campagne, d’un troisième candidat surnommé Triste Short qui est présenté à travers les propos de Rosemarie comme un antihéros (peu éloquent, maladroit, mal habillé, mauvais élève, atteint d’un strabisme…) ;
  • Le comique de caractère repose sur les défauts des personnages. Cela peut se trouver dans l’ambition de Rosemarie prête à tout comme répandre de fausses rumeurs et recourir à la méchanceté pour diminuer son adversaire. Toutefois, les dernières répliques du personnage laissent entendre qu’elle s’est laissée emporter par son enthousiasme et que pour elle la politique consiste essentiellement à « défendre les autres, les protéger » (p. 86).

    Il s’agit aussi de relever les procédés de lecture au second degré mis en place par l’auteur et l’illustrateur : qu’est-ce qui relève du pastiche, de la satire, de la parodie ? Quels en sont les caractéristiques et le but ? Les élèves auront à les identifier et à expliquer comment ils peuvent se décliner et s’exprimer sur une scène de théâtre (dimension auditive, dimension visuelle…).

La langue codée

À partir du tableau « Animal politique » (p. 33), la maîtresse remarque que l’activité électorale commence à dégénérer et elle interdit toute remarque malveillante qui dépasserait le cadre de la campagne (allusion à la famille, au physique…). Rosemarie et Hubert commencent alors à remplacer les mots incriminés par des « bip ». Plus tard, dans le tableau « Tomber le masque », la langue s’est développée et devient une véritable langue inventée avec des substantifs et des verbes qu’ils appellent la « langue secrète » (p. 45) ou « Slang » (p. 43). Afin de communiquer sans craindre les oreilles indiscrètes, Rosemarie et Hubert affublent chaque élève, et même la maîtresse, d’un nom de code.

Plusieurs exercices sont alors possibles : travailler sur les surnoms d’une part et sur la langue secrète d’autre part. Il s’agira alors, avec les élèves :

  • De relever tous les noms de code comme « Courte Patte » (p. 43) ou « Tunique rouge » (p. 44) et de leur chercher une explication possible : « Courte Patte » est un ou une élève de petite taille… puis de relever tous les prénoms des enfants de la classe (mentionnés mais non présents sur scène, entre autres dans le tableau « Matériel de campagne », p. 26) et tenter de comprendre à qui correspond quel surnom. Nous savons déjà que Moly est « Envers du Bureau » et que sa meilleure amie est « Mains Collées » (p. 45). À travers cette petite enquête il est ainsi possible de « reconstituer » la liste des élèves ;
  • De créer un lexique « Slang/français ». Pour cela, relever tous les mots de cette Slang et tenter d’en déduire le sens d’après le contexte. D’après le dialogue de « Tomber le masque », on peut en déduire que « Bling » désigne la fausse lettre d’amour, un « Slurp » un piège, « Slamp » le verbe coder… Le tableau « Faux semblant » est plus complexe car il n’est pas impossible que l’auteur ait cherché à brouiller les pistes avec une langue indéchiffrable et difficile à retenir comme le montre le moment de rébellion et de découragement d’Hubert (p. 51-52). À ce moment, les quelques déductions que le lecteur/spectateur a pu faire sont remises en cause et « Bling » ne concerne plus la preuve fabriquée par Rosemarie et Hubert. L’analyse de ce passage sera donc réservée au lycée.

    Par la suite, il est envisageable de leur demander de créer leur propre petit lexique et/ou d’inventer des surnoms pour les autres élèves de la classe en fonction du niveau. Il faudra veiller à ce qu’ils soient loufoques ou amusants mais toujours bienveillants. Une fois ce mini-dictionnaire bilingue établi, les élèves auront à rédiger un petit texte utilisant la nouvelle langue. Ils pourront aussi travailler en binôme à l’élaboration d’un dialogue entre leurs deux alter ego.

