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Carnet artistique et pédagogique Sticky Petit-Phasme

de Yaron Edelstein, Aharon Levin

Carnet artistique et pédagogique rédigé par Maxime Bizet, enseignant théâtre, comédien et metteur en scène.

Le texte

Un nouveau déluge, dû au dérèglement climatique, s’abat sur la Terre. Un grand bateau s’apprête alors à sauver les animaux, mais la règle est claire : seuls les couples composés d’un mâle et d’une femelle, mariés et de même espèce, peuvent grimper à bord.

Or Sticky, le petit phasme, appartient à une espèce qui se reproduit seule. Obligé de ruser pour embarquer, il est traqué par une poule et un rhinocéros. Bon nombre de passagers hors critères vont l’aider à échapper à ses poursuivants : une guenon déguisée en mâle, un cygne avec son ex, un kangourou amoureux d’une mouffette…

Une version ludique et moderne de l’arche de Noé, qui parle de différences. Une pièce facétieuse et joyeuse, accompagnée de chansons, qui se joue de la langue autant que des stéréotypes !

Les auteurs

Auteur et metteur en scène, Yaron Edelstein est né en 1979 à Rehovot et vit à Tel-Aviv. Il a étudié la mise en scène au Seminar haKibboutzim (Tel-Aviv), un établissement d’enseignement supérieur où, aujourd’hui, il enseigne l’écriture dramatique.
À partir de 2011, ses pièces sont régulièrement montées et ont reçu différents prix, en Israël et à l’étranger.
Ses pièces ont été traduites en anglais, allemand, polonais et italien.

Aharon Levin est né en 1980 à Tel-Aviv. Auteur de théâtre, poète et metteur en scène, il vit aujourd’hui à Berlin. Il a étudié la littérature et la philosophie juive à l’université de Tel-Aviv et a travaillé comme assistant au théâtre Khan de Jérusalem. Il écrit et met aussi en scène des clips vidéo pour les chanteurs Amir Lev et Yaël Nahshon.
Son premier recueil de poésie paraît en 2021, aux éditions Pardès (Israël).

Un texte traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz.

I. Cheminer au cœur du texte

A. Le nouveau déluge

a. Entre références bibliques…

Un hippopotame, Hippy, et un castor, Nestor, se baignent sous une chaleur terrible qui n’est pas sans rappeler nos canicules actuelles. Alors que cette scène estivale semble innocente, s’articulant autour de l’hésitation de Nestor le castor à plonger dans l’eau, voici que le temps change brutalement, devenant terriblement menaçant. Une poule entre en hurlant : plus de doute possible, c’est le « dé-dé-dé-déluge » (p. 12), et le seul moyen de s’en sortir, c’est d’embarquer dans un bateau, construit pour l’occasion. On aura ici reconnu la référence biblique issue du livre de la Genèse, l’histoire de Noé et de son arche.

L’enseignant·e pourra interroger les élèves sur leurs connaissances de cette parabole et pour reconstituer un récit complet qui servira de base de travail. Il sera aussi possible, en lien avec un·e professeur·e d’arts plastiques, d’aller chercher des représentations de l’arche de Noé dans la peinture ou le cinéma. 

D’après les chapitres 6 à 9 du livre de la Genèse, Dieu, observant la méchanceté des hommes, décide de faire tomber un déluge sur la Terre pour y détruire toute vie, « depuis l’homme, jusqu’aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel »1. Noé trouve grâce aux yeux de Dieu, car il est « juste, intègre parmi ses contemporains ». Dieu dit à Noé de construire une arche dans laquelle il embarquera avec sa famille, sa femme, ses trois fils et leurs épouses, mais aussi un couple de chaque espèce animale. « […] Je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits et j’effacerai de la surface du sol tous les êtres que j’ai faits »2 dit Dieu à Noé. 

S’appuyant sur les citations issues de la Genèse mentionnées dans le corps de ce paragraphe, l’enseignant·e pourra inviter les élèves à réfléchir aux motivations de Dieu à déclencher le Déluge. Cette discussion pourra notamment permettre d’intégrer la question du respect de la Terre dans une perspective de réflexion écologique. Un·e professeur·e d’enseignement moral et civique pourra participer à cette réflexion. 

Cette scène d’ouverture, mise en relation avec le titre de la pièce et la distribution, permet de comprendre que ce Déluge va se vivre du côté des passagers de l’arche, c’est-à-dire des animaux. On l’a vu assez vite, ce sont des animaux parlants qui vont rejouer l’histoire de l’arche, déjà bien renseigné·es sur ce qu’iels vivent.

L’enseignant·e pourra proposer aux élèves de lire les premières scènes et de noter toutes les références à la Bible qui apparaissent : « un acte de foi » (p. 8), « le messie » (p. 8), le « dé-dé-dé-déluge » (p. 12), « rebelote comme dans la Bi-ible » (p. 12) notamment. 

b. … et catastrophe climatique !

Nos deux premiers animaux-héros le devinent assez vite lors de leur baignade interrompue : « C’est ça le dérèglement climatique ? » (p. 11) L’enseignant·e pourra sonder les élèves sur leurs connaissances sur ce sujet. Ce sera aussi l’occasion d’essayer de dresser une liste des causes, listes pouvant être pensée en lien avec un·e professeur·e d’histoire, de géographie ou d’enseignement civique et moral. 

