
Carnet artistique et pédagogique rédigé par Isabelle Gerin, professeure de lettres modernes au collège ayant animé pendant 15 ans un atelier de théâtre.
Qui n’a jamais entendu le nom d’Antigone ? Celle qui se dresse contre l’injustice demeure plus que jamais une source d’inspiration et un modèle.
Suzanne Lebeau s’est emparée de ce mythe pour le raconter à hauteur d’adolescent·e. Depuis la méprise fatale d’Œdipe, tuant son père et épousant sa mère, jusqu’à la révolte d’Antigone, refusant de laisser son frère sans tombeau et enfreignant l’interdit de son oncle Créon, elle redonne vie à cette histoire terrible et fascinante.
Mêlant le récit du chœur aux voix de Créon et d’Antigone, la pièce dévoile toute la complexité des liens du sang et interroge : que doit-on suivre, la loi ou notre conscience ? Et qu’est-ce que gagner veut dire ?
Suzanne Lebeau, née au Québec (Canada), se destine à une carrière d’actrice. Mais après avoir fondé la compagnie de théâtre Le Carrousel à Montréal avec Gervais Gaudreault en 1975, elle délaisse l’interprétation pour se consacrer à l’écriture. Aujourd’hui, elle a 32 pièces originales, trois adaptations et plusieurs traductions à son actif et est reconnue internationalement comme l’une des cheffes de file de la dramaturgie pour jeunes publics. Elle compte parmi les auteurs québécois les plus joués à travers le monde, avec plus de 250 productions répertoriées sur tous les continents. Ses œuvres sont traduites en 28 langues et publiées dans de nombreux pays. Une lune entre deux maisons (la première pièce canadienne écrite spécifiquement pour la petite enfance), L’Ogrelet et Le bruit des os qui craquent ont été traduites respectivement en six, treize et dix langues. Suzanne Lebeau a enseigné l’écriture pour jeunes publics à l’École nationale de théâtre du Canada pendant treize ans et elle agit comme conseillère auprès des jeunes auteurs d’ici et d’ailleurs.
Sa contribution exceptionnelle à l’épanouissement de la dramaturgie pour jeunes publics lui a valu de nombreuses reconnaissances dans son pays, dont le Prix du Québec (2010), le Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle (2016), le Prix RIDEAU Hommage (2013), le Prix Gascon-Thomas décerné par l’École nationale de théâtre du Canada (2013), l’hommage de CINARS (2012) et le grade de compagne de l’ordre des Arts et des Lettres du Québec (2019) ; mais aussi en France où elle a reçu le Prix de la Belle Saison pour l’ensemble de son œuvre (Centre national du théâtre, 2015) et a accédé au grade d’Officière de l’ordre des Arts et des Lettres (2023). Elle a été faite chevalière de l’ordre de la Pléiade de l’Assemblée internationale des parlementaires de langue française en 1998. En 2009, Le bruit des os qui craquent a reçu en France le Prix Sony Labou Tansi des lycéens et au Canada le Prix littéraire du Gouverneur général, catégorie théâtre. Trois petites sœurs a remporté le Prix Louise-LaHaye du CEAD (Centre des auteurs dramatiques francophones du Québec et du Canada) en 2019.
Première consigne : élaborer des pistes de lecture à partir du titre
-> Notion d’intertextualité. Le prénom d’Antigone renvoie au personnage de la mythologie grecque. Que veut dire ce nom : Anti / gone ?
On fera faire une recherche sur les racines anti et goné (du grec « anti » (αντι) « à l’encontre », et « goné » (γονη), action d’engendrer, et de « goneus » (γονευς) signifiant « le père », le « parent », et « ancêtre »).
Le nom est suivi d’un groupe prépositionnel : sous le soleil de midi .
-> Que peut signifier cette indication ?
Qu’évoque le soleil ?
On reverra ainsi la notion de connotation.
Le soleil de midi ?
Quelle est la particularité du soleil à midi ? Sa position dans le ciel ? Son intensité ? Le rapport lumière/ombre ?
On cherchera à tirer tous les fils d’interprétation possible : le soleil/l’éclairage au théâtre ; la poursuite au théâtre.