C. Analyse des discours

Rosemarie se livre à quatre discours politiques et un prologue. Le prologue est un monologue où le personnage est seul en scène, il n’est donc pas destiné à convaincre. Il a la même fonction qu’une scène d’exposition, c’est-à-dire qu’il expose la situation dont va découler toute la pièce (ici, pourquoi Rosemarie sort de son mutisme pour se présenter à l’élection des délégués).

Chaque discours marque une nouvelle étape dans la campagne :

  • le premier, p. 23, est la présentation de la candidature. Rosemarie, après une longue description pleine d’énumérations de la situation (qui démontre, paradoxalement, une grande maîtrise de la langue et un vocabulaire très riche), annonce sa décision de se présenter ;
  • dans le deuxième discours, p. 40, Rosemarie cherche à convaincre en donnant sa définition de la fonction d’une déléguée de classe. Pour cela, elle répète le mot « pourquoi » et répond elle-même aux questions. Elle utilise un procédé oratoire, la question rhétorique, qui lui permet de varier le ton et ainsi d’éviter l’ennui chez son public et qui peut se définir ainsi : « question de discours qui n’attend pas de réponse ou à laquelle l’auteur donne une réponse immédiate » comme Rosemarie (p. 40) :

« Mais c’est aussi une élève normale. Pourquoi ? Parce que ces mêmes responsabilités ne doivent pas la placer au-dessus de ses camarades. »

  • le troisième discours (le plus long), p. 57, est celui qui précède le vote. Il est donc très important car il a pour fonction de convaincre les indécis. Pour cela, Rosemarie expose la structure de son argumentation (son « plan ») censé répondre à la question « c’est quoi, une bonne déléguée de classe ? » ;
  • le quatrième discours, p. 78, est le discours de remerciement imaginé par Rosemarie à prononcer suite à sa victoire. Or, elle ne gagne pas l’élection, celui-ci reste à l’état de répétition et ne sera jamais adressé à la classe.

    Les discours fournissent de bons sujets à des exercices d’écriture et d’argumentation. En cycle de consolidation, on pourra se concentrer sur le premier discours et donner comme consigne d’expliquer les raisons qui ont poussé un personnage imaginaire à agir. Cela peut prendre la forme d’une consigne formulée ainsi : « Votre cousin (ou votre cousine) vous explique qu’il veut prendre des cours de dessin parce que… » (on peut bien sûr adapter selon l’intérêt de la classe ou l’actualité).

    Le discours ainsi rédigé sera lu à haute voix devant la classe et pourra faire l’objet d’une discussion pour savoir si les auditeurs ont été convaincus ou non et pourquoi. Une telle formule peut être complexifiée au collège avec une joute verbale, chaque orateur défendant une position selon un principe de « pour » ou « contre ». Le meilleur recueille le plus de voix.

    Au lycée, il est envisageable de proposer aux élèves une fausse campagne ou une série de débats dont le but est de convaincre la classe de voter pour le faux candidat ou donner raison à l’orateur. Il s’agira aussi d’aborder les différents arguments possibles et comment les réfuter.

II. Mise en voix

Afin d’aller plus loin dans la découverte des spécificités d’une pièce de théâtre, il est souhaitable que cela ne reste pas de l’ordre de l’étude dramaturgique. Il ne sera pas forcément demandé aux élèves de jouer le texte (et cela dans une optique de mise en scène) mais de montrer qu’ils en ont compris les particularités et qu’ils peuvent se les approprier.

A. Travail sur les discours et la lecture à haute voix

Une fois que la différence entre dialogue et monologue est bien acquise par les élèves, ils pourront passer par un temps de lecture des discours à haute voix qui sera l’occasion de travailler les techniques d’expression orale, utiles pour tous les examens oraux auxquels les élèves seront confrontés. Il s’agit de se concentrer sur plusieurs points qui seront plus ou moins appuyés en fonction du niveau :

  • l’attitude (se tenir droit, ne pas croiser les bras…) ;
  • le regard (ne pas regarder trop longtemps son papier, regarder chaque spectateur…) ;
  • la parole (parler assez fort mais ne pas crier, varier le ton…) ;
  • le geste (éviter les gestes parasites, trouver des gestes qui soulignent le propos…).