Dans la pièce, le nouveau Déluge est donc mis en lien avec ce dérèglement climatique. À partir des définitions du mot « déluge » proposées par le dictionnaire Larousse, l’enseignant·e proposera aux élèves de réfléchir au lien qui unit catastrophe climatique et phénomènes météorologiques de grande ampleur : 

Déluge, nom masculin (latin diluvium)

  1. Inondation universelle, d’après la Bible et les diverses traditions du Proche-Orient ancien. (Prend une majuscule en ce sens.)
  2. Pluie torrentielle : « Il est tombé un véritable déluge sur la région. » 
    Synonymes : cataracte - orage - trombe
  3. Grande abondance, grande quantité de quelque chose : Un déluge de paroles. 
    Synonymes : avalanche - flot - pluie3

 

À l’ouverture de l’acte II, Nestor et Hippy reviennent et donnent un nouvel élément pour compléter cette réflexion sur le réchauffement climatique : 

« HIPPY.- […] Si seulement on avait écouté la petite Suédoise, comment elle s’appelle déjà ?
NESTOR.- Greta Thunberg.
HIPPY.- C’est ça, Greta-on-regrette. Si seulement on l’avait écoutée, elle, au lieu du gros pachyderme avec de la paille sur la tête qui mentait du matin au soir ! »

(pp. 23-24)

 

En s’appuyant sur le discours de Greta Thunberg à l’ONU (en annexe 1 de ce carnet) et les connaissances des élèves, l’enseignant·e proposera aux élèves de réfléchir aux liens possibles entre la catastrophe climatique et l’action de la pièce.

Cet échange pourra aussi être l’occasion de revenir sur les raisons de Dieu quant au déclenchement du Déluge dans la Bible, et ce qui pourrait le motiver à en provoquer un nouveau. 

B. Les animaux contemporains, entre zoologie et culture pop

Maintenant que le décor est planté, parlons un peu de celleux qui vont affronter ce nouveau Déluge, les animaux. D’après le titre de la pièce et les noms des personnages, et pourquoi pas en lien avec un·e professeur·e de sciences naturelles, la classe réalisera des fiches, affiches ou exposés sur chacune des espèces représentées. De la sorte, on aura une première approche d’une dramaturgie des personnages par le biais de la zoologie. Il s’agira ici autant de se sensibiliser à la variété du vivant que de commencer à réfléchir au choix de ces animaux en particulier par les auteurs.

Pour chaque animal, l’enseignant·e pourra aussi proposer aux élèves de réfléchir aux représentations dans la littérature, le cinéma, la musique ou les arts plastiques afin de créer un moodboard de la pièce à partir des personnages. Les noms des animaux donnent parfois des indices : on peut par exemple prendre pour exemple le cygne noir, Ziggy, de son vrai nom Siegfried, référence directe aux Lac des Cygnes de Tchaïkovsky, mais dont le surnom peut aussi évoquer le personnage de Starmania dont Céline Dion est « folle »4. Les noms peuvent aussi être des jeux de mots sur la nature des animaux - on pense par exemple à Boogy et Booga les guenons – ou des effets d’ironie – on doute fort que la moufette Jasmine sente le jasmin et la poule va s’avérer moins Cool que son nom le dit. 

En partant de ces constats et jeux, l’enseignant·e proposera aux élèves l’invention d’autres personnages d’animaux en proposant de les nommer et de leur donner des caractéristiques. 

Un animal a plus d’importance : Sticky, le phasme. C’est par son biais que l’action dramatique de la pièce advient pour une raison toute scientifique : se reproduisant par parthénogénèse (« De parthéno, qui veut dire « vierge », et genèse qui veut dire « naissance »… » p. 17) , le phasme ne vit pas en couple comme la plupart des autres animaux (quoique cette information soit toute relative, on y reviendra). Voici la porte de l’arche fermée pour notre héros qui doit s’embarquer clandestinement à ses risques et périls. 

En rappelant l’étymologie du mot parthénogenèse, comme le fait d’ailleurs Sticky dans le tableau 3 cité plus haut, l’enseignant·e, toujours en lien avec un·e professeur·e de sciences naturelles, pourra proposer un temps sur les modes de reproduction dans le monde animal. Il serait amusant également de revenir à la Genèse, en faisant remarquer le retour du mot avec un nouvel emploi.

On le verra dans le point suivant, la pièce comme la parabole religieuse à laquelle elle se réfère, ont à voir avec le fait de donner naissance, de repeupler… et il semblerait qu’il y ait un modèle dominant pour faire famille, car comme le dit Dieu lui-même :

  • 4

    Un garçon pas comme les autres (Ziggy) est une chanson écrite par Luc Plamondon et Michel Berger pour l’opéra-rock cyberpunk Starmania en 1978. Elle est reprise en 1991 par Céline Dion pour son album Dion chante Plamondon (intitulé Des mots qui sonnent en France).

C. « Qu’ils soient féconds et se multiplient sur la terre ! »

Si on met une nouvelle fois en miroir la Genèse et notre pièce, on s’arrêtera sur ces deux extraits : 

  • Le premier est la parole de Dieu au moment où Noé, son arche et ses passager·es accostent enfin après le Déluge : « Alors Dieu parla ainsi à Noé : « Sors de l’arche, toi et ta femme, tes fils et les femmes de tes fils avec toi. Tous les animaux qui sont avec toi, tout ce qui est chair, oiseaux, bestiaux et tout ce qui rampe sur la terre, fais-les sortir avec toi : qu’ils pullulent sur la terre, qu’ils soient féconds et se multiplient sur la terre. » Noé sortit avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils ; et toutes les bêtes (…) sortirent de l’arche, une espèce après l’autre »5
  • Le second est une réplique de Rino, issue du tableau 3 de notre pièce. Alors qu’il contrôle l’entrée dans l’arche et que Sticky se présente, il lit ce texte :  « Paragraphe 2.2 de la loi de conservation du vivant : seuls sont autorisés à embarquer un mâle et une femelle de chaque espèce. En couple évidemment, avec une preuve de mariage, sinon dehors ! » (p. 17)

En mettant face à face ces deux extraits, l’enseignant·e pourra proposer aux élèves d’expliquer les raisons qui poussent Rino à être si strict. Il serait également amusant de réfléchir à ce qui peut faire preuve d’un couple ou d’un mariage. 

Au tableau 7 de la pièce, alors qu’Ody, la femelle cygne noir, sous-entend que les espèces qui ne fonctionnent pas par deux sont « carrément contre nature » (p. 32) L’enseignant·e pourra demander aux élèves s’iels ont déjà eu l’occasion d’entendre ces mots et dans quel contexte. En ouvrant la discussion, dans un cadre bienveillant pour accueillir la parole de chacun·e, et une attention portée aux termes employés, l’enseignant·e pourra proposer à la classe de s’interroger sur ce qui est jugé « contre-nature » dans la pièce et ce qui est jugé « contre-nature » dans notre monde. 

