
Carnet mis en ligne en mai 2020, et rédigé par Johanna Biehler, docteure en langues et littérature française, enseignante et dramaturge.
Œuvre de référence sélectionnée en 2013 par l’Éducation nationale pour les collégiens (4e).
Chloé, 15 ans, vient de perdre son frère Luke, 18 ans, dans un accident de voiture. Hannah, une amie de Chloé en mal de reconnaissance, crée une page Facebook en souvenir du défunt ; toute la communauté du lycée et de la petite ville s’empare du tragique événement. Toute à son chagrin, Chloé est confrontée à ces amitiés autant virtuelles que fugaces, jusqu’à ce qu’une rencontre – toujours sur les réseaux sociaux – lui ouvre les portes d’un ailleurs possible.
Le jeune auteur anglais Matt Hartley traite le thème très contemporain de la sociabilité des adolescents sur Internet. Grâce à une langue poétique et une structure en fondus enchaînés, il touche l’humain au cœur de ce nouveau monde dématérialisé.
Né en 1980, Matt Hartley a grandi dans les environs de Sheffield, au nord de l’Angleterre. Il a étudié le théâtre à l’université de Hull (diplômé en 2002) puis l’écriture dramatique au Royal Court de Londres, où il vit et travaille depuis.
En 2007, sa pièce 65 Miles se voit décerner le prix Bruntwood, consacré aux jeunes auteurs ; elle est créée en février 2012 par la compagnie Paines Plough. En 2008, The Bee (L’Abeille) est créée au Festival d’Édimbourg où elle se joue à guichets fermés, puis aux États-Unis. Parmi ses autres pièces, citons Sentenced, Burning Cars, Microcosm, Punch, Epic, Osmose (commande de la Comédie de Valence), N35, Trolls et The Pursuit (pièce radiophonique). En 2011, la Royal Shakespeare Company et Radio 4 lui passent commande de textes. En 2012, il est en résidence d’écriture au Royal Court. Il écrit également pour la télévision .
L’Abeille de Matt Hartley est un texte créé pour la première fois en 2008 au festival d’Édimbourg. Il s’agit d’un texte récent que l’on peut qualifier de « théâtre contemporain », cette dénomination sera donc le point d’entrée dans le texte pour une découverte de ce genre dramatique.
Pour commencer et avant la lecture du texte, une étude de la liste des personnages semble opposer deux caractères : les personnages avec un prénom et un âge donné (« SOPHIE, quatorze ans ») côtoient des figures moins définies, qui n’existent qu’à travers leurs fonctions (« UN CONSEILLER PSYCHOLOGIQUE ». En parallèle de ces individualités, il existe un CHŒUR qui regroupe des interventions parfois uniques sur scène, comme les internautes qui ont un numéro en guise de nom (p. 35-37).
Que peuvent déduire les élèves de ces indications avant lecture ? Peu de choses, les personnages (le mot reste usité faute de mieux) du théâtre contemporain sont bien éloignés de « l’état civil complet » recommandé par Émile Zola dans une lettre à August Strindberg. Pour l’auteur des Rougon-Macquart, un personnage doit avoir un nom, une adresse, un âge, un métier… Il sera alors intéressant de proposer aux élèves un exercice d’imagination, à l’oral ou à l’écrit : qui était Luke ? Qui est le journaliste ?
Pour les élèves en club ou en option théâtre, l’étude de L’Abeille peut être l’occasion de découvrir l’œuvre de Samuel Beckett, prix Nobel de littérature 1969 :
Au collège, les élèves étudient le genre dramatique et se familiarisent avec un champ sémantique spécifique à appliquer à la dramaturgie de L’Abeille. Or, ce texte va les éclairer sur certaines particularités du théâtre contemporain, et cela notamment par rapport à la dramaturgie classique qui se caractérise par une unité de lieu. Les élèves auront à établir où se jouent les différents moments de la pièce (la grotte, la maison de Chloe…) et imaginer une scénographie qui pourra les suggérer. Ils devront aussi envisager un traitement des espaces immatériels comme la page souvenir : par exemple, une voix off ? Une projection ? Un acteur qui serait le porte-parole des internautes ?