Aborder la richesse du mythe d’Antigone : Antigone de Sophocle, 441 environ avant J.-C. et Antigone de Jean Anouilh (1941) parmi bien d’autres (J. Cocteau, B. Brecht, F. Ost, A. Carson…).
-> Expliquer que Suzanne Lebeau a ajouté des éléments à son titre là où les autres n’avaient que le nom du personnage Antigone (hormis la pièce de 2004 de François Ost, Antigone voilée ).
Les élèves à l’oral expliqueront ce qu’ils comprennent du titre et pourquoi. Ils lanceront ainsi des pistes de lecture.
On attirera l’attention sur la couverture en présentant d’autres premières de couverture de Théâtrales Jeunesse.
-> Couvertures non figuratives au sens strict du terme, mais constituées de ballons de couleur plus ou moins nombreux, sous divers angles, etc.
On demandera aux élèves d’élaborer des hypothèses qui justifient un tel choix éditorial.
On demandera alors aux élèves de regarder attentivement la couverture de Antigone sous le soleil de midi et de la décrire.
-> 4 lignes pour 6 mots : le titre apparaît comme un bloc équilibré graphiquement. Antigone, nom isolé en haut / de midi, isolé en bas.
-> La graphie utilisée est particulière ; carrée.
-> 2 ballons gris avec leurs ombres noires projetées sur le fond à droite sur un polygone vertical gris. Les lettres du titre sont blanches et leurs ombres noires sont aussi projetées vers le fond à droite. L’arrière-plan est noir.
-> Ils sont disposés sous le titre
-> Prénom et nom de l’autrice en lettres minuscules blanches, plus arrondies et plus petites que celles du titre, sans ombres portées
-> Édition et collection en lettres blanches sur fond noir
-> L’ensemble est disposé dans une diagonale allant du coin droit vers le haut au coin gauche vers le bas et suit le « rectangle diagonal » gris.
Cela renforce l’effet de la lumière qui semble provenir de derrière l’épaule gauche du lecteur qui tiendrait le livre.
On demandera aux élèves de trouver des correspondances entre cette mise en page de la 1e de couverture et le titre.
-> On peut avoir l’impression d’avoir visuellement le miroir de la 1e de couverture. L’envers du décor.
-> Le ballon et le trapèze peuvent évoquer une serrure (d’autant que le ballon a un reflet lumineux, à moins qu’il ne possède en son sein la lumière…)
-> Le texte de cette 4e de couverture devient alors comme une clé de l’énigme du titre
On demandera aux élèves de distinguer les différents éléments de ce texte de 4e de couverture
Avant d’entrer dans le texte :
-> Marie-Ève est-elle comme Antigone, une adolescente ?
On expliquera que Marie-Ève Huot est la nouvelle et jeune directrice artistique du Carrousel (compagnie théâtrale) qui a succédé à Gervais Gaudreault et à Suzanne Lebeau. C’est elle qui assure la mise en scène du texte.
« Les pierres qui ont vu,
Entendu et traversé l’histoire ? »
Pourquoi la dernière phrase : « Les mots du Coryphée pourraient aussi être partagés entre Antigone et Créon » ?
À travers ces questions on fera prendre conscience qu’il y a 3 personnages. On expliquera au passage ce que sont un Coryphée et un chœur antique, ce qu’ils représentent et leur rôle (groupe d’hommes de la cité / commentateur de l’action ou de certaines notions).
Faire prendre conscience que la pièce peut être réduite à deux personnages, car la dernière phrase de cette didascalie indique que le Coryphée peut ne pas être, être remplacé, être « partagé » par les deux autres personnages.
Faire prendre conscience que cette didascalie est déjà une réflexion sur la mise en scène.
-> Elle suggère, propose des pistes de mise en scène
Elle tente une définition du rôle du Coryphée : chef du chœur antique, porte-parole ? Le chœur représentant la cité, le Coryphée seul la représente-t-il de façon efficace, lisible ? Le chœur sera-t-il suggéré par un élément de décor, une bande son, un groupe de comédiens ?