Avant d’avancer dans la pièce, l’enseignant·e précisera que l’arche de la pièce est une représentation du monde, avec ses codes, celleux qui les respectent et celleux qui les trahissent. Les élèves pourront être invité·es, en s’appuyant sur des extraits du choix de l’enseignant·e, à classer les personnages en deux pôles : celleux qui respectent les règles et celleux qui les outrepassent, ce qui sera l’objet du point suivant. 

D. Découvrir, écouter et accepter la différence

Sticky monte illégalement dans l’arche pour un voyage éprouvant. Il traverse une véritable crise, interrogeant même son identité profonde et comment échapper à ce que la Nature – encore elle – a planifié pour son espèce.

S’appuyant sur ce premier constat sur le personnage, l’enseignant·e pourra ouvrir une discussion avec les élèves sur la figure du « clandestin » (p. 47) ou du réfugié. En s’appuyant sur des recherches pouvant être faites à la maison ou à l’école, les élèves seront invité·es à réfléchir au lien entre catastrophe climatique et exil, en réfléchissant à la problématique suivante : comment le dérèglement climatique peut-il influencer le déplacement des populations de manière illégale ? L’enseignant·e pourra réfléchir au sujet en se mettant en lien avec un·e professeur·e d’histoire et/ou de géographie pour envisager la question avec une inscription dans le temps et l’espace. 

Dans des perspectives de réflexion citoyenne, une discussion pourra être ouverte sur la question des migrant·es et la parole pourra même être donnée, si cela est possible, à des associations d’aide aux migrant·es. 

L’illégalité de Sticky dans la pièce est liée à deux choses, le trouble de son genre et sa situation maritale inexistante :

« STICKY.- (fait oui de la tête) Oui… c’est ça, c’est exactement ça, je ne sais plus qui je suis… parce que je… je ne suis pas comme vous tous ici, pas comme tous les couples, un mâle et une femelle, un garçon et une fille, un mari et une femme, un père et une mère, un papi et une mamie, un tonton et une tata, un monsieur Jacquot et une madame Jacquette… Moi, je suis Sticky de l’espèce des phasmes bâtons, alors je ne sais pas si je suis un ou une… mais ce que je sais, c’est que je suis célibataire. (Il pleure de plus belle) Alors ils veulent me jeter à la mer sous prétexte que je suis hors la loi ! » 

(p. 41)

En s’appuyant sur cette réplique, à mettre en lien à la fois avec la question de la clandestinité, et de façon plus générale avec la société, l’enseignant·e proposera à la classe de dresser une liste de tout ce qui peut mettre quelqu’un·e au ban de la société. La présence d’un·e professeur·e d’enseignement civique et morale pourra inscrire l’échange dans une perspective de réflexion sur la citoyenneté.

Au fur et à mesure de sa course poursuite dans l’arche, Sticky va rencontrer plusieurs binômes d’animaux qui vont chacun lui montrer une variation du modèle de couple « illégal »… mais valide quand il s’agit de sentiments ou de bien-être de chacun·e : 

  • Tortueux et Tortueuse, les deux tortues très âgé·es qui manquent de louper le départ du bateau comme laissé·es de côté par le monde à cause de leur grand âge, et que Sticky va aider à embarquer (tableau 4) ; 
  • Ziggy et Ody, les cygnes noirs, séparés, qui ont fait passer le bien-être de leurs enfants en premier, en conservant notamment une relation apaisée entre elleux (tableau 6) ; 
  • Boogy et Booga, les guenons lesbiennes qui élèvent dans la joie une famille nombreuse (tableau 8) ; 
  • Kanji et Jasmine, le kangourou et la moufette, représentant le couple inter-espèces, déterminé à ne pas faire d’enfants à l’aune de la situation générale du monde (tableau 10). 

L’enseignant·e proposera aux élèves de faire des liens entre les modèles représentés et leur existence dans la réalité. Il s’agira là aussi de sensibiliser au large éventail des possibilités relationnelles et de ce qu’elles ont de positif. Pour se faire, on pourra s’appuyer tout simplement sur la manière dont chaque binôme présente les avantages de leur choix. 

Dans un contexte général de forte sensibilisation aux questions d’inclusivité, intégrant aussi bien l’anti-racisme, que la lutte contre les violences de genre, la reconnaissance des identités LGBTQIA+ ou le handicap, les élèves proposeront un résumé de la pièce en imaginant comment Sticky peut incarner les différentes formes d’identités minorisées qui contribuent à un monde complet et complexe, où même un petit phasme fait toute la différence. 

II. Mise en voix, mise en espace

A. Faire parler les animaux

En s’appuyant sur les fiches réalisées pour chacun des animaux présents dans la pièce, en prêtant attention aux adjectifs qui les qualifient (le castor trouillard, la poule hystérique etc.), l’enseignant·e proposera aux élèves de réfléchir à la manière dont pourraient parler les animaux-personnages de la pièce. L’exercice est particulièrement intéressant dans l’idée d’une première approche d’oralisation et de mise en voix qui conduiront à la mise en jeu, pour donner corps à ces voix animales.

Dans un premier temps, l’enseignant·e pourra proposer aux élèves de choisir un personnage vers lequel iel est attiré. L’élève choisit une réplique de son personnage, suffisamment longue pour travailler dessus (lue ou apprise par cœur).

Exemples : 

  • Hippy : « Tu finiras par ressembler à un chausson grillé ! Allez, jette-toi à l’eau, espèce de trouillard. » (p. 7)
  • Enrico : « Le déluge va s’abattre sur nous ! Dans une demi-heure, le monde sera détruit ! » (p. 15)
  • Kanji : « On a heurté un iceberg. Les zèbres essayent de nous tirer de là. » (p. 55)

En possible collaboration avec un·e professeur·e de musique, les élèves pourront déployer les possibilités : jeu sur les aigus et les graves, variations de vitesse, projection vocale plus ou moins forte (du murmure au cri), etc. Chaque élève sera invité·e à réfléchir à une identité vocale pour son animal. Puis, par petits groupes (constitués autour d’un même animal choisi, ou inversement) iels seront encouragé·es à faire entendre leur proposition, d’abord aux membres du groupe, puis à toute la classe, par groupe.