Le lieu est une notion diffuse, voire absente du théâtre contemporain, pour lequel nous pourrions adopter la didascalie d’Ubu roi d’Alfred Jarry (1896), qui indique que la « scène se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part ». Toutefois, l’inverse se rencontre aussi dans Rhinocéros d’Eugène Ionesco et sa description d’un décor réaliste : « Une place dans une petite ville de province. Au fond, une maison composée d’un rez-de-chaussée et d’un étage. Au rez-de-chaussée, la devanture d’une épicerie. On y entre par une porte vitrée qui surmonte deux ou trois marches […] »
La scénographie aujourd’hui peut se fonder sur des projections, des praticables, de la lumière, un plateau nu, une reconstitution… À consulter pour saisir l’évolution des notions de décor avec des illustrations : http://www.regietheatrale.com/index/index/thematiques/jean-chollet-la-scenographie.html.
L’Abeille évoque l’amitié chez les adolescents et le bouleversement dans les rapports entre jeunes gens qui a été provoqué par les réseaux sociaux. Certains personnages de la pièce sont les symboles des différentes réactions que peuvent susciter ces contacts virtuels :
Ces quatre personnages sont des supports à une réflexion sur l’utilisation faite par les élèves des réseaux sociaux, ou sur l’utilisation que les élèves font des réseaux sociaux. Cela peut passer par des exercices d’improvisation ou d’argumentation (à l’écrit ou à l’oral). On peut par exemple leur demander d’expliquer pourquoi ils ont peur, ou à l’inverse pourquoi ils sont fans des réseaux sociaux. Ou leur donner la consigne suivante : « Vous devez convaincre quelqu’un de changer son comportement numérique… »
Jacob, l’ami silencieux de Chloe, introduit plusieurs notions dramatiques, comme le statut de la parole et du silence sur scène (un personnage doit-il forcément parler ?), ou la présence sur scène (comment donner de l’importance à une silhouette sans prononcer un mot)…
Jacob semble être le seul à écouter vraiment Chloe. Pour étudier le comportement des autres personnages, on pourra commenter, de façon collective à l’oral, ou individuellement à l’écrit, cette réplique et les termes dramaturgiques employés par l’auteur : « plus ils sont proches de moi, plus ils sont proches de Luke et ça rend leur rapport à la tragédie un peu plus spectaculaire. Et tout le monde veut une histoire tragique pour pouvoir en régaler ses amis » (p. 45-46).
Jacob est donc un soutien émotionnel pour Chloe face au deuil : elle ne peut pas parler de Luke avec son entourage. La sincérité des échanges entre Jacob et Chloe les amène à développer une amitié, amitié qui se transforme peu à peu en amour. Le changement de mode de relation est le point final de la pièce, avec une didascalie qui laisse entendre que la souffrance du deuil s’apaise un peu pour Chloe. Mais Jacob existe-t-il vraiment ? Il serait intéressant de poser la question aux élèves, afin de croiser les différents points de vue.
