C. Le théâtre-forum au service de l’acceptation

Pour cette ultime proposition de mise en jeu de la pièce, on fera le choix de s’éloigner du texte de la pièce et d’utiliser plutôt le fonds de ce qui est raconté au service du message d’acceptation d’autrui. 

Les campagnes de prévention contre le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, l’homophobie, la transphobie, le sexisme ou le validisme sont bien engagées au sein des écoles primaires et des collèges, et existent sous diverses formes (affichage, de journées de sensibilisationrencontres ponctuelles avec le monde associatif). Le théâtre peut prendre le relai, notamment en s’appuyant sur des textes comme Sticky Petit-Phasme qui, tout en nous racontant une histoire renvoyant à l’imaginaire populaire, dispense des messages de tolérance et d’acceptation. Sticky n’est pas le seul à être en danger sur l’arche puisque la plupart des animaux qu’il croise lors de sa fuite auraient de bonnes raisons d’avoir peur de finir à la mer. L’épilogue de la pièce voit d’ailleurs chacun·e des protagonistes prendre sa part dans le destin de Sticky en sautant à l’eau… alors même que la mer se retire et que tout le monde, ensemble, chante le retour à la normale, mais aussi la liberté d’aimer « quoi ou qui » (pp. 75-76).

L’enseignant·e pourra proposer de réfléchir aux thématiques liées à la différence dans la pièce, non plus sous forme de débat mais par le truchement d’une forme allégée du théâtre-forum, une activité collective de résolution de problème. Elle vise généralement à explorer par le théâtre, les différents aspects d’un problème ou d’un conflit et les différents moyens d’aboutir à sa résolution. « Il s’agit de dénoncer et de mettre en scène des situations d’injustice, pour aider les communautés qui en sont victimes à reprendre leur destinée en main. »6 

Prenant le rôle de l’animateur·rice, l’enseignant·e proposera de transformer chaque scène de rencontre en scènes de la vie quotidienne, où les élèves se retrouveraient confrontés à la différence, et qui généreraient un conflit. Prenons par exemple la scène entre Sticky, Boogy et Booga : 

  1. Les élèves proposent une transcription de la scène dans la vie réelle : « En sortant du collège, nous tombons sur les deux mamans de notre camarade de classe. Nous sommes gêné·es car c’est la première fois que nous voyons un couple de femmes lesbiennes. »
  2. La scène est jouée par un groupe d’élèves volontaires.
  3. Le public est invité à réagir et à proposer une solution pour défaire le conflit de la scène, non pas en parlant mais en prenant la place des acteur·rices. Il s’agira ici notamment d’avoir une attention portée aux questions de citoyenneté et de tolérance. Un·e professeur·e d’enseignement civique et moral peut être présent·e pour apporter son expertise. La scène est rejouée avec le conflit désamorcé : « En sortant du collège, nous tombons sur les deux mamans de notre camarade de classe. Nous sommes gêné·es car c’est la première fois que nous voyons un couple de femmes lesbiennes. Nous comprenons que notre camarade est heureuse et que sa famille l’est aussi. Nous comprenons le danger de juger sans chercher à comprendre. »
  4. Le public peut réagir autant de fois que nécessaire et la scène peut être rejouée autant de fois qu’il le fait jusqu’à ce que le conflit ait été parfaitement éteint. 

L’enseignant·e pourra évidemment proposer de s’appuyer sur la pièce et la construction des différentes scènes. Iel pourra également amener à réfléchir sur d’autres thématiques qui n’apparaitrait pas dans la pièce : le handicap, les identités trans, le racisme etc. Ces thématiques seront à penser en lien avec les élèves et le territoire dans lequel le travail s’insère : il est primordial de prévenir les violences et d’éviter, comme dans la pièce, que quelqu’un·e finisse jeter à la mer parce qu’iel ne correspond pas à une attente du monde. 

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