-> Elle suggère et propose des pistes de scénographie : y aura-t-il un décor ? « murs du palais » / « pierres »
Projection de photos d’autres mises en scènes, d’autres représentations visuelles d’Antigone pour « Les différentes histoires d’Antigone à travers les siècles » ?
Bande-son avec superposition de plusieurs voix ?
Tous ces éléments seront retravaillés ensuite dans la mise en jeu.
On pourra cependant demander aux élèves par groupe de 4 à 6 de créer un projet de décor et de mise en scène à partir de cette didascalie et du travail sur le titre et la couverture.
Ce projet sera argumenté à l’écrit avec des croquis.
Ce projet pourra aussi être fait en lien avec les cours d’arts plastiques.
On demandera aux élèves de feuilleter et/ou de lire le livre de façon cursive.
Consigne : en feuilletant ce livre qui est une pièce de théâtre, qu’est-ce que vous trouvez et qu’est-ce que vous ne trouvez pas ?
Ainsi chaque question posée trouve sa réponse dans le texte. Le texte est donc une réponse.
Antigone est une énigme et la pièce est une tentative de réponse.
On demandera aux élèves de regarder rapidement comment est répartie la parole.
Les élèves liront ensuite la pièce en entier, seuls chez eux
On fera lire le préambule en regard du prologue de la pièce d’Anouilh.
Les élèves, par groupes, repèreront les similitudes et les différences.

On verra avec les élèves la différence ténue entre les mots « préambule » et « prologue » mais on soulignera que tous deux introduisent.

Sur l’apparence des personnages d’Antigone et de Créon on retrouve de grandes similitudes :

-> « L’homme peut-il déjouer le destin ? » Telle est la question de la scène 5. Elle renvoie à la pièce grecque d’Œdipe roi. L’enchaînement des tentatives de déjouer le destin aboutissent inexorablement à son éxécution.
-> L’escalade de la violence et l’accumulation des morts.
-> La question du choix. Antigone choisit de mourir. Pourquoi ?
-> La « dernière question » celle posée par le Coryphée : « Qu’est-ce que gagner veut dire ? »
-> La question de la fragilité de la vie.
On interrogera cette forme en vers libres.
Comment cela influence votre lecture ? Qu’est-ce que cela a comme effet lorsque vous le lisez seul ? Si vous le lisez à voix haute ?
-> Ces diverses questions seront reprises dans la mise en voix.
Les élèves pourront se filmer avec leur téléphone portable (usage du téléphone autorisé dans le cadre pédagogique) pour une restitution collective de leurs essais et tâtonnements. On débutera cependant par un travail collectif de mise en voix à partir de plusieurs extraits du texte.
Consigne : mettre en voix plusieurs passages de la pièce prononcés par le Coryphée en utilisant différentes techniques. À la fin de l’exercice, échanger ses impressions, puis évaluer chacune de ces techniques pour analyser ce qu’elles apportent de particulier au texte et ce qu’elles modifient.
Extrait 1
Préambule
De quoi est-il question ?
(p. 7) :
J’aime cette Antigone.
Elle sait ce qu’elle veut
et ce qu’elle veut lui ressemble.
Ses envies,
ses désirs,
ses convictions,
ne viennent pas de ses amies,
ne viennent pas de ses ennemies,
ne viennent pas des rumeurs qui courent dans la ville,
des modes qui se succèdent autour d’elle.
Elles viennent d’une voix intérieure
Qu’elle a appris à écouter.
Extrait 2
Scène 2
Comment s’est-elle formée,
cette étrange famille ?
(p. 16) :
Ces noms vous sont étrangers.
C’est normal.
Ils viennent d’un pays et d’un temps lointains :
la Grèce d’il y a plus de deux mille ans.
Ces personnages sont morts.
La poussière de leurs os a disparu depuis longtemps,
mais leurs noms ont traversé les siècles,
fait le tour du monde pour se rendre jusqu’ici.
[…]
Ils sont chargés de débats passionnés,
De questions qui cherchent toujours des réponses.
Antigone et sa famille
Ont-ils encore quelque chose à nous dire
Aujourd’hui ?