Si Matt Hartley rappelle que l’histoire de Jacob est racontée dans le texte L’Oiseau, et que le personnage est normalement bien réel, il ajoute toutefois que « si l’on s’en tient à L’Abeille, Jacob a été conçu pour être ambigu, dans la mesure où, dans la réalité, dès lors qu’on entretient des relations en ligne, se pose toujours la question : sommes-nous tels que nous nous présentons ? Au public, et aux lecteurs, de choisir de croire que Jacob est réel, comme le fait Chloe, ou de l’envisager comme une présence machiavélique. »
Reste que Jacob semble bien réel, et toujours selon l’auteur, « le parcours de Chloe est plein d’espoir. Elle trouve quelqu’un dont elle a l’impression qu’il la comprend et l’aide à surmonter son chagrin, à faire son travail de deuil, et à s’accepter dans la société. C’est l’amour qui est au cœur de ce voyage, de ce parcours, et qui est le réel moteur de la pièce. »
Le fait que Chloe ne trouve un confident que grâce aux réseaux sociaux laisse imaginer que la jeune fille affronte une solitude terrible. Certaines répliques sous-entendent qu’elle envisage de suivre son frère dans la mort et que Jacob, selon ses réponses, l’encourage à cela (voir en particulier les pages 62-63 et 70). Jacob, selon l’interprétation de chacun, peut alors être vu comme une sorte de manipulateur, un prédateur sur les réseaux sociaux. « [L’amour entre lui et Chloe] est réel, sincère, dangereux et passionnel, il est ancré dans la vérité. Est-ce une manipulation ? Cela doit demeurer ambigu, mais pas parce qu’elle serait jouée comme telle, mais à cause de notre scepticisme naturel à l’égard des motivations de chacun », d’après Matt Hartley.
Les deux adolescents ont fui, mais vers où ? Vers une autre ville, un autre pays, ou vers la mort ? Avec cette fin ouverte, l’auteur a décidé de montrer, aussi, la capacité qu’ont les adolescents à dépasser les épreuves.
Afin d’aller plus loin dans l’exploration du thème de l’amitié au théâtre, on peut donner à lire des textes qui mettent en scène « une véritable constellation théâtrale […] un personnage mineur dans une pièce devient le héros d’une autre » (Marie Bernanoce, Vers un théâtre contagieux, éditions Théâtrales, coll. « Sur le théâtre », 2012, p. 431). Selon le niveau des lecteurs, il est possible de répartir les pièces entre les élèves et de les faire travailler en groupe à une présentation du texte au reste de la classe.
La pièce est construite sur un enchaînement de tableaux, bien que ceux-ci ne soient pas clairement annoncés par un titre ou un numéro. Les élèves auront à révéler la structure de la pièce et ses différentes parties, comme les temps où Chloe se trouve dans la grotte, la page souvenir créée par Hannah et pourront tenter de trouver des transitions possibles (par exemple l’entrée ou la sortie d’un personnage, la musique). Pour faciliter le travail, il est possible de se concentrer sur les didascalies, c’est-à-dire les indications scéniques que l’auteur donne au metteur en scène, aux acteurs (et éventuellement au lecteur – mais pas au spectateur), qui seront utiles à cet exercice. Elles sont souvent présentées en italiques, et signalent d’emblée qu’une pièce ne se réduit pas aux échanges verbaux entre personnages.
Il existe plusieurs sortes de didascalies :
Cette étude une fois finie doit amener la classe à comparer et déduire certains points : qu’est-ce que ces didascalies nous racontent à propos de la dramaturgie ? Peut-on la rapprocher d’une farce, d’une comédie, d’une tragédie ? La parole est-elle basée sur des dialogues, un ou plusieurs monologue(s), des tirades ?
En plus de ces analyses parfois rébarbatives pour les élèves, on peut envisager une étude du langage version « 2.0 », souvent utilisé dans la pièce. Concernant la parole, un temps sera consacré à la note de l’auteur qui indique comment prononcer les répliques, censées être les pensées des internautes (voir plus particulièrement les pages 35 à 37).
Il est évident à la lecture que cela joue à la fois sur les niveaux de langage (soutenu, courant, familier), les jeux de sonorité comme le rébus ou la paronomase, la typographie, l’utilisation de l’anglais et les formes narratives. Après avoir fait un rappel de ces notions et de leurs effets, on passera à une analyse stylistique et sonore des commentaires du chœur des internautes. Le texte de l’internaute 1 tient du discours poétique et prend une forme épistolaire avec le « Tendrement » final. Le contraste est important avec la réplique suivante où le langage est basé sur une combinaison de lettres, de mots rédigés phonétiquement et de chiffres. Toutefois, cela finit par « Très Tendrement », écrit en entier, sans faute d’orthographe, qui amène une touche finale émouvante et amusante.