Plusieurs possibilités après cela : 

  • Les élèves spectateur·rices font des retours et proposer des variations autour d’une base proposée par l’élève ;
  • L’enseignant·e de musique propose un jeu sur les contrastes : si mon animal a a priori une voix grave, que se passe-t-il si je le fais parler avec une voix aiguë, par exemple ? Ou si je varie les vitesses dans la parole ?
  • L’enseignant·e suggère d’ajouter des émotions : comment est-ce que la joie, la tristesse, la peur, la colère, le dégoût modifient la voix du personnage ? 

Petit à petit, les élèves seront encouragé·es à nourrir la personnalité de leur animal-personnage par le seul biais de la voix. 

L’enseignant·e pourra également mettre l’accent sur la façon dont les personnalités se trouvent confrontées dans les différentes scènes et comment elles s’influencent vocalement. Si l’on prend par exemple le tableau 3, où Sticky tente de monter sur l’arche, comment, en lecture, peut-on faire entendre les émotions et enjeux des personnages par un travail vocal ?

Pour conclure ce premier travail, l’enseignant·e proposera aux volontaires de choisir une réplique, n’importe laquelle, et d’en proposer une lecture en ayant en tête un des animaux de la pièce, en le gardant secret. La classe devra deviner de quel animal il s’agit, ce qui engagera le ou la lecteur·rice à s’appuyer sur une personnalité vocale claire.

B. La comédie musicale au service du récit

Cette seconde partie des propositions de travail autour d’une mise en voix requiert la complicité d’un·e professeur·e de musique mais peut aussi être prise en charge par n’importe quel·le enseignant·e qui aurait le goût du travail musical !

Nous ne l’avons pas évoqué jusqu’ici, mais une des particularités notables de Sticky Petit-Phasme est d’inclure un certain nombre de chansons qui ont autant un rôle de divertissement que de narration. Prenons par exemple celle pages 12 et 13 : 

« COOL.- C’est le dé-dé-dé-déluge !
(elle chante) 
La nouvelle est terrible !
Rebelote comme dans la Bi-ible !
Ils ont annoncé aux infos
La fin, la fin des haricots !
Une mer immense va tomber de là-haut
Bientôt la Terre entière sera sous l’eau !
[…] »

Avant de chanter, l’enseignant·e proposera aux élèves de travailler sur le changement qui s’opère entre une parole ordinaire et une parole chantée. Dans un premier temps, repérer les différences entre ces deux modes d’écriture et pour se faire, proposer à un·e élève volontaire de lire l’extrait ci-dessus pour faire entendre les spécificités, les rimes ou les diérèses (« Bi-ible »). 

Puis, en s’appuyant sur un jeu de percussions corporelles avec un rythme simple (exemple : je frappe deux fois mes genoux, je tape dans mes mains et je répète la boucle), l’enseignant·e proposera à un·e ou des élèves volontaires de lire l’extrait en se calant sur le rythme proposé, en variant le tempo. Pour l’élève lecteur·rice, il s’agira de continuer à avoir en tête la personnalité vocale du personnage, tout en ajoutant les contraintes imposées par la rythmique.

Après avoir pratiqué un peu, l’enseignant·e pourra proposer, en prenant appui sur des exemples de comédies musicales, des registres musicaux « type », avec des colorations émotionnelles. Les élèves choisiront quelle émotion domine dans chaque chanson de la pièce et essayeront d’y accoler un rythme, une énergie, voire de réfléchir à un accompagnement musical rêvé.

S’il y a ici une collaboration avec un·e professeur·e de musique, iel pourra proposer aux élèves un accompagnement à l’instrument en façonnant celui-ci à partir des suggestions de la classe. De la sorte, chacun·e sera engagé·e dans la construction vocale et musicale de la pièce.

C. Le rythme de la comédie

Dans les précédents points de cette partie du carnet sur la mise en voix, on aura pu aborder deux aspects de l’écriture de la pièce : les répliques et les chansons. Le point de jonction entre ces deux dimensions sera l’objet de ce dernier point, à savoir la question du rythme et du registre comique de la pièce. 

L’enseignant·e commencera par donner à lire le tableau 7 de la pièce (pp. 31 à 38) en mettant l’accent sur l’importance du binôme Rino-Cool. La scène peut être lue plusieurs fois par des groupes d’élèves différent·es. En prenant le temps entre chaque lecture de demander à la classe quels sont les objectifs de chaque personnage, dans quel contexte on se trouve, quel est l’état émotionnel de chacun·e, l’enseignant·e proposera aux élèves de spatialiser la mise en voix de cet extrait pour mettre en lumière les ressorts comiques à l’œuvre. 

Les personnages de Rino et Cool, en tant qu’antagonistes de la pièce, ont été construits par les auteurs avec des caractéristiques de langage bien précises qui peuvent être aisément repérées par les élèves : Cool bégaye - « Et a-a-a-alors ? Ça fait qu-qu-quoi ? » (p. 36) – et Rino ne comprend jamais complètement ce qu’on lui dit, ce qui le conduit à changer les mots : 

« VOIX DE RINO.- […] elle ressemblerait beaucoup à un chaton. 
VOIX DE COOL.- Non, à un bâton.
VOIX DE RINO.- Pardon, à un raton. 
VOIX DE COOL.- Non, à un bâton.
VOIX DE RINO.- Pardon, à un bateau. […] »

(p. 38)

Pour les mettre en valeur, l’enseignant·e divisera la classe en deux groupes : l’un pour Cool, l’autre pour Rino. Deux élèves peuvent incarner Ziggy et Ody pour compléter la distribution, mais ces deux rôles peuvent aussi être assurés par une seule personne. L’idée sera de mettre les groupes Cool et Rino face à face, avec Ziggy et Ody au milieu, et de lancer la lecture à un rythme rapide, comme en ping-pong verbal. 