[…]
À l’heure où d’un seul clic je peux,
vous le pouvez aussi,
faire apparaître
et disparaître Antigone et son histoire
dans le creux de la main ?
Vous seuls pourrez répondre à cette question.
Extrait 3
Scène 5
L’homme peut-il déjouer le destin ?
(p. 24) :
Sur une place publique,
sous le soleil implacable de midi
qui rendait plus forte encore l’odeur de la maladie,
un vieillard est apparu.
Triste et décharné, le dos courbé,
la barbe blanche, longue et sale de la poussière de la route.
Il avait cent ans.
Extrait 4
Scène 10
Comment faire d’une sépulture une hécatombe ?
(p. 46) :
Antigone est seule.
Seule avec une droiture
qu’elle n’essaie même pas de dompter.
Seule avec cette nature qui la condamne déjà.
Seule sous le soleil de midi implacable
qui éclaire sa route
comme le plus sage des guides.
Extrait 5
Epilogue
Et maintenant ?
(pp. 53 et 54) :
Ce sera la dernière question :
Qu’est-ce que gagner veut dire ?
Quand la vie
mouvante,
imprévisible,
provisoire,
peut nous être enlevée dans la seconde…
Quand notre destin peut changer au gré du vent…
Qu’est-ce que gagner veut dire ?
Exercice 1 : Les élèves se placent en cercle et vont dire les lignes de l’extrait n°1 sans aucune intention, d’une voix neutre. À chaque ligne, l’intervenant change : il est désigné par l’élève précédent qui lui lance un regard.
Cet exercice nécessite d’être concentré et attentif à l’autre.
Exercice 2 : On reprend le même extrait (n°1), toujours en cercle et toujours lu de façon neutre, mais cette fois-ci, c’est l’élève qui parle qui s’interrompt où il veut et qui désigne du regard l’élève qui prendra le relais. On obtiendra ainsi sur plusieurs tours différentes césures, différentes cassures de rythme qui empêcheront le texte de se figer.
Cet exercice nécessite une plus grande attention au le regard de l’autre mais aussi au texte pour réaliser de bons raccords.
Pour aider les élèves à se rendre compte des effets produits par les différents exercices proposés, des élèves peuvent être spectateurs/auditeurs pour un bilan commun.
Exercice 3 : Diviser la classe en trois parties. Deux groupes vont être face-à-face tandis que le troisième sera spectateur/auditeur. Le premier groupe d’acteurs/énonciateurs aura le texte des extraits n°1, n°3 et n°4 et le second groupe aura le texte des extraits n°2 et n°5.
Les deux groupes appliquent alternativement la consigne de l’exercice 2 sur leurs extraits.
Cet exercice permettra de rendre compte de l’énonciation et de la double énonciation théâtrale. Les élèves doivent repérer dans les extraits 1 et 2 que le Coryphée ne s’adresse pas au public de la même façon.
Exercice 4 : On reprend les extraits. Il faut superposer les voix et parler à l’unisson dans chaque groupe.
Il s’agit de montrer que le Coryphée est l’élément d’un chœur.
On peut demander à un des élèves de chaque groupe de mettre en relief un mot important de l’extrait : par un geste, une intonation…
Exercice 5 : Même forme que le premier. Un élève lit l’extrait et chacun reprend quand il le veut un segment de ce que le récitant dit. Cela doit provoquer des jeux d’échos infinis. Néanmoins le texte doit être audible. Il s’agira de moduler sa puissance de voix et de se glisser dans les blancs.
Il s’agit de faire prendre conscience aux élèves que les jeux de voix sont déjà des approches de mises en scène. Ils devront choisir et argumenter pour les choix qu’ils auront faits dans les diverses versions et les divers essais de mises en voix. Ce bilan pourra aussi faire l’objet d’une trace écrite évaluée.
On rappellera aux élèves que la pièce est un ensemble de questionnements. Les titres de scène sont des questions. La Sphinx questionne Œdipe. Œdipe questionne l’oracle. Antigone questionne Créon. Créon questionne Antigone. Le Coryphée questionne le public, le monde moderne.