Le texte de la pièce est suivi d’un court entretien avec l’auteur intitulé « Trois questions à Matt Hartley ». L’auteur indique qu’il a voulu explorer le thème de l’amitié chez les adolescents et le bouleversement amené par les réseaux sociaux, et plus particulièrement Facebook, réseau sur lequel on qualifie d’« ami » des amis, mais aussi des connaissances, des contacts… Les personnages (certainement à l’image des élèves) sont dans une confusion des termes entretenue par l’illusion de proximité que peut donner un réseau social. La pièce met aussi en lumière les comptes de commémoration, une activité reconnue par Facebook et décrite comme un moyen « d’honorer la mémoire des défunts », c’est le prétexte adopté par Hannah en hommage au frère de Chloe.
Cette fonction est l’occasion de mettre en place un exercice d’imagination et d’écriture à la fois collectif et individuel : les élèves doivent créer un compte de commémoration. Pour cela, ils vont imaginer ensemble la personnalité du défunt puis définir leurs rapports avec lui (un proche, une connaissance, une anecdote à son propos) mais aussi vis-à-vis des réseaux sociaux (est-ce qu’ils se positionnent comme Chloe, Sophie ou Hannah ?) et rédiger individuellement des commentaires à poster sur cette page. Ces textes peuvent être rendus directement à l’enseignant ou lus à voix haute en classe. Pour aller plus loin si le niveau de la classe le permet, il est possible d’ajouter au texte des images ou des musiques : dans ce cas, les élèves auront en plus à justifier leurs choix d’illustration.
De très nombreuses pièces de théâtre contemporain s’intéressent aux réseaux sociaux, nous citons quelques titres dans la bibliographie. Elles peuvent montrer différents traitements possibles de cette thématique et donner lieu à une étude comparée, voire à un montage d’extraits de textes en vue d’une lecture, d’une mise en espace ou d’une mise en scène.
La liste des personnages comprend « Jacob, dix-sept ans ». Il s’agit d’une figure à part dans la pièce, car l’auteur précise dans une note (p. 6) : « Dans les scènes entre Chloe et Jacob, les points de suspension (…) correspondent aux moments où Jacob prendrait la parole. Mais nous ne devons jamais entendre ce qu’il dit, pas plus qu’il ne doit articuler les mots. » Le personnage de Jacob est donc un personnage muet, mais présent aux yeux des spectateurs : il ne s’agit pas d’une simple hallucination de la part de Chloe. Jacob apparaît à plusieurs reprises (p. 39-40, 47, 50 à 54, 60 à 64, 65 à 71, 75 à 79, 82 à 85) et il est mentionné dans les didascalies comme à la page 38 : « Jacob apparaît. Chloe le regarde fixement. »
Il s’agira donc pour les élèves de travailler en binôme : un élève lit les répliques de Chloe tandis que le deuxième improvise les réponses que pourrait donner Jacob. La difficulté que pose cet exercice est que les paroles improvisées sont une réponse à ce que Chloe a dit, mais ne correspondront pas forcément à la réplique suivante. Il faudra alors recommencer et, peu à peu, un dialogue logique va se créer. À partir de ce dialogue, les élèves qui improvisent pourront commencer à imaginer une attitude et une position sur scène. Dans le cadre d’une mise en jeu, il suffira alors de revenir à un personnage muet.
Ce personnage est aussi le moyen de faire comprendre aux élèves qu’« être sur scène » ou « jouer la comédie » ne se résume pas au fait de parler car il faut se poser la question de l’attitude de Jacob sur le plateau. Est-ce qu’il réagit aux paroles de Chloe ? Comment se tient-il ? Est-ce qu’il est de connivence avec le public ou y a-t-il un quatrième mur ?