    La ponctuation peut être un bon fil conducteur : les virgules permettent de reprendre son souffle et rythmer le texte, les points d’interrogation demandent à ce que l’intonation monte alors que les points exigent l’inverse. Le deuxième discours comporte une ponctuation variée et, une fois que les règles de lecture sont acquises, les élèves peuvent s’amuser à bouleverser leur lecture : par exemple, donner une intonation descendante à un point d’interrogation change la prononciation d’une question mais aussi son écoute.

B. Travail sur les discours : improvisation

Les élèves se présentent face à leurs camarades et doivent improviser un petit discours sur un thème imposé. Selon le niveau, le discours attendu sera plus ou moins long et le thème imposé plus ou moins complexe. Cela peut être une question liée à l’actualité (lycée), une question liée à l’établissement (collège), voire une question loufoque afin que les élèves fassent travailler leur imagination de façon ludique (fin de primaire-début de collège) comme celle-ci : « Faut-il transformer la cour de récréation en piscine olympique ? »

Si cet exercice est proposé à la suite du travail sur les lectures à haute voix, on demandera aux élèves une application des techniques déjà abordées : une voix posée et audible, des gestes qui accompagnent la pensée, regarder la classe et non le sol ou le plafond…

C. Travail sur les idées

Une élection (qu’elle soit de déléguée de classe ou politique) est un exercice de débat et de conviction. Un débat (entre équipes ou entre candidats) est organisé sur un thème ou une question tirés au hasard : après préparation (recherches de documentation) ou improvisation. Les élèves faisant office d’électeurs auront à déterminer qui a présenté les arguments les plus convaincants. Cela peut donner lieu, plus particulièrement au lycée, à un véritable tournoi de débats. Chez les plus jeunes, cela peut donner lieu à l’élaboration de panneaux et de recherches transdisciplinaires, avec par exemple un débat préparé sur les pour et les contre concernant l’eau du robinet ou l’eau en bouteille.

D. Travail sur les illustrations

Les illustrations s’inspirent de l’iconographie politique pour mettre en avant les émotions et les résolutions de Rosemarie. La pièce comporte plusieurs techniques comme le détournement de tableaux célèbres mettant en scène des personnages comme Le Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich (p. 88) ou Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard d’Eugène Delacroix (p. 80) avec l’inclusion du visage de Rosemarie, une analyse de statistiques (p. 77) basées sur des sondages, des affiches de campagnes (p. 17 et 22) qui représentent la candidate et incitent les élèves à voter.

L’image de la page 71 est particulièrement intéressante car facile à reproduire en classe. Les élèves peuvent choisir une expression ou une maxime (certaines seront plus faciles que d’autres) et changer un mot par une représentation. Cela peut se faire avec des dessins ou des collages. En primaire, il sera peut-être plus facile de donner une liste d’expressions aux élèves, chacun pouvant choisir celle qui l’inspire le plus.

III. Mise en espace / Mise en jeu

Une mise en scène intégrale d’une pièce est un exercice chronophage, difficile à mettre en place en fonction du contexte scolaire. Afin de donner aux élèves une idée de ce que peut être le théâtre, une mise en espace peut être un bon compromis. Il s’agit d’un exercice qui tient à la fois de la lecture et de la mise en scène et peut prendre plusieurs formes.

A. Lecture-présentation

Dans le cadre d’une lecture mise en espace, un travail de lecture à haute voix au pupitre (ou, du moins, texte en main) pourra être envisagé. Il s’agira de lire des extraits de la pièce, des fragments choisis pour être les plus à même de donner à entendre l’évolution de Rosemarie. Il est possible de lire un seul extrait long de la pièce et de proposer comme exercice aux élèves (et cela permet de vérifier leur compréhension) de se situer dans l’œuvre grâce à un résumé ce qui s’est passé avant ou de ce qui se passera après.