> Mise en abyme du questionnement, achèvement sur une question intime, posée à chacun d’entre nous
Exercice 6 : Chaque élève doit retenir les questions-titre d’une scène ainsi que la question finale de la pièce. En fonction du nombre d’élèves, une question peut être apprise plusieurs fois.
De quoi est-il question ? Pourquoi Œdipe a-t-il croisé la Sphinx ? Comment s’est-elle formée, cette étrange famille ? Pourquoi la peste s’est-elle abattue sur Thèbes ? L’amour, un remède à la peste ? L’homme peut-il déjouer le destin ? Toutes ces morts calmeront-elles le destin ? L’exil d’Œdipe apaisera-t-il la malédiction ? Qu’est-ce que gagner veut dire ?
Les élèves en cercle diront leurs questions les uns à la suite des autres
Puis on demandera aux élèves de dire leur question comme une litanie en bougeant dans l’espace. On aura donc des superpositions de questions, des questions répondant aux questions et ce pas forcément dans l’ordre des scènes.
On gardera la trace sonore, ou visuelle et sonore, de cet exercice comme matière pour la mise en scène.
Il s’agira d’un travail d’échauffement, de concentration ainsi que de mémorisation et d’occupation de l’espace.
Les élèves se déplacent avec un objectif de marche. Le regard doit être focalisé. L’enseignant·e tape dans les mains pour changer la direction des membres du groupe ou les faire s’arrêter dans la position dans laquelle ils étaient.
Exercices de jeu à partir de la pièce
Machine : la question
Rappeler que la question est une torture au Moyen-Âge et sous l’Inquisition.
Les élèves doivent fabriquer un système sonore et « machinique » en lien avec cette notion de questionnement et de torture.
Chaque membre devient la pièce d’une machine animée d’un mouvement précis et répétitif. Au mouvement, on ajoute un son pour produire quelque chose de musical et de tonique. Être précis dans le geste et le son émis. Voir exercice 6.
Pour ce faire, l’enseignant·e pourra donner des pistes : cri, murmure, éclat de voix, pleur, sanglots, mot de douleur, gémissement, mouvement de traction, mouvement de coup, etc.
Un membre du groupe fixe un geste : ce sera le Coryphée… Les autres membres complètent le tableau au fur et à mesure : ce sera le chœur. Ils peuvent compléter l’histoire ou s’opposer.
Extrait 3
Scène 5
L’homme peut-il déjouer le destin ?
(p. 24) :
Sur une place publique,
Sous le soleil implacable de midi
Qui rendait plus forte encore l’odeur de la maladie,
Un vieillard est apparu.
Triste et décharné, le dos courbé,
La barbe blanche, longue et sale de la poussière de la route.
Il avait cent ans.
Extrait 4
Scène 10
Comment faire d’une sépulture une hécatombe ?
(p. 46) :
Antigone est seule.
Seule avec une droiture
qu’elle n’essaie même pas de dompter.
Seule avec cette nature qui la condamne déjà.
Seule sous le soleil de midi implacable
qui éclaire sa route
comme le plus sage des guides.
Exercice : un élève va se placer sur scène. Les autres membres viennent se placer en fonction du premier. Il faut tenir une position fixe, y compris dans le regard (précis et orienté).
-> Comment rendre compte par un arrêt sur image de la puissance du chœur et du rôle intérieur du Coryphée ?
Il s’agit d’observer comment les présences modifient l’espace. Une nouvelle présence peut le rouvrir, alors que l’on pensait que le tableau était complet.
Exercice : « La statue humaine »
On s’inspirera ici du théâtre d’Augusto Boal.
Le personnage de Créon :
Le personnage d’Antigone :
Chaque élève présentera sa statue et le reste des élèves donnera son avis et apportera alors des suggestions pour le suivant jusqu’à tomber d’accord sur la statue finale.
Sculpture collective. L’acteur devient la matière modelable au service du groupe.
Exercice de chorégraphie
On pourra s’associer avec un professeur d’EPS (ils travaillent fréquemment sur des séquences de danse)
Reprendre l’exercice des questions juxtaposées en plaçant les élèves (14) en file indienne les uns derrière les autres de l’avant-scène vers le fond. On ne doit voir que le premier.