Comme nous l’avons vu dans le paragraphe « Où ça parle », la pièce se déroule dans plusieurs espaces. Après avoir déterminé tous ces lieux, les élèves vont travailler à une scénographie qui doit rendre compte de tous ces espaces sur une scène. À eux de trouver comment matérialiser la grotte ou la salle à manger de Chloe… Cela peut passer par un objet qui va symboliser le lieu, des panneaux, une lumière… Ils devront également trouver comment les acteurs passent d’un espace à l’autre : il peut y avoir une seule Chloe qui se déplace de lieu en lieu, plusieurs Chloe enfermées dans chaque endroit… La difficulté est alors de créer une unité : est-ce la lumière ? La musique ? Les personnages ?
Une attention particulière sera accordée à l’espace numérique signalé par les didascalies comme « En ligne » (p. 9) et « Page souvenir » (p. 35 et 64). Comment peut-on inclure ces éléments sur scène ? La Strada, compagnie qui a créé la pièce, avait opté pour des projections du texte numérique, mais le texte pourra simplement être dit sur scène par le chœur. On pourra alors imaginer de différencier les membres du chœur, chaque internaute portant un badge avec son numéro ou une inscription sur un costume, comme un tee-shirt blanc avec écrit dessus : « Internaute 9 ». Cette série de numéros pourra être l’objet d’un jeu comique sur scène qui va faire contrepoint avec les propos des personnages : les internautes se mettent en ligne, mais ils se rendent compte qu’ils ont inversé leur place et prennent du temps pour rétablir l’ordre, ou l’un parle puis va se mettre au bout de la file et enlève son tee-shirt pour révéler qu’il est à la fois l’internaute n° 5 et 18…
La page souvenir, avec son « horrible musique » (p. 35), montre toutes les habitudes de la communication sur Internet et qu’il faudra mettre en avant dans le cadre d’une étude ou d’une éventuelle mise en scène :
Hannah par exemple, cherche à mettre en avant sa fausse histoire d’amour avec Luke. Elle clôture son commentaire avec des majuscules, ce qui doit signifier qu’elle est en train de crier. Les nombreux X en fin de message viennent du langage SMS anglais et représentent les quatre bras d’une étreinte. Matt Hartley dénonce cette signification avec le grand nombre de lettres et il précise dans les « Notes de l’auteur » que les lettres doivent être prononcées pour ce qu’elles sont et qu’il ne s’agit en aucun cas d’envoyer un baiser. Il s’agira de tester cette succession de X avec les élèves : comment surmonter la difficulté de la prononciation ? Comment faire comprendre au public leur signification ?
Par ailleurs, l’auteur précise que les SMS seront prononcés comme ils sont écrits : « 6 cruel » (p. 36) est dit « six cruel » et non « si cruel ». Cela va donner lieu à des exercices d’articulation puisque les élèves doivent faire entendre la particularité du langage SMS. Il est bien sûr envisageable d’ajouter des exercices de diction basés sur les assonances et les allitérations, comme le célèbre « Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches archi-sèches ? » ou s’entraîner à parler avec un crayon dans la bouche.
Une fois que la diction est suffisamment précise pour que l’on entende le jeu avec les sonorités, les élèves peuvent écrire de nouvelles répliques en langage SMS ou traduire des répliques en français en langage SMS. De plus, un tel exercice permet de faire des rappels concernant l’orthographe et la phonétique.
En premier lieu, il s’agira de définir quelle forme adopter pour cette mise en jeu et pour quelle représentation : est-ce une lecture d’extraits de la pièce faite par un groupe d’élèves à destination du reste de la classe, ou quelque chose de plus ambitieux, qui s’approche d’une mise en scène ?