Afin que l’exercice soit compréhensible pour le public, les extraits peuvent aussi être choisis selon un fil conducteur : la campagne de Rosemarie, sa relation avec Hubert, leur rapport à la langue (les mots interdits et le langage codé), son inimitié pour Géraldine…

B. La parole et le corps

Hubert et (surtout) Rosemarie parlent beaucoup, mais qu’en est-il de leur corps ? Dans la première pièce consacrée au personnage de Rosemarie, nous avons appris que la petite fille faisait de la danse et Hubert apprécie le football. Comment cela peut influer leur façon de se tenir, de marcher, de parler, de courir ? De même, on peut les amener à réfléchir à l’utilisation ou la non-utilisation des mots dans la communication : ils doivent faire un discours où ils ne peuvent utiliser qu’un seul mot et donc se faire comprendre qu’à travers l’intonation. Le même exercice peut aller plus loin en n’ayant recours qu’à des onomatopées ou une seule syllabe.

De même, la pièce comporte plusieurs allusions au physique des candidats et à leur façon de s’habiller. Les élèves peuvent alors créer des planches d’étude pour les costumes des personnages et cela en diverses occasions : pour les discours, pour le sport, pour la maison… Ils pourront utiliser des techniques différentes (le découpage, le dessin, la photographie, la peinture…) et défendre leur choix. Ce travail peut être une étape préalable à la réalisation d’une affiche : quelle technique utiliser ? Quelles couleurs ? Faut-il représenter Rosemarie ou Rosemarie et Hubert ? Quel visage, quel corps leur donner ?

C. Devenir candidat

Comme Rosemarie et Hubert, et cela en fonction du niveau, il est possible d’imaginer organiser une « campagne de délégué théâtrale » au sein de la classe. Pour cela, plusieurs choses sont envisageables :

  • créer un nouvel alter ego et son directeur de campagne pour changer de point de vue (deux élèves en collège et au lycée, mais une création collective en primaire est possible autour de la figure de Géraldine) ;
  • lister les idées et les motivations ;
  • rédiger des petits discours et des dialogues courts ;
  • imaginer des slogans et des affiches de campagne ;
  • se présenter et tenter de convaincre son électorat.

Un tel exercice fait travailler l’imagination, la maîtrise de la langue, le dessin et la capacité à s’exprimer en public.

IV. Environnement artistique de la pièce

A. Création de la pièce

Pour la saison 2017-2018, la pièce Les Discours de Rosemarie de Dominique Richard sera créée par la compagnie « La Petite Fabrique » dont la note d’intention est disponible ici.

L’équipe de création est la suivante :
Mise en scène : Betty Heurtebise
Jeu : Stéphanie Cassignard, Alexandre Cardin
Scénographie : Damien Caille-Péret
Vidéo : Valéry Faidherbe, Sonia Cruchon
Lumières : Jean-Pascal Pracht
Son : Nicolas Barillot
Costume : Hervé Poyedomenge
Construction décor : Jean-Luc Petit
Régie générale, lumière et vidéo : Véronique Bridier
Régie son : Nicolas Barrillot, Sylvain Gaillard
Médiation : Aurélie Armellini
Production : Joachim Gatti
Diffusion : Céline Vaucenat

© Frederic Desmesure

 

 

© Frederic Desmesure

 

© Frederic Desmesure

B. Discours de Dominique Richard

Discours de remerciement de Dominique Richard à l’occasion de la remise du Grand Prix de littérature dramatique jeunesse 2017 pour sa pièce Les Discours de Rosemarie.