Chaque fois qu’un personnage dit sa question il se baisse faisant apparaître le suivant. On peut rajouter des gestes de bras synchronisés entre tous les acteurs, faire un ordre aléatoire de taille des acteurs, désordonner les gestes, faire partir à la fin de chaque question l’acteur côté jardin et côté cour alternativement, faire partir l’acteur qui se remet dans la file (ainsi les questions ne s’arrêtent jamais) …
La mise en jeu tournera essentiellement autour du chœur. Le chœur comme élément de la tragédie grecque ; autour de la dualité chœur - Coryphée / Créon - Antigone. L’opposition entre le tout et la partie, entre le groupe et l’individu.
On rappellera le rôle prépondérant du chœur dans la tragédie antique : « le chœur était considéré comme le point de départ de la représentation » nous dit Jacqueline de Romilly dans La Tragédie grecque. L’autrice nous explique que peu à peu le rôle du chœur va se modifier « [dans l’Agamemnon] Le chœur commence par dire en quoi la situation mérite qu’on s’inquiète ». Le rôle du chœur va s’amoindrir et il ne sera plus vraiment mêlé à l’action : « […] Le jour où [le chœur] perd l’essentiel de sa fonction coïncide avec […] le jour où l’individualisme triomphe du civisme […] » .
On va donc se poser la question abordée dans la première partie de ce cahier et que soulevait la didascalie des personnages :
« Le Coryphée
Chœur invisible ?
Chœur visible ? » (p.6)
Les élèves par groupe de 4 vont devoir faire une proposition à l’écrit pour résoudre cette question et réaliser un cahier scénographique.
Comment représenter le Coryphée (chœur) : absent, seul ou entouré d’un groupe ?
Selon le choix effectué : comment le manifester sur scène ?
On fera réfléchir les élèves à la lumière qui est présente sémantiquement dans le titre (et on s’appuiera sur les éléments dégagés en partie 1)
Comment mettre en lumière les personnages et le chœur – Coryphée ?
Les groupes reprendront le texte et feront un travail dans la marge sur ce qui doit être mis dans la lumière.
On les fera réfléchir à la symbolique de l’ombre et de la lumière.
On pourra à ce titre expliquer succinctement le mythe de la caverne de Platon.
Exercice : À ce sujet, ils devront s’interroger sur les questions-titres des scènes. Ils devront choisir si l’on passe d’une scène à l’autre par un noir d’où surgit la question posée par un des acteurs sur le plateau ou dans la salle / pré-enregistrée et lancée par la régie son ; si l’on projette la question sur un panneau comme au cinéma muet ; si le Coryphée énonce la question ; la question n’est pas dite (seul le lecteur de la pièce en aura connaissance)
Ces divers exercices s’achèveront sur la dualité Antigone/Créon.
Comment rendre compte des oppositions de façon visuelle ?
-> Choix d’une couleur pour chaque personnage (vêtements ou lumière colorée) ?
-> Choix d’un contraste de taille
L’opposition entre les deux personnages et le chœur
-> Choix d’un contraste vocal
-> Choix d’un contraste de posture
Ce ne sont que des pistes que les élèves peuvent explorer et ils peuvent en proposer d’autres qu’ils justifieront par le texte de la pièce.
Autre piste : L’autrice n’a écrit aucune didascalie de jeu. On pourra donc demander aux élèves de choisir une scène et d’écrire toutes les indications de jeu, de déplacement, d’éclairage comme exercice de mise en scène.
Autres pistes : Décor ? Absence de décor ?
Si décor, de quel type ? Réaliste, symbolique…
Cette piste a été abordée très brièvement dans la partie 1 à propos de la didascalie des personnages.
Ainsi toutes les réflexions de mise en scène, de mise en espace, de mise en lumière et de mise en son (car on peut aussi penser à une bande-son de la même façon) devront faire prendre conscience aux élèves que toute mise en scène est une interprétation d’un texte, une réinvention.