En mettant l’accent sur les courtes répliques et sur les didascalies qui les accompagnent, en gardant en tête tout ce qui aura déjà pu être imaginé sur la voix de cette poule et de ce rhinocéros, et enfin en développant une écoute fine du groupe autour de soi, les élèves pourront se rappeler que la comédie est ici portée par un ensemble de personnages et non par un·e soliste, que l’humour fonctionne autour d’une situation partagée et d’une écriture pour un groupe. L’action à l’intérieur apparaît grâce à la mise en voix, mais la mise en jeu permettra ensuite pour les élèves de pleinement s’amuser à devenir ces animaux-acteur·rices ! 

III. Mise en jeu

A. Donner un corps aux animaux

On a donné une voix aux animaux-personnages : l’étape suivante, dans une première approche du jeu, pourrait être de fabriquer un corps à ces animaux en s’appuyant sur le travail déjà effectué sur le texte (notamment les fiches zoologiques) et sur la mise en voix. 

Dans un premier temps, l’enseignant·e divisera la classe en deux groupes : l’un qui agit, l’autre qui observe. Il peut être intéressant que chaque témoin se concentre sur une des personnes en action.

Dans une salle avec de l’espace, les élèves seront invité·es à marcher de façon la plus neutre possible. Puis l’enseignant·e leur indiquera un certain nombre de paramètres physiques qui modifieront la démarche (variations de vitesse, de pesanteur, d’adhésion au sol) mais aussi des changements d’états (urgence, détente, peur, recherche). 

Les élèves choisiront ensuite l’un des animaux pour le faire apparaître dans leur corps. L’enseignant·e laissera quelques minutes à l’élève pour atteindre un résultat satisfaisant et pour que le témoin puisse se faire une idée précise de l’animal. Au signal de fin, chaque témoin pourra essayer de deviner quel animal a été choisi par la personne qu’iel observait. Puis on inverse les groupes. 

L’étape suivante de cette incarnation des personnages peut se faire comme suit : chaque élève choisit une réplique de l’animal de son choix à retenir rapidement. L’enseignant·e installe une espace de jeu simple en délimitant clairement le plateau et en y installant un repère central.

Puis, chacun·e leur tour, les élèves font une entrée sur cette scène et vont se placer sur le marqueur central d’où iels diront leur réplique en ajoutant donc au corps de l’animal la voix déjà abordée, avant de sortir de scène. Ce jeu permettra aussi à l’enseignant·e de bien rappeler aux élèves quand commence quand finit le jeu : dès qu’on entre sur scène, on est l’animal-personnage, que l’on ne quitte qu’une fois sorti de scène. Ce sera aussi l’occasion de travailler sur l’adresse au public : comment s’oriente-t-on sur cet espace scénique ? À qui parle-t-on ? 

La classe sera bien évidemment encouragée à faire des retours pour chaque passage d’élève. Il ne s’agira cependant pas ici de dénigrer la proposition de chacun·e sur son animal, mais plutôt de permettre la clarification de celle-ci : comment je me fais comprendre dès l’entrée en scène, comment la voix complète le corps, comment je peux tenir tout le long de mon passage sur scène sans décrocher, comment je suis attentif aux détails qui pourraient m’échapper, etc.

L’enseignant·e pourra ensuite proposer la mise en jeu de quelques scènes pour que les corps et les voix des animaux-personnages soient mobilisés avec un enjeu dramatique induit par les scènes. Si on veut éviter de faire apprendre des textes par cœur, il sera aussi possible et intéressant de proposer aux élèves d’improviser à partir des scènes de la pièce en se concentrant sur l’incarnation des personnages. Pour se faire, on prendra le temps de bien lire la ou les scènes choisies, puis de proposer aux élèves volontaires de les jouer de mémoire en gardant en tête la trajectoire générale du texte. Là encore, les élèves-spectateur·rices auront pour objectif de garder un œil sur la bonne tenue de route de la scène mais aussi de l’incarnation des personnages. 

B. Une aventure en huis-clos

Sticky Petit-Phasme est une pièce en huis-clos, du moins à partir du moment où l’arche quitte la terre ferme et s’élance dans les vagues du Déluge. Cette arche peut facilement être transposée à d’autres bâtiments, ne flottant pas sur l’eau certes, mais dans lesquels on « s’enferme » pour diverses raisons. 

L’enseignant·e pourra ainsi proposer d’imaginer l’école dans lequel la classe se trouve comme une arche. Dès lors, chaque scène aurait lieu dans un endroit différent. Pour engager cette réflexion de mise en espace, on prendra le temps de relire les didascalies de chaque scène – y compris l’ouverture puisqu’on pourrait figurer le monde où Nestor et Hippy se baignent et où Rino garde l’entrée de l’arche comme une cour de récréation ou l’entrée de l’école. À partir de là, on essaiera d’associer les différents espaces du bâtiment aux différentes scènes. 

Deux options s’offrent alors au groupe pour poursuivre cette mise en jeu : 

  • Soit on peut avoir accès aux différents espaces le temps d’une mise en place des scènes, auquel cas on peut réfléchir à une déambulation dans l’école entre les scènes, en imaginant le fuite de Sticky à travers les couloirs et entre les espaces. Une nouvelle fois, les scènes pourront être apprises par les élèves ou simplement esquissées par le biais d’improvisations ; 
  • Soit on imagine que la salle de travail représente l’arche et on s’amusera alors à la diviser en différents espaces dans lesquels ont lieu les scènes. Ce qui est amusant avec cette option, c’est l’idée que les choses ont lieu les unes à côté des autres : l’enseignant·e pourra proposer aux élèves de figurer les animaux dans l’arche, menant leurs vies tranquilles pendant que les scènes ont lieu. C’est un excellent moyen de faire comprendre le principe du hors-champ et de travailler à du jeu sans parole qui ne peut pas prendre le dessus sur la scène principale.