Lundi 9 octobre 2017, au Conservatoire national supérieur d’art dramatique

«J e vous remercie pour ce prix, de l’honneur que vous m’accordez, de l’intérêt que vous marquez ainsi pour mon aventure singulière. En le recevant je pense à Suzanne et à Sylvain, à Nathalie, je pense aussi à Joël et à L’Enfant cachée dans l’encrier, à toutes les discussions que nous avons pu avoir ensemble sur l’écriture, à tous les auteurs que j’ai pu rencontrer, tous ceux que j’ai eu la chance de lire, tous ceux qui font vivre l’écriture théâtrale jeunesse aujourd’hui. Mais je vous remercie surtout de ce prix, que ce prix existe, qu’il mette un peu de lumière sur ce pan de la création théâtrale d’aujourd’hui.

J’ai rencontré le théâtre jeunesse par hasard, je me suis égaré dans cette forêt amusante, étrange et inquiétante et je ne m’imagine pas aujourd’hui en sortir. Ce chemin d’écriture, ou plutôt cette errance parfois, je ne l’accomplis pas seul. On n’est jamais seul quand on écrit, mais toujours plein de la présence des autres, leurs visages apparaissent toujours au détour d’une phrase, on entend souvent le son de leurs voix ou leurs éclats de rire, ils sont là, avec nous, les proches et les absents, les lointains et les disparus. Je ne peux pas tous les citer, mais je pense à eux.

Je pense à Vincent et à ses dessins qui accompagnent tous mes textes, à Madeleine, Pascale, Françoise, directrice de la collection jeunesse aux éditions Théâtrales, Jean-Pierre, Pierre, Gaëlle, Carole, toute l’équipe de cette si belle maison, les metteurs en scène qui ont monté certains de mes textes, les comédiens, les enseignants que j’ai pu rencontrer, l’OCCE, Katell, François, les universitaires, Marie, ceux qui m’ont demandé d’écrire pour eux, Patrick et Adeline, Pierre et Pascale, Robin, Jean-Claude, Frédéric, la Ligue de l’enseignement, tous ceux qui défendent et promeuvent cette littérature dramatique jeunesse et qui ont grandement contribué à sa naissance et son développement.

Je suis dans une situation embarrassante pour vous parler précisément de ce texte, Les Discours de Rosemarie, et pour prononcer devant vous un discours. Celui qui l’a écrit se défie des discours et des puissances de la rhétorique, mais il sait aussi l’impossibilité d’y échapper.

Je ne parlerai pas de la timidité, de la colère, de la joie, de la méchanceté et de la tristesse, de la naissance du mal, je ne parlerai même pas du rire. Je ne parlerai pas du langage, de la rhétorique, du théâtre, de la sophistique. Je ne parlerai pas non plus du politique, de la démocratie, de la démagogie et de cette antique question de savoir si elle est consubstantielle ou non à la démocratie. Je ne parlerai pas non plus de la dernière campagne présidentielle, c’est dommage ça nous aurait peut-être fait rire un peu.

Je ne parlerai pas de l’année 2015, où j’ai conçu cette pièce, et de la passe historique que nous traversions. Je ne parlerai pas de l’état du monde. Je ne parlerai pas des circonstances qui ont entouré la naissance de ce texte. Je ne parlerai même pas de ces manifestations improbables, soi-disant pour tous, et de ces gens très sérieux exhibant des pancartes ridicules. Je ne parlerai pas d’un spectacle présenté au Théâtre de Vitry empêché d’être vu des enfants par l’Inspection académique à cause d’une scène où un garçon déclare son amour à un autre garçon et rêve d’embrasser ses cils. Je ne parlerai pas du même texte écarté de comités de lecture. Je ne parlerai pas de cette maîtresse m’accueillant dans sa classe et m’expliquant qu’une grand-mère, découvrant ce livre dans le cartable de son petit-fils, et l’ayant lu, avait immédiatement téléphoné au maire de sa commune, qui appela aussitôt l’Inspection académique, qui convoqua la maîtresse de toute urgence ; de cette même grand-mère refusant de rendre l’ouvrage à la maîtresse, le brandissant au-dessus de sa tête et menaçant de le brûler devant l’école. Je n’ai pas cherché à rencontrer cette grand-mère, je suis prêt à défendre mes textes absolument, contre vents et marées, seul s’il le faut et devant une foule déchaînée, mais jusqu’au feu exclusivement. Je ne parlerai pas de tous ces gens qui me disent encore que le théâtre jeunesse, c’est toujours un peu gnangnan, me lancer ça à moi, qui ai presque failli être brûlé vif par une grand-mère dans les Pyrénées… Je ne parlerai pas du rêve secret qui m’a traversé d’écrire un épisode de « T’choupi et les fleurs » pour avoir la paix, je ne parlerai pas de mon incapacité viscérale à écrire un épisode de « T’choupi et les fleurs ». Je ne parlerai pas de ces débats où l’on m’expliquait que la censure n’existait pas en France et que bien sûr on était absolument contre, mais que quand même dans certains cas…