Tout comme Suzanne Lebeau s’est approprié un mythe après tant d’autres, ce sera au tour des élèves de se l’approprier par leurs divers choix
Si le choix est au cœur de la pièce d’Antigone, le choix est au cœur de la représentation théâtrale.
On peut aussi imaginer qu’ils fassent une nouvelle première de couverture pour Antigone sous le soleil de midi.
La scénographie du spectacle repose notamment sur une pastille de 5,5 mètres de diamètre, visible ici. Les trois interprètes s’y présentent et narrent la fresque familiale d’Œdipe, Antigone et autres protagonistes liés à cette tragédie.


En voici le texte original, envoyé aux programmateurs. Il est possible de s’appuyer dessus pour comprendre et peut-être s’appuyer sur, voire discuter cette vision de la pièce et de ses personnages qu’a Marie-Eve Huot, metteure en scène. Cela donne aussi des indications sur le processus de création théâtrale et ses différents protagonistes.
Antigone sous le soleil de midi
Note d’intention de mise en scène
Antigone sous le soleil de midi ramène à notre conscience l’une des figures fondatrices de notre mythologie occidentale. Plus de 2 000 ans plus tard, Antigone est toujours aussi jeune, vibrante, exigeante devant le monde et l’existence.
Sans surprise, le texte de Suzanne Lebeau met en scène Antigone, mais une Antigone qui pose des questions, une Antigone connectée à son intuition et à son horloge intérieure. Cette Antigone est aimante, généreuse, souple, assoiffée d’amour et de justice. Elle nous dit que nous avons une emprise certaine sur le monde et sur notre vie. Elle est tout en puissance et dénuée d’orgueil. Elle obéit à la loi du cœur et demeure libre d’honorer la mémoire de son frère mort.
Aux côtés de la petite Antigone, il y a son oncle Créon. Celui-là même qui a imposé une loi – cette loi par laquelle, on pourrait le croire, arrivera le malheur. Loin d’être autoritaire, Créon se pose aussi des questions : il hésite et doute. J’ai beaucoup d’empathie pour lui. C’est un homme politique qui est prisonnier de sa fonction. Il doit suivre l’ordre établi, faire confiance aux règles… et les faire respecter.
Dans cette relecture du mythe d’Antigone, deux forces de la nature se rencontrent ; mais ce n’est pas la rencontre d’Antigone et de Créon, encore moins leur opposition, qui est au cœur du propos de l’auteure. Il s’agit plutôt d’un espace de questionnements intenses et privilégiés où sont conviés les spectateurs. Adoptant une posture d’étonnement devant ces deux figures mythiques qui sont passées à l’histoire, Suzanne Lebeau nous ramène aux questions fondamentales qui sous-tendent le fonctionnement de nos sociétés occidentales. Avec ce nouveau texte, la dramaturge propose une incursion dans l’univers de la philosophie.
Auteure de haute voltige, Suzanne Lebeau est en constants allers-retours entre le cœur et l’esprit. J’ai reçu son texte comme un cadeau, mais aussi comme un legs qu’elle nous fait, aux enfants à qui elle a choisi de s’adresser et à moi-même, nous invitant à chercher la vérité en plongeant en nous afin de (re)trouver le pouvoir de changer les choses. Philosophe, elle nous ramène devant un état de fait désarmant : il n’y a pas de réponses définitives aux grandes questions de la vie.
Dans mon travail de mise en scène, entourée d’une équipe de création pleine de grâce, je me suis laissée guider par certaines questions que soulève le texte. Qu’est-ce qu’une tragédie, à notre époque? Qu’est-ce qui est sacré? La vie? La mort? La famille? La liberté d’action? La liberté d’expression? La sincérité d’une indignation justifie-t-elle dissidence et désobéissance? Qu’avons nous à apprendre d’Antigone et de Créon?
Le spectacle reflète donc ces allers-retours entre le cœur et l’esprit, entre le corps et la tête, entre ce qui se passe en-dedans et ce qui se passe au-dehors. J’espère, sincèrement et humblement, qu’il donnera envie aux spectateurs de s’emparer de leur sens critique afin qu’ils puissent mieux encore interroger le sens des choses.