En accentuant le côté clos de l’arche, la course-poursuite de Sticky devient beaucoup plus apparente et chaque rencontre avec un ou des nouveau(x) personnage(s) apporte de nouveaux éléments qui, à terme, contribueront à la survie de notre héros. On pourrait ainsi imaginer la mise en jeu de cette pièce à la manière d’un jeu de rôle ou d’un jeu vidéo. Là encore, en distribuant les rôles en fonction des envies de chacune, et en utilisant le ou les espaces donnés, l’enseignant·e pourra se transformer en maître·sse du jeu et raconter la pièce à la manière d‘un jeu de rôle, les élèves étant invité·es à figurer l’action, à ajouter les dialogues (textes sus ou improvisés) et à avancer dans l’aventure. S’il y a eu précédemment un travail sur les chansons de la pièce, celles-ci peuvent être incluses et servir de chapitrages à la traversée !

C. Le théâtre-forum au service de l’acceptation

Pour cette ultime proposition de mise en jeu de la pièce, on fera le choix de s’éloigner du texte de la pièce et d’utiliser plutôt le fonds de ce qui est raconté au service du message d’acceptation d’autrui. 

Les campagnes de prévention contre le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, l’homophobie, la transphobie, le sexisme ou le validisme sont bien engagées au sein des écoles primaires et des collèges, et existent sous diverses formes (affichage, de journées de sensibilisationrencontres ponctuelles avec le monde associatif). Le théâtre peut prendre le relai, notamment en s’appuyant sur des textes comme Sticky Petit-Phasme qui, tout en nous racontant une histoire renvoyant à l’imaginaire populaire, dispense des messages de tolérance et d’acceptation. Sticky n’est pas le seul à être en danger sur l’arche puisque la plupart des animaux qu’il croise lors de sa fuite auraient de bonnes raisons d’avoir peur de finir à la mer. L’épilogue de la pièce voit d’ailleurs chacun·e des protagonistes prendre sa part dans le destin de Sticky en sautant à l’eau… alors même que la mer se retire et que tout le monde, ensemble, chante le retour à la normale, mais aussi la liberté d’aimer « quoi ou qui » (pp. 75-76).

L’enseignant·e pourra proposer de réfléchir aux thématiques liées à la différence dans la pièce, non plus sous forme de débat mais par le truchement d’une forme allégée du théâtre-forum, une activité collective de résolution de problème. Elle vise généralement à explorer par le théâtre, les différents aspects d’un problème ou d’un conflit et les différents moyens d’aboutir à sa résolution. « Il s’agit de dénoncer et de mettre en scène des situations d’injustice, pour aider les communautés qui en sont victimes à reprendre leur destinée en main. »6 

Prenant le rôle de l’animateur·rice, l’enseignant·e proposera de transformer chaque scène de rencontre en scènes de la vie quotidienne, où les élèves se retrouveraient confrontés à la différence, et qui généreraient un conflit. Prenons par exemple la scène entre Sticky, Boogy et Booga : 

  1. Les élèves proposent une transcription de la scène dans la vie réelle : « En sortant du collège, nous tombons sur les deux mamans de notre camarade de classe. Nous sommes gêné·es car c’est la première fois que nous voyons un couple de femmes lesbiennes. »
  2. La scène est jouée par un groupe d’élèves volontaires.
  3. Le public est invité à réagir et à proposer une solution pour défaire le conflit de la scène, non pas en parlant mais en prenant la place des acteur·rices. Il s’agira ici notamment d’avoir une attention portée aux questions de citoyenneté et de tolérance. Un·e professeur·e d’enseignement civique et moral peut être présent·e pour apporter son expertise. La scène est rejouée avec le conflit désamorcé : « En sortant du collège, nous tombons sur les deux mamans de notre camarade de classe. Nous sommes gêné·es car c’est la première fois que nous voyons un couple de femmes lesbiennes. Nous comprenons que notre camarade est heureuse et que sa famille l’est aussi. Nous comprenons le danger de juger sans chercher à comprendre. »
  4. Le public peut réagir autant de fois que nécessaire et la scène peut être rejouée autant de fois qu’il le fait jusqu’à ce que le conflit ait été parfaitement éteint. 

L’enseignant·e pourra évidemment proposer de s’appuyer sur la pièce et la construction des différentes scènes. Iel pourra également amener à réfléchir sur d’autres thématiques qui n’apparaitrait pas dans la pièce : le handicap, les identités trans, le racisme etc. Ces thématiques seront à penser en lien avec les élèves et le territoire dans lequel le travail s’insère : il est primordial de prévenir les violences et d’éviter, comme dans la pièce, que quelqu’un·e finisse jeter à la mer parce qu’iel ne correspond pas à une attente du monde. 

IV. Annexes

A. Mise en réseau, bibliographie pour aller plus loin

a. Discours de Greta Thunberg à l’ONU, 23 septembre 2019

Mots-clés : climat, crise, écologie, engagement, jeunesse

Proposition d’utilisation de l’œuvre : Le texte peut être lu pendant le travail de découverte de la pièce et compléter les réflexions sur la catastrophe climatique.

Il peut également être utilisé pour aborder la projection vocale et l’adresse : l’enseignant·e pourra demander à un·e ou plusieurs élèves de lire le texte à voix haute devant la classe, et d’y ajouter l’émotion qui viendrait.

Le texte pourrait également être lu par certains personnages de la pièce (on pense notamment à Sticky, Nestor ou Hippy), auquel cas, l’enseignant·e pourra proposer de réécrire le discours du point de vue cette fois d’une des personnages, avant d’entendre en lecture les élèves qui le souhaiteraient. 