Je ne parlerai pas… Vaste prétérition indéfinie, et il est bien normal qu’en cette époque un peu schizophrénique, la prétérition ne soit plus seulement une figure de rhétorique parmi les autres, mais bien la figure obligée de tout discours, et que nous devions passer notre vie à répéter que nous n’allons pas parler de ce dont nous sommes très précisément en train de parler.

N’ayant donc encore rien dit, je parlerai seulement des enfants. C’est peut-être l’une des plus grandes chances que nous ayons, écrivant des textes sur l’enfance, de pouvoir les rencontrer. J’en ai croisé je pense des milliers, et je ne me lasse pas de converser avec eux. Je leur raconte parfois des histoires improbables, ils me parlent d’eux, j’essaie de leur expliquer mes tentatives d’écriture, nous échangeons sur l’intime, pas nos petites histoires personnelles, mais l’intime que nous partageons tous et qui nous est commun, ce que ça pourrait vouloir dire, vivre, et nous discutons des textes qu’ils ont lus, ce qui les a intrigués ou amusés, touchés ou troublés.

Et ils font des cadeaux. Avec Vincent nous avons des centaines de dessins, de poèmes, de livres, de déclarations. Ils nous ont même offert un salon, en carton, heureusement démontable, quatre fauteuils décorés pour chacun des personnages du Journal de Grosse Patate, une sculpture monumentale, de toutes les couleurs, pour mon jardin. Je ne sais pas pourquoi, les enfants sont persuadés que j’ai un jardin, ils s’imaginent, je crois, que je vis dans une sorte de château entouré d’un immense parc rempli de sculptures d’enfants. En me présentant cette œuvre gigantesque et multicolore (j’étais ce jour-là en métro et en bus), la maîtresse était très embêtée, elle s’excusait : « Vous n’êtes pas obligé de l’emporter vous savez, ou alors n’en prenez qu’un tout petit bout. Je n’ai pas pu les empêcher, les enfants trouvaient toujours que la sculpture était trop petite, je n’ai rien pu faire… » Les enfants créent des œuvres baroques, les enfants sont des êtres baroques. Ils plient et déplient les espaces et les temps, ils tissent les mondes, ils relient les points de l’impossible, ils découvrent les relations secrètes entre les soupières et les étoiles, les résonances mystérieuses entre les arbres et les lapins, les liens cachés entre les vitesses et les galaxies, qu’on puisse courir de toutes ces vitesses en même temps pour aller plus vite, qu’on puisse respirer le parfum des galaxies en fermant les yeux, même leur silence est bavard, même leur sérieux est extravagant, même leur retenue est exubérante.

