éditions Théâtrales Jeunesse

La Petite Danube

de Jean-Pierre Cannet

Carnet artistique et pédagogique

On choisira la voix portée de l’enseignant (ou animateur ou metteur en scène), installant une solennité sans affectation, pour lire debout la page de couverture, la citation en exergue et la page 8 puis le début de la page 9 avant la prise de parole d’Anna.
Après avoir sollicité l’imaginaire et émis les premières hypothèses quant au sujet du texte, on consacrera un temps au commentaire de la citation d’Yves Bonnefoy et des trois didascalies d’entrée.

La première didascalie, fictionnelle, dessine un lieu imprécis avant tout poétique. Pas de mention de pays ou de ville ; seule mention précise « les Carpates » encore cette mention géographique est-elle, pour le lecteur adulte, surtout porteuse d’une mythologie historico-littéraire vague ; quant au jeune lecteur, cette mention lui apparaîtra inconnue et mystérieuse, voire bizarre dans sa sonorité. Même imprécision pour l’époque. Il est question de guerre mais laquelle ? Seule la mention de la chemise de déporté dans la liste des personnages oriente vers la seconde guerre mondiale. Ici le temps aussi est indéfini « une éternité d’enfance et de guerre ».

La deuxième didascalie, fonctionnelle, scénique, qui suit la liste des personnages confirme l’enfance comme élément capital du texte et la volonté de l’auteur que la mise en scène et le jeu se dégagent du réalisme au profit de l’imaginaire et du grossissement, exprimés avec insistance par trois mots : « démesure, fantasque, expressionnisme ». Ce dernier méritera un premier éclairage. On remarquera que cette didascalie pour la scène peut aussi être un mode de lecture.
La troisième qui ouvre le texte confirme que Jean-Pierre Cannet cherche essentiellement à créer une atmosphère et à le faire en poète, avec la force évocatrice de la métaphore « Par un temps de rouille » et ses halos de sens : temps atmosphérique pluvieux, malsain, époque de délabrement physique et moral ; avec ses échos : la rouille métallique se prolongeant dans la voie ferrée attachée à l’imaginaire des trains. Et à nouveau le contraste entre dureté et douceur, rencontré précédemment dans le vers d’Yves Bonnefoy, entre le bruit métallique du passage des trains et la voix unique du violon. Didascalie ici fictionnelle et fonctionnelle à la fois.
On en conclura que l’enjeu pour l’auteur ne semble pas être la peinture réaliste de la guerre 1939-1945 mais son évocation à travers la vision forte, « expressionniste » qu’en a gardé une enfant.

Écriture – réécriture de didascalies

  • Fournir aux élèves quelques didascalies de lieu et / ou de temps réalistes, tirées de pièces classiques ; leur demander de les récrire, à la manière de Jean-Pierre Cannet, pour créer une atmosphère.
  • Travail à mener en cours : 1. Choisir un lieu que l’on connaît, le décrire au présent, dans les moindres détails, sans laisser la moindre chose, pendant 10 mn. Accompagner l’écriture en demandant que la main ne s’arrête jamais et qu’on ne lève pas le nez de la feuille, pousser à aller jusqu’au bout du temps imparti. 2. Lectures par chaque auteur de cinq ou six descriptions. Après chacune, sélectionner avec la classe, la ou les deux phrases qui à elle seule donnerait de manière forte et théâtrale l’image du lieu. Demander aux élèves qui n’ont pas été entendus de faire la même chose sur leur texte. 3. Lecture du florilège de didascalies. (Exercice librement emprunté à l’écrivain Sylvain Levey)

Première séquence

On s’engagera alors dans la découverte du texte. Le choix de la méthode de lecture pour un texte théâtral, n’est pas anodin et dépend de la dramaturgie, de l’écriture et de la langue de l’auteur, qu’il s’agit de faire percevoir, avant même qu’elles n’aient été identifiées et nommées.
Dans le cas de cette première séquence de La Petite Danube, il semblerait judicieux de passer par une oralisation.

  • L’adulte lira les répliques d’Anna pour donner le La, « faire chanter la langue » (il lira également : 1, la liste des personnages et la didascalie)
  • Les jeunes liront les 24 répliques du Père, de la Mère et des voix. Parce qu’ils y seront plus à l’aise mais surtout parce que, dans leur bouche, le langage trivial et la rusticité du père leur sauteront davantage aux yeux.

Pour cette première lecture, on ne se souciera pas du respect des personnages homme - femme : on annoncera le nom à chaque réplique. L’idéal serait que le groupe, y compris l’adulte, forme un cercle (à défaut mais à regret… des tables poussées sur le côté, le cercle pourra être formé autour) et que hormis pour Anna, la parole passe de l’un à l’autre, à chaque changement de réplique.
Si l’on ne pouvait procéder ainsi, alors sans doute serait-il préférable que le professeur assume seul toute cette première découverte (la lecture à la table de classe, risquerait d’être sous-investie et d’« aplatir » le texte.)
Pour les consignes de lecture voir oralisation.
On n’hésitera pas à reprendre cette lecture pour, une fois effacée la timidité, obtenir une plus grande présence du texte.