« Tout ceci ne va pas. Je ne devrais pas être ici, je devrais être à l’école, de l’autre côté de l’océan. Et pourtant, vous venez nous demandez, à nous les jeunes, de l’espoir. Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance, avec vos paroles vides de sens. Et encore, je fais partie des plus chanceux. Des gens souffrent, des gens meurent, des écosystèmes entiers s’effondrent. Nous sommes au début d’une extinction de masse. Et tout ce dont vous parlez c’est d’argent, du conte de fées d’une croissance économie éternelle. Comment osez-vous ? Depuis plus de trente ans, la science est parfaitement claire. Comment osez-vous encore regarder ailleurs ? Et venir en disant que vous agissez assez, alors que les politiques et actions nécessaires ne sont en vue nulle part. Vous dites que vous nous entendez et que vous comprenez l’urgence, mais peu importe que je sois triste ou en colère, je ne veux pas croire à cela. Parce que si vous compreniez vraiment la situation, tout en continuant d’échouer à agir, c’est que vous êtes mauvais, et ça, je refuse de le croire. L’idée répandue qui consiste à diviser par deux nos émissions en dix ans ne nous laisse qu’une chance sur deux de rester sous 1,5°C d’augmentation et d’éviter des réactions en chaîne irréversibles et en dehors du contrôle humain. Une chance sur deux, cela peut vous sembler acceptable. Mais ces chiffres n’intègrent pas les points de bascule, ni la plupart des boucles de rétroaction, ni le réchauffement supplémentaire causé par la pollution atmosphérique, ou les aspects d’équité et de justice climatique. Ils comptent également sur ma génération pour extraire des centaines de milliards de tonnes de CO2 de l’air, grâce à des technologies presque inexistantes. Donc un risque de 50% n’est tout simplement pas acceptable pour nous, nous qui devrons en supporter les conséquences. Pour avoir 67% de chance de rester sous 1,5°C d’élévation de la température mondiale, les meilleures prévisions du Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Évolution du Climat (le GIEC), il restait au monde 420 gigatonnes de dioxyde de carbone à émettre au 1er janvier 2018. Aujourd’hui, ce chiffre est déjà descendu à moins de 350 gigatonnes. Comment osez-vous prétendre que cela puisse être résolu en faisant comme d’habitude, et avec quelques solutions techniques ? Avec les niveaux d’émissions actuels, le crédit CO2 restant aura disparu dans moins de huit ans et demi. Il n’y aura pas de solution ou de projet à la hauteur de ces chiffres aujourd’hui, parce que ces chiffres vous sont trop gênants, et que vous n’êtes toujours pas assez matures pour dire les choses telles qu’elles sont. Vous nous laissez tomber ! Mais les jeunes commencent à comprendre votre trahison. Les yeux de toutes les générations futures sont tournés vers vous.

Et si vous choisissez de nous laisser tomber, je dis que nous ne vous pardonnerons jamais. Nous ne vous laisserons pas vous en tirer. C’est ici et maintenant que nous fixons la limite. Le monde se réveille et le changement arrive, que cela vous plaise ou non. Merci. »

Le discours est à retrouver ici.

b. La Prophétie des grenouilles (film)

« La Prophétie des grenouilles est un film français d’animation réalisé par Jacques-Rémy Girerd et produit par le studio Folimage, sorti en 2003. Employant la technique du dessin animé, il suit l’aventure d’une famille qui, avertie par les grenouilles de l’imminence d’un nouveau Déluge, construit une arche et entreprend de sauver tous les animaux.7 »

Mots-clés : animaux, arche, Déluge, famille

Proposition d’utilisation de l’œuvre : Le film peut être visionné en classe et ouvrir la possibilité d’un travail d’écriture autour du Déluge. Des scènes du film peuvent être retranscrites à l’écrit pour en faire de nouvelles scènes de théâtre à inclure à celles de Sticky Petit-Phasme. L’enseignant·e pourra également proposer aux élèves d’écrire autour du point de vue des animaux sur la montée des eaux : quelles sont les différences entre une grenouille, un phasme ou un oiseau face à cette catastrophe ? Comment ces animaux peuvent nous rappeler du rapport au monde dévasté ? 

c. Fondre, Guillaume Poix (pièce)

« Un groupe de jeunes gens tente la traversée vers un territoire dont l’accès lui est interdit. Juchés sur des bouts de banquise, ils espèrent dériver jusqu’à la terre promise. Les bouleversements climatiques leur font côtoyer la mort à un âge où l’on découvre habituellement l’amour. »8

Mots-clés : bateau, jeunesse, migration, réfugié·es

Proposition d’utilisation de l’œuvre : la pièce de Guillaume Poix est un bon prolongement de Sticky Petit-Phasme sur la question des conséquences humaines du désastre climatique, mais aussi des risques engagés dans une traversée. Il semblerait important que ce texte, s’il est utilisé comme référence complémentaire, puisse être lu en présence d’un enseignant en histoire-géographie pour que des parallèles puissent être faits avec des situations réelles de l’histoire des XXe et XXIe siècle. 

L’enseignant·e pourra ensuite proposer aux élèves d’écrire, sous forme d’une lettre, les derniers mots laissés par les personnages de Fondre à leurs familles ou leurs ami·es avant d’embarquer sur leur bateau. 
Variante : écrire un discours sur la question de l’accueil des réfugié·es ou engager ici les protocoles proches du théâtre-forum qu’on a pu aborder sur Sticky Petit-Phasme

B. Plan de travail pluridisciplinaire en primaire

Au regard de l’écriture et des sujets abordés, il semble pertinent d’aborder un travail sur Sticky Petit-Phasme à partir du cycle 3. Les programmes pédagogiques en français pour le CM1 et le CM2 comportent l’objet d’étude « Créer, recréer le monde : récits des origines » mais aussi « Rencontrer des monstres : expérience de l’autre, expérience de soi ».

Le premier est à intéressant à connecter avec l’idée de réécriture de la Genèse et de réflexions sur les origines du nouveau monde qui suivra le Déluge de la pièce. Ce pourrait être l’occasion de confronter Sticky à d’autres récits des origines, mais aussi de proposer aux élèves un exercice d’écriture sur ce qui se passe après la pièce : à quoi ressemble ce nouveau monde où arrivent nos animaux réconcilié·es ?

L’objet d’étude suivant, peut être connecté avec le programme d’enseignement moral et civique pour le cycle 310 en se concentrant sur l’idée d’expérience de l’autre, le monstre n’étant pas forcément celui que l’on croit. L’enseignant·e donnera à chacun·e le sujet de réflexion suivant par exemple : en quoi ce qui est jugé comme « contre-nature » dans la pièce devient révélateur d’inquiétude d’une société ? 