Je n’écris bien sûr pas pour eux, ils demeurent pour moi des mystères incompréhensibles, et d’imaginer que j’ai pu moi-même, un jour, être l’une de ces énigmes insondables me plonge dans la stupeur. J’essaie seulement d’écrire par bouffées d’enfance, et de tisser le réseau des questions que nous pourrions partager, pour ressentir ensemble, dans l’oubli des âges, par-delà les espaces et les temps, cette présence aux mondes par laquelle la vie cesse d’être un problème, et retrouver peut-être ce lieu incertain et presque effacé de mon enfance, où vivre redevient simplement un privilège.

Je vous remercie. »

V. Annexes

A. Bibliographie et mise en réseau

Textes de Dominique Richard :

Autre « constellation » de personnages :

  • Fabrice Melquiot, Bouli Miro, L’Arche, 2002.
  • Fabrice Melquiot, Bouli redéboule, L’Arche, 2005.
  • Fabrice Melquiot, Wanted Petula, L’Arche, 2008.
  • Fabrice Melquiot, Bouli année zéro, L’Arche, 2010.

Autres pièces abordant les mêmes thématiques :

Pour aller plus loin :

Pour en savoir plus sur le contexte d’écriture, vous pouvez visionner une présentation de la pièce par l’auteur sur Théâtrecontemporain.net

B. Plan de travail pluridisciplinaire en primaire

Nous envisagerons ici un travail en cycle 3 (CM1, CM2 et sixième). Les pistes de travail présentées ci-dessus donneront lieu très facilement à un travail interdisciplinaire mêlant la langue française (étude littéraire, lecture personnelle et à voix haute, écriture), les arts plastiques (principalement le dessin mais d’autres techniques sont envisageables) et l’éducation physique et sportive dans le cadre d’une mise en jeu inspirée par le football et la danse.

Lecture : découverte de la pièce et des spécificités du genre dramatique :

  • Appropriation du vocabulaire théâtral (monologue, dialogue, didascalie) ;
  • étude des illustrations et des liens avec le texte ;
  • analyse des personnages et de leurs relations (personnages joués – Rosemarie et Hubert – et personnages évoqués – Rémi, Géraldine, La Maîtresse…).

Écriture : rédaction de courts passages (dialogues, monologues) :

  • Travail d’écriture sur les personnages (création d’une carte d’identité) ;
  • travail d’écriture sur les discours.

Arts plastiques : créer de nouvelles illustrations à la façon de Vincent Debats :

  • Créer de façon collective des affiches de campagne ;
  • détourner des illustrations déjà existantes (modifier l’image, ajouter un texte).

Bilan du travail effectué, retour sur la pièce.

C. Plan de séquence en collège et lycée

La pièce peut être un support de travail interdisciplinaire dans le cadre de l’enseignement moral et civique en cycle 4, notamment pour l’axe « engagement : agir individuellement et collectivement » et surtout dans le cadre de la « Semaine citoyenne à l’occasion de l’élection des élèves délégués ».

Lecture :

  • Découverte de la pièce et des spécificités du genre dramatique ;
  • appropriation du vocabulaire théâtral ;
  • étude des illustrations et des liens avec le texte ;
  • analyse des personnages et de leurs relations ;
  • étude littéraire et dramaturgique d’une scène ou d’un discours.

Écriture et arts plastiques :

  • Rédaction d’une scène complète (dialogues ou monologues). En lycée, nous pourrons aller jusqu’à la création d’un tout nouvel ensemble (scène dialoguée + discours + illustration) ;
  • travail d’écriture sur les personnages (création d’une carte d’identité) ;
  • créer de nouvelles illustrations à la façon de Vincent Debats qui devront accompagner le travail d’écriture d écrit ci-dessus.

Mise en voix et mise en scène :

Les élèves préparent en autonomie une récitation ou une proposition de mise en scène d’un extrait de la pièce (cet extrait pourra être plus ou moins long en fonction du niveau).

Cette proposition pourra aller d’une simple lecture à l’italienne (récitation, cycle 3), à l’allemande (avec des déplacements, collège), une mise en espace avec des costumes, des accessoires et des affiches (lycée).

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