Que cela soit pour l’une ou l’autre (la lecture ou la représentation), il s’agit de répartir les différents types de personnages : les personnages complets (Chloe, Sophie…), les muets (Jacob), les figures (les internautes). Pour faciliter l’apprentissage du texte dans l’optique d’une mise en scène (et afin d’éviter les éventuelles frustrations), il est possible de découper la pièce en séquences et de confier en alternance des rôles plus ou moins importants à chaque acteur. Ainsi, les élèves auront en charge un personnage principal dans une séquence donnée et un personnage secondaire dans une autre.
Une fois cette étape franchie, il reste à établir la question des costumes. Dans le cadre d’une lecture, les élèves peuvent venir avec leurs propres vêtements (en faisant attention toutefois à éliminer tout élément trop voyant) qu’ils n’auront plus qu’à accessoiriser : le père de Chloe peut porter une cravate par exemple. Pour une représentation, il est intéressant d’accorder une tenue similaire aux acteurs qui jouent les mêmes personnages : toutes les Chloe sont en noir parce qu’elles portent le deuil, Hannah porte à la fois du noir pour être cohérente avec son mensonge mais aussi une couleur pour se faire remarquer…
Toujours dans l’optique de mettre en place une lecture ou une représentation, il faut être conscient que ces deux formes n’impliquent pas la même organisation de l’espace. Une lecture se passe souvent au pupitre et on peut facilement envisager une spécialisation de lieu pour un ou plusieurs pupitres (ils seront la maison de Chloe, par exemple). Les élèves n’auront alors plus qu’à se placer et présenter leurs personnages. La grotte, espace original de Chloe, pourra ne pas avoir de pupitre et être à part. Pour une représentation, on pourra se reporter au paragraphe « Créations des espaces de jeu » en fonction des possibilités techniques : décors, lumières, projections possibles pour l’espace numérique…
L’espace numérique, de par sa difficulté, peut être un espace véritablement à part dans la représentation. Les élèves peuvent jouer comme l’auteur l’a prévu, en langage SMS, mais ils peuvent aussi lire la projection du texte et surjouer les difficultés d’une telle prononciation afin de créer un effet comique. La difficulté majeure ici est de ne pas lasser avec un tel procédé : la projection et la parole sont déjà redondantes, il faudra trouver une façon de renouveler ces passages de la pièce à chaque fois (une projection sur le mur de scène, les élèves qui lisent sur leurs téléphones…).
Afin que les élèves y trouvent leur place et qu’il ne s’agisse pas « que » du projet de la classe, l’enseignant peut proposer en guise d’exercice d’écriture la rédaction d’une note d’intention. Ce texte est une présentation, souvent faite par le metteur en scène, de sa lecture de la pièce et de sa création. Elle comporte souvent les éléments suivants :
Ce texte peut être rédigé, en fonction du niveau des élèves, de façon collective ou individuelle. Au-delà de la note d’intention, ils peuvent aussi donner un avis (argumenté) sur le projet et leur parcours personnel dans cette mise en jeu. Cette réflexion peut aussi s’ouvrir à leur position face aux réseaux sociaux en général : depuis le début du travail sur L’Abeille, leur point de vue a-t-il changé ? Ont-ils remarqué des éléments ou sont-ils dérangés par certaines attitudes ? Cela peut aussi faire l’objet d’un débat en classe qui donnera des pistes quant aux extraits à conserver si le projet consiste en une lecture d’extraits de la pièce. Afin d’éclairer le fil conducteur, les élèves pourront rédiger des petites présentations qui expliquent en quelques lignes pourquoi ces extraits leur semblent très intéressants.
Mettre en scène le texte peut sembler évident, mais quel va être le statut de celui-ci sur scène ? Dans les représentations contemporaines, les équipes artistiques aiment retravailler les pièces avec des coupures, des ajouts d’autres textes (fictions, témoignage, poésie), de films, de musique… Si le but du travail en classe n’est pas une mise en jeu d’un texte de théâtre mais plutôt une réflexion sur le thème des réseaux sociaux, une courte lecture d’un montage de plusieurs textes peut être prévue, L’Abeille étant alors le point de départ. Les élèves pourront faire plutôt un travail de recherche documentaire, de lecture et de sélection d’extraits de documents afin de créer un nouvel ensemble.
