éditions Théâtrales Jeunesse

L’Ogrelet

de Suzanne Lebeau

Carnet artistique et pédagogique


Texte sélectionné par l’Éducation nationale, liste de « Lectures pour les collégiens » 2013.
Suzanne Lebeau reçoit le prix de la Belle Saison en 2015 pour l’ensemble de son œuvre.

Carnet pédagogique rédigé par Annie Quenet, professeur de français retraitée.
Recherches documentaires : Audrey Liébot.
Rédaction en 2010, dernière mise à jour en 2017.

Le texte

L’Ogrelet vit seul avec sa mère dans une maison au cœur d’une forêt dense, en retrait de la communauté villageoise. Le jour où il commence à fréquenter l’école et les autres enfants, il découvre sa différence : il est le fils d’un ogre que sa mère a passionnément aimé. Pour se délivrer de son attirance irrépressible pour le sang frais, il devra affronter trois épreuves dont il sortira grandi. Un récit noir et tendre de Suzanne Lebeau qui nous réconcilie avec notre part d’ombre.

L’auteur

Née en 1948 au Québec Suzanne Lebeau se destine d’abord à une carrière d’actrice. Mais après avoir fondé le Carrousel avec Gervais Gaudreault en 1975, elle délaisse peu à peu l’interprétation pour se consacrer exclusivement à l’écriture. Aujourd’hui, l’autrice a vingt-sept pièces originales, trois adaptations et plusieurs traductions à son actif et est reconnue internationalement comme l’un des chefs de file de la dramaturgie pour jeunes publics. Avec plus de cent trente productions répertoriées, elle compte parmi les auteurs québécois les plus joués sur tous les continents.

Puisant son inspiration à de multiples sources (contes, mondes imaginaires, histoires vraies, actualité, voyages), elle aborde sans aucune auto-censure les sujets les plus variés (l’éducation, les enfants soldats, l’inceste, la pédagogie, le handicap, les rapports Nord-Sud…), cherchant, par une écriture du sensible et du vrai, à provoquer chez le spectateur une prise de conscience.

Ses œuvres sont publiées de par le monde et traduites en seize langues : notamment Une lune entre deux maisons, la première pièce canadienne écrite spécifiquement pour la petite enfance, L’Ogrelet et Le bruit des os qui craquent, traduites respectivement en six, neuf et trois langues. En 2014 paraît Chaîne de montage, le premier texte qu’elle adresse spécifiquement au public adulte.

La contribution exceptionnelle de Suzanne Lebeau à l’épanouissement de la dramaturgie pour jeunes publics lui a valu de nombreux prix et distinctions, dont le prix littéraire du Gouverneur général 2009, catégorie théâtre, le prix des Journées de Lyon des auteurs de théâtre 2007, le prix du public du bureau des lecteurs de la Comédie-Française 2008, le prix Sony-Labou-Tansi des lycéens 2009, le prix Collidram 2010 pour Le bruit des os qui craquent, une pièce créée par le Carrousel et le Théâtre d’Aujourd’hui en 2009 et de nouveau portée à la scène par la Comédie-Française en 2010, le Prix du gouverneur général pour les arts du spectacle (réalisation artistique - théâtre) en 2016.

Dès 1998, l’Assemblée internationale des parlementaires de langue française lui décerne le grade de chevalier de l’Ordre de la Pléiade pour l’ensemble de son œuvre et, en 2010, le gouvernement du Québec lui remet le prix Athanase-David, la plus prestigieuse récompense de carrière offerte à un écrivain québécois. En 2015, elle a reçu, avec Sylvain Levey, le premier Prix de la Belle Saison, attribué par le Centre National du Théâtre.

JPEG - 67.6 ko
© François-Xavier Gaudreault

Suzanne Lebeau est une conteuse d’histoire, conteuse dont on entend la voix derrière les mots. Des mots à la fois simples et riches, sonores et sensuels. La vie vibre sous sa phrase. Suzanne Lebeau revendique de parler aux enfants : des beautés de la vie, de l’amour entre les êtres et des cruautés du monde, des hommes, parfois. Quand on demande à Suzanne Lebeau qui dit aimer le récit, pourquoi elle n’écrit pas de romans, elle répond : « Le théâtre est le seul art où l’on part de l’intime puis qui s’ouvre comme un entonnoir. L’intime rejoint un groupe qui s’en empare, ce groupe s’élargit à l’espace social du public et là il rejoint le plus intime du spectateur. Le roman va direct de l’intime à l’intime, le théâtre passe par un espace social et c’est ce que j’aime dans le théâtre ».

Suzanne Lebeau n’hésite pas à formuler, même en direction des tout-petits (Une lune entre deux maisons, éditions Théâtrales, 2006) les questions les plus difficiles à aborder, qu’elles soient la résultante d’un contexte traumatique ou renvoient à la difficulté de cheminer dans l’existence. Son écriture est reconnaissable à quelques caractéristiques révélées par Marie Bernanoce dans À la découverte de cent et une pièces (éditions Théâtrales-CRDP de l’académie de Grenoble, 2006) : des « fables simples mais non simplistes », un « goût pour le jeu dans le jeu, avec effets de récit », une « langue claire et accessible mais non dénuée de poésie, du fait de son ancrage dans l’imaginaire enfantin ».

Son travail d’écriture repose sur un effort incessant de rencontres, d’échanges, d’accumulations de documents et d’informations qu’elle consigne dans divers cahiers de notes qui deviennent sa « nourriture ». Une « digestion » est alors nécessaire afin d’oublier le travail de recherche. Puis, « faire le vide » pour « laisser jaillir l’inconscient ou la mémoire qui s’est déposée en elle ». Ainsi, « laisser surgir l’écriture du silence » (Suzanne Lebeau, Itinéraires d’auteurs p. 51). D’après Yvon Perrier, coordinateur des communications au sein du Carrousel.

Extrait d’un article d’Annie Quenet, « Suzanne Lebeau, l’humaine humanité », revue Griffon, mai-juin 2009.

Vous trouverez d’autres informations sur le site de l’autrice :<https://suzannelebeau.wordpress.com/>

Le carnet

Plusieurs titres de Suzanne Lebeau figurent dans la « Liste de référence des œuvres de littérature de jeunesse pour le cycle 3 ». L’Ogrelet pourra lui-aussi être abordé en CM1-CM2. Il correspond également aux objectifs de lecture intégrale de 6e et 5e. Il sera abordé ici pour ces deux niveaux, sans distinction. Chaque enseignant sera à même d’adapter les propositions à sa classe. L’Ogrelet, en emmenant le lecteur dans les allées profondes et parfois troublantes du conte, s’adresse à sa part intime. Son écriture conjugue plusieurs formes théâtrales et une narration qui s’appuie sur le non-dit. C’est pourquoi l’on a choisi d’organiser cette lecture intégrale en deux parties : une lecture détaillée du début (scènes 1 à 5) pour laquelle nous proposons un ensemble de pistes précises qui éveillera l’intérêt des élèves et leur donnera une grille de lecture. Puis des propositions de mise en voix et de mise en jeu ; une lecture cursive solitaire (scènes 6 à 11), que le travail précédent devrait avoir motivée et pour laquelle nous suggérons une liste de travaux de synthèse.
En annexe, un plan de travail pluridisciplinaire pour le cycle 3 et un plan de séquence de français pour 6 e, 5e.