éditions Théâtrales Jeunesse

Belle des eaux

de Bruno Castan

Carnet artistique et pédagogique

Vincent Morieux, metteur en scène de la compagnie Didascalie basée en Seine-et-Marne, a recréé Belle des eaux en 2009 (tournée en 2010). À sa demande, Bruno Castan a réécrit certaines parties du texte, tout en conservant l’essentiel de la pièce, afin que la compagnie puisse jouer le spectacle à deux acteurs (Pauline Belle et Vincent Morieux). En voix off, Bruno Castan lisait les didascalies et le paratexte. Vous trouverez davantage d’informations et de documents sur le site de la compagnie : Didascalie.

La barque sur l'espace scénique
Belle, le Père et les autres personnages figurés par des ballons
Le Pêcheur et la jeune fille
Belle et son Père
Dans la lagune...
Vous m'aimez, je vous aime, je vous offre mon royaume !

Dans le texte suivant, Bruno Castan explique comment il a procédé dans sa « réduction » du texte pour deux comédiens.

Jouer Belle des eaux à deux comédiens : une « réduction »

Vincent Morieux, metteur en scène de la compagnie Didascalie, me demande de reprendre le texte de Belle des eaux, de le remanier afin qu’il puisse être joué par deux comédiens.

Je connais Vincent depuis vingt-cinq ans, nous avons travaillé ensemble sur une dizaine de spectacles, une complicité artistique et une grande confiance mutuelle nous réunissent. Vincent connaît bien mes textes, il en a joué la plupart, m’a souvent assisté dans leur mise en scène.

La surprise n’en est pas moins de taille. Belle des eaux est un texte que j’aime, Vincent aussi. Il est en fait particulièrement sensible à ce qui constitue le cœur du texte : les sept dialogues entre Belle et La Bête, qui rendent compte, par de minuscules glissements de langage, par des réactions non exprimées et pourtant lisibles, avec des répétitions nuancées de variantes minimes, par des silences, des éclats, qui rendent compte, donc, du glissement des personnages de l’effroi face à l’autre absolument autre à un trop-plein de sentiments qui va bien devoir éclater…

Mais un comédien et une comédienne pour ces onze personnages !

Il y a bien évidemment à cette curieuse « commande », entre autres raisons, une raison purement matérielle, économique.
Le pari est risqué, mais plutôt excitant. Nous nous y collons…

Vincent jouera. Il est très clair pour lui, pour nous, qu’il jouera « en direct » Cornélis, le père, ainsi que la Bête (bien que passionnant comme parti – chic, chic ! L’inceste pointe son nez… – ce n’en est pas moins déjà risqué). La (jeune) comédienne jouera « en direct » Belle. Vincent, qui assurera aussi la mise en scène, aura donc à inventer de quelle façon, grâce à quel mode de jeu, les deux interprètes sur le plateau prendront en charge également les autres personnages, ceux qui demeureront en tout cas indispensables au bon déroulement de l’histoire, car des coupes sont immédiatement envisagées.

En fait, ne sera supprimé que le personnage du frère de Belle, Béranger.
Et encore sera-t-il remplacé (seulement pour une scène importante de basculement de l’intrigue) par un préposé aux postes et télécommunications incongru mais crédible.
Quant au personnage de la fée, il pourra sans doute n’être que cité quand nécessaire.
Le capitaine Johannes Jorgensen demeure assez « extérieur » pour être conservé à peu près tel quel.

Le plus difficile consistera (sans altérer ou le moins possible la qualité du texte et la nature de la pièce, Vincent y tient absolument, l’auteur aussi, cela va de soi) à alléger les épanchements divers des personnages devenus seconds, pour que les deux interprètes puissent les faire vivre sans avoir à « investir la même somme d’énergie sensible » que dans les personnages premiers qu’ils joueront « en direct ».
La chose est délicate.

Assez simple pour Bernardine, alias Augusta, elle se complique singulièrement pour le personnage de Mariette, dont la contribution au monde aquatique inconscient est majeure dans la pièce…

Coupes exécutées (elles seront affinées au cours des répétitions), s’impose comme une évidence une hypothèse vaguement évoquée au cours des premières séances de travail entre Vincent et moi : il y aura une voix off, une voix didascalique enregistrée qui liera ce tout pas mal bouleversé…

Un gros travail tout à fait nouveau pour l’auteur consiste alors, avec l’aide du metteur en scène, à choisir, trier, parfois étoffer et réécrire les didascalies qui seront injectées dans le spectacle par cette voix off.
Ultime coquetterie, à la demande expresse du metteur en scène, c’est l’auteur qui enregistrera la voix off, qui lui prêtera sa voix, ainsi présente « directement » dans le spectacle.

Ainsi fut-il fait, et Belle des eaux à deux comédiens devint Belle des eaux à deux comédiens et une voix off.

L’histoire des répétitions, et des premières représentations, confirmera cette évidence de la voix off, qui intervient, avec son point de vue, dans l’action, pousse, tire, accélère, freine, rythme celle-ci, et la rend tout à fait fluide, dans une grande économie d’effets et de technique.

L’équilibre musical de la pièce en est radicalement bouleversé, au profit d’une autre structure musicale finalement tout aussi pertinente, et tout à fait harmonieusement servie.

B.C.