Marie-Eve Huot Metteure en scène»
Esquisses des costumes - conception par Linda Brunelle.
Quels sont vos auteurs préférés ?
Trop nombreux, les énumérer me prendrait cinquante pages.
Vos héros / héroïnes de fiction préférés ?
Jean Valjean.
Quelle musique écoutez-vous ?
Bach et Mozart. Bach ou Mozart et plusieurs autres.
Quels sont vos peintres, plasticiens / des œuvres plastiques, tableaux préférés ?
Je dirais l’art contemporain, l’art brut et les dessins d’enfants pour l’immense désir de saisir et de comprendre le monde.
Vos films / cinéastes préférés ?
Serreau (Coline), Amenabar, Almodovar, Gavras…
Vos acteurs / actrices préférés ?
Vincent Lindon, probablement… et tant d’autres mais son humanité me touche.
Qu’aimez-vous voir sur scène ou au cinéma ?
La vie en condensé.
Une œuvre qui vous aurait particulièrement marqué ?
Brecht.
Pourquoi ?
La vitalité de la conscience.
L’endroit où vous écrivez en général ?
La solitude.
Les objets qui vous entouraient alors ?
La jungle.
Sur quel support écrivez-vous ?
L’ordinateur.
Le moment de la journée où vous écrivez ?
Le matin, mais plus je vieillis et plus mes matinées s’allongent.
Des sons / odeurs / couleurs qui vous sont chers ?
Les fleurs, le pain qui cuit, les bleus du ciel et de la mer, le vert du printemps. Aucun son sauf le vent dans les feuilles et le ressac de la vague.
Votre occupation favorite ?
Cuisiner.
Quels sont les objets dont vous ne vous sépareriez pour rien au monde ?
Mes livres.
Votre idée du bonheur ?
Une grande table avec des gens que j’aime.
Quel serait votre plus grand malheur ?
Perdre mon indépendance.
Ce que vous voudriez être ?
Bêtement, ce que je suis.
Le lieu où vous désireriez vivre ?
Au soleil.
Les 10 mots qui vous accompagnent ?
Enfance, écriture, engagement, idéal et transcendance, transmission, ferveur, passion, eau et soleil.
Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?
Un sentiment de vacances et d’horizon à perte de vue malgré la grisaille et la pluie.
Plan de séquence en collège, niveau troisième.

Cette séquence pourra se bâtir en lien avec les arts plastiques pour tout ce qui est de l’approche visuelle de l’œuvre.
Elle pourra s’inscrire dans les Parcours Culturel ou Citoyen.
Pour le Parcours Culturel : L’élève à ce titre pourra présenter lors de l’épreuve orale du DNB son carnet scénographique et / ou une captation visuelle d’exercice(s) de mise en voix / mise en jeu ou mise en espace et / ou une maquette de scénographie et de décor. Il en exposera les grandes lignes : expliquera la démarche adoptée, les écueils rencontrés, le plaisir qu’il a eu à faire ce travail et les difficultés à le réaliser. Il parlera de l’œuvre abordée et expliquera pourquoi il a choisi de présenter le travail effectué autour d’elle.
Pour le Parcours Citoyen : l’élève à ce titre exposera son travail de carnet scénographique en ordonnant son discours davantage sur la dimension politique (au sens large) de l’œuvre : qu’est ce que la cité ? Qu’est-ce que la dictature ? La révolte ? La résistance ? Il mettra ainsi en lumière les enjeux de l’œuvre et les questions qu’elle aborde. Il fera des liens avec le programme d’histoire et les œuvres vues en français (par exemple la poésie engagée). Il parlera de ses engagements et choix personnels.
Théâtre : Thomas Bastien, « Qui veut la peau d’Antigone? » À la frontière du mythe et de la réalité contemporaine, automne 2021
Film Antigone de Sophie Deraspe, 2020 (actualisation du mythe sous l’angle de l’immigration et des violences policières, ici au Québec)
L’Homme peut-il déjouer le destin ? Wajdi Mouawad à propos de sa mise en scène d’Œdipe à l’Opéra