Direction artistique : Catherine Toussaint et François Cancelli
Avec : Lola Pelletier, Anahita Gohari, Géry Clappier
Scénographie : Marguerite Rousseau
Costumes : Gingolph Gateau
Musique : Uriel Barthélémi
Création vidéo : Élise Boual
Lumières : Stéphane Bordonaro
Maquillages : Nathy Polak
Le dossier artistique complet, avec une interview de l’auteur réalisée par les élèves du lycée François-1er de Vitry-le-François, est disponible via ce lien : http://lastrada-cie.com/wp-content/uploads/2018/02/dossier-labeille.pdf.
© Compagnie La Strada
Qui sont vos auteurs et dramaturges préférés ?
Arthur Miller, Simon Stephens, Martin McDonagh, James Graham, Caryl Churchill, Jez Butterworth, Alan Ayckbourn, Ibsen, Chekhov, Ian McEwan, F. Scott Fitzgerald, Hunter S. Thompson, J.-D. Salinger, Jake Arnott.
Vos héros et héroïnes de fictions préférés ?
Willy Loman dans Mort d’un commis-voyageur, Laura dans La Ménagerie de verre.
Quelle musique écoutez-vous ?
Des sons vraiment éclectiques. Plus jeune je passais mes nuits dans des clubs à jouer de la house music. Mais je suis au fond un fan du rock indé.
Quelle musique écoutiez-vous quand vous avez écrit cette pièce ? Ou travaillez-vous dans le silence ?
La musique est importante pour moi quand j’écris. L’album Coles Corner de Richard Hawley fait partie intégrante du paysage sonore de L’Abeille.
Vos peintres préférés, plasticiens / œuvres picturales ?
Lowry, Mackenzie Thorpe, Edvard Munch.
Qu’est-ce que vous appréciez sur scène ou à l’écran ?
Les reprises audacieuses des grands classiques, les nouvelles écritures sincères et passionnées.
Quelles œuvres ont eu une grande influence sur votre vie ?
Ils étaient tous mes fils d’Arthur Miller m’a laissé bouche bée, Mojo de Jez Butterworth m’a appris que le théâtre pouvait être cool, le film La Vie des autres a prouvé que l’art a la capacité de transformer des vies.
L’endroit où vous avez l’habitude d’écrire ?
La plupart du temps j’écris à mon bureau dans ma chambre, chez moi. Toutefois, je passe régulièrement mon temps à écrire au pub du coin ou dans un bureau que j’utilise parfois en ville. J’aime sortir et me promener, l’écriture peut être solitaire, alors c’est sympa d’interagir avec des gens.
L’endroit où vous avez écrit cette pièce en particulier ?
J’ai écrit cette pièce dans le cabanon du jardin de mes parents d’où je voyais un paysage de champs et de collines.
Les objets qui vous entouraient à ce moment ?
Beaucoup de tasses à café, sinon c’était une toile blanche.
Sur quel support écrivez-vous (papier, ordinateur…) ?
J’écris toujours un premier jet sur ordinateur. Ensuite, je fais des annotations sur une copie imprimée et je reviens rédiger sur l’ordinateur. Avant de commencer, j’ai aussi l’habitude de résumer des scènes, de compiler les biographies des personnages et de dessiner des images clés qui me serviront de référence plus tard au moment de l’écriture.
Quand écrivez-vous ? À quel moment de la journée ?
J’ai commencé à écrire la nuit parce que j’avais un emploi à temps complet ; maintenant j’essaie d’écrire de nouveaux textes la journée et de les retravailler la nuit.
Vos passe-temps préférés ?