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    L’enseignement moral et civique vise aussi une appropriation libre et éclairée par les élèves des valeurs qui fondent la République et la démocratie : le socle des valeurs communes comprend la dignité, la liberté, l’égalité - notamment entre les filles et les garçons -, la solidarité, la laïcité, l’esprit de justice, le respect et l’absence de toute forme de discrimination, c’est-à-dire les valeurs constitutionnelles de la République française, inscrites dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et dans le préambule de la Constitution de 1946.

C. Plan de séquence en collège

Le programme de 6e en français comporte les deux objets d’études du cycle 3 que nous avons évoqué précédemment : « Créer, recréer le monde : récits des origines » et « Rencontrer des monstres : expérience de l’autre, expérience de soi ». On pourra donc faire les mêmes travaux et recherches que ceux suggérés pour le CM1 et le CM2.

À noter également que le programme d’enseignement moral et civique pour le collège propose comme thématiques « […] solidarité, égalité entre femmes et hommes, refus de toutes les discriminations ; respect de la dignité humaine […] » qui peuvent être mis en résonance avec les sujets abordés par la pièce. 

En histoire, pour la classe de 6e, on trouve le volet « La longue histoire de l’humanité et des migrations » qui peut servir de pont avec l’idée de récit des origines d’une part, mais aussi avec les questions d’acceptation de tous·tes, notamment au regard du parcours migratoire. 

Pour la classe de 5e, en français, le volet « Éprouver, expérimenter : la découverte de soi, d’autrui et du monde » est un champ dans lequel un travail sur la pièce peut pleinement s’insérer, notamment toujours en liant la découverte de soi de Sticky à l’aune de ce que les autres passager·es ont à lui apprendre sur leurs modèles. 

Pour la classe de 4e, toujours en français, on trouve « Rêver, délibérer, développer son jugement : en quête de valeurs et de vérité » qui permet le même type de travail. 

À noter également qu’en 4e, le programme de géographie aborde le thème des mobilités humaines transnationales et donc la question des migrations. Ce pourrait être un pont à faire avec le travail sur le texte. 

Enfin, pour la classe de 3e en français « S’affirmer, s’émanciper : l’engagement humaniste » permettant de se concentrer notamment sur la manière dont le personnage de Sticky va évoluer tout au long de la pièce jusqu’à sa capacité à avoir confiance en ce qu’il est et à inspirer les autres.

V. Environnement artistique de la pièce

Questionnaire de Proust de Laurence Sendrowicz, traductrice

Quels sont vos auteur·rices préféré·es ? 
Honoré de Balzac, Emmanuel Carrère, Albert Cohen, Jonathan Franzen, Victor Hugo, Maylis de Kerangal, Colum McCann, Diane Meur, mais il y en a tellement d’autres !

Vos héros/héroïnes de fiction ? 
Mangeclous, du roman éponyme d’Albert Cohen

Quelle musique écoutez-vous ? 
Barbara, Jacques Brel, Slimane, Sting. En classique, Bach, Mozart.

Quelle musique écoutiez-vous au moment de traduire le texte ? Ou bien travaillez-vous dans le silence ? 
Je travaille en silence.

Quels sont vos peintres, plasticien·nes, œuvres plastiques, tableaux préférés ?
Karel Appel, Georg Bazelitz, Emil Nolde, Egon Schiele, d’une manière générale, les expressionnistes. Et Camille Claudel, Käthe Kolwitz, Auguste Rodin.

Vos films/cinéastes préférés ?
Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, Chacun cherche son chat de Cédric Klapisch, Intérieurs de Woody Allen.
Woody Allen, Francis Ford Coppola, Jean-Pierre et Luc Dardenne, Cédric Klapisch, Martin Scorsese, Steven Spielberg.

Vos acteur·rices préféré·es ?
Isabelle Adjani, Kate Blanchett, Robert de Niro, Isabelle Huppert, Vincent Macaigne, Denis Podalydès.

Qu’aimez-vous voir sur scène ou au cinéma ?
Des histoires humaines. 

Une œuvre qui vous aurait particulièrement marqué ?
Apeirogon, un roman de Colum McCann.

Pourquoi ?
C’est une œuvre qui arrive à cerner de manière incroyable la réalité de ce qui se joue au Moyen-Orient entre Israël et la Palestine, qui élargit la focale et reste à hauteur d’hommes, de ceux qui essaient de surmonter la haine et la bêtise. Et il y a un funambule… 

 

Environnement de l’écriture

L’endroit où vous traduisez en général ?
Toujours à mon bureau. 

L’endroit où vous avez traduit ce texte précis ?
Assise à mon bureau.

Les objets qui vous entouraient alors ?
Écran, ordinateur, feuilles, stylo, gourde, tasse de café…

Sur quel support écrivez-vous ?
Ordinateur.

Le moment de la journée où vous traduisez ?
Plutôt l’après-midi. Je garde le matin pour écrire.

 

Inspirations, secrets, pensées

Des sons, odeurs, couleurs qui vous sont chers ?
L’odeur des jacinthes en fleur, j’en achète toujours dès le début de l’hiver et jusqu’à la fin de la saison. Sinon, j’aime le silence et je n’ai pas de couleur privilégiée, même si j’aime m’habiller en noir.

Votre occupation favorite ?
Lire. Jouer (à des jeux, sur scène). 

Quels sont les objets dont vous ne vous sépareriez pour rien au monde ?
Une feuille, un crayon, un livre.

Votre idée du bonheur ?
Être avec ceux que j’aime

Quel serait votre plus grand malheur ?
Perdre ceux que j’aime.

Ce que vous voudriez être ?
Médecin (mais j’en suis bien incapable).

Le lieu où vous désireriez vivre ?
Paris.

Les 10 mots qui vous accompagnent ?
Fidélité / Étonnement / Espoir / Nostalgie / Casse-couilles / Peut-être / Vraiment ? / Angoisse / Rire / Merde.

Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?
Grande inquiétude, aujourd’hui, hier et… certainement demain.

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