Je suis un fan de sport. Je passe mon temps libre à en regarder ou à jouer au football, au tennis, au cricket et à faire du vélo.
Quels sont les objets dont vous ne vous séparerez jamais ?
J’ai quelques tableaux dont j’ai hérité ou qui m’ont été offerts à l’occasion d’anniversaires, ils seront toujours accrochés chez moi. Un ballon de foot signé par l’équipe de Sheffield de la demi-finale de la Coupe d’Angleterre trône fièrement sur mon étagère.
Qu’aimeriez-vous pour l’avenir ?
J’ai passé beaucoup de temps à travailler pour arriver au point où je pourrais dire que je suis un auteur. Alors je vais rester fidèle à l’idée de l’auteur. J’aime bien ça.
Où aimeriez-vous vivre ?
C’est difficile d’imaginer vivre ailleurs qu’à Londres. C’est une ville incroyable, alors je serai fidèle à Londres mais dans une maison qui a un grand chêne dans le jardin. Si je n’y arrive pas, ce sera alors New York ou quelque part près de la mer.
Votre état d’esprit actuellement ?
Heureux mais ambitieux.
Entretien daté de l’année 2014, et traduit de l’anglais par Séverine Magois.
La mort et le deuil
Les réseaux sociaux
1. Découverte de la pièce : demander aux élèves des suppositions quant au titre de la pièce, la liste des personnages et les notes de l’auteur. En faire une synthèse afin de vérifier par la suite la justesse des intuitions.
2. Première lecture (en fonction du niveau) : lecture personnelle de la pièce chez soi ou lectures à haute voix d’extraits en classe. Cela peut faire l’objet d’une fiche de lecture dans le cadre d’un devoir à la maison ou de questions sur le texte afin de vérifier la bonne compréhension des élèves.
3. Si le projet n’est pas défini par l’enseignant (étude dramaturgique, mise en espace ou mise en jeu), organiser la discussion avec la classe et établir un objectif avec eux.
4. Quel que soit le but (l’étude dramaturgique, la mise en espace ou la mise en jeu), la manipulation du texte reste un élément scolaire primordial. Pour cela, l’enseignant peut mettre en place des exercices et des lectures complémentaires tirés de la première partie intitulée « Cheminer au cœur le texte ». Attention avec les lectures complémentaires qu’il faudra adapter au niveau des élèves de par leur difficulté et/ou leur longueur.
5. Pour les classes les plus motivées, la séquence suivante sera consacrée au début de la mise en voix (improvisation, travail dans l’espace, répartition des répliques).
Chloe raconte qu’elle s’intéresse à l’Égypte ancienne (p. 52). Avec l’aide du professeur d’histoire-géographie, il s’agit d’attirer l’attention des élèves sur les rapports très importants qu’entretenait cette civilisation avec la mort. Ils pourront ensuite tenter d’analyser comment un lien peut se créer entre le deuil vécu par le personnage et cette nouvelle passion.
La pièce évoque l’univers des réseaux sociaux qui ont chacun un univers visuel très fort : on reconnaît instantanément le bleu « Facebook ». Un travail d’analyse peut être fait avec le concours de l’enseignant d’arts plastiques comme cela pourrait être fait avec un tableau. Les élèves pourront ensuite s’en inspirer pour réfléchir à la scénographie. On pourra même aller plus loin en associant le professeur-documentaliste sur les symboles utilisés et leurs diverses fonctions.
Au lycée, L’Abeille pourra être un point d’entrée à la philosophie sur les thèmes de l’amitié et du deuil. Avec une classe d’un bon (voire un très) bon niveau, l’enseignant de sciences économiques et sociales peut avoir recours au théâtre pour en faire une initiation à la sociologie à travers l’étude de plusieurs articles ou témoignages. Voici un lien vers un texte qui donne plusieurs pistes d’études : https://www.liberation.fr/apps/2015/08/facebook/#chapitre-1 (consulté le 18 décembre 2018).