éditions Théâtrales Jeunesse

Ravie

de Sandrine Roche

Carnet artistique et pédagogique

Loup, y es-tu ?

Depuis toujours, le vilain grand méchant loup fait frissonner les enfants. Il est désormais réhabilité et les loups maladroits, peureux ou rigolos sont devenus très nombreux dans les productions littéraires actuelles. Sandrine Roche a choisi d’en faire un héros invisible, un personnage que l’on redoute, mais qui attire malgré tout. Observons de plus près ce que l’on dit de ce loup.

Monsieur Seguin (p. 20) :

« C’est noir, c’est méchant, c’est moche, et ça me bouffe mes chèvres comme du petit lait ! »

Le chœur des chèvres (p. 25) :

« Le loup, il est beau, très beau, c’est vrai.
C’est à ça qu’on le reconnaît.
Tu le reconnaîtras, c’est sûr.
Tu ne peux pas te tromper, beau comme il est.
Y en a pas deux. »

Le chœur des chèvres et Monsieur Seguin ont-ils la même vision du loup ? Sur quelle facette du loup les chèvres s’attardent-elles ?

Il existe beaucoup d’expressions populaires qui emploient le mot « loup ». Il serait intéressant de les recueillir et d’en chercher les origines et le sens.
En voici quelques-unes, mais les élèves pourront en chercher d’autres moins connues.

  • Avoir une faim de loup
  • Un vieux loup de mer
  • Un froid de loup
  • À pas de loup
  • Entre chien et loup
  • Être connu comme le loup blanc
  • Se jeter dans la gueule du loup

Des représentations du loup au fil du temps

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Le Loup devenu berger, J.J. Grandville
Gravure de Grandville pour l’illustration des « Fables » de La Fontaine (1838-1840)
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Le Petit chaperon rouge, Gustave Doré
Gravure de Gustave Doré pour l’illustration du conte de Charles Perrault (1867)

Dans votre panel de loups, vous pourrez ajouter des représentations plus actuelles et ludiques comme celle de Mario Ramos dans C’est moi le plus fort, celle d’Eléonore Thuillier dans son œuvre jeunesse ou encore le loup de Tex Avery.

En observant toutes ces représentations de loup, on peut aborder le thème de l’anthropomorphisme.

  • En quoi ces loups ressemblent-ils à des humains ?
  • Lesquels d’entre eux vous paraissent les plus réalistes ? Les plus féroces ?
  • Pourriez-vous imaginer ce que ressent chacun de ces loups ?

Il sera aussi possible de décliner cette dernière question sous forme d’un petit atelier d’écriture invitant les élèves à écrire le monologue intérieur d’un des loups représentés ci-dessus. Cela peut aussi faire l’objet d’un atelier oral. Voici un extrait de La Chèvre de Monsieur Seguin d’Alphonse Daudet, que vous pourrez lire en préambule pour éclairer la consigne. Il s’agit d’un monologue intérieur de la chèvre, pouvant donner des pistes de réflexion dans le cas des loups.

« Un jour, elle se dit en regardant la montagne : Comme on doit être bien là-haut ! Quel plaisir de gambader dans la bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou !... C’est bon pour l’âne ou pour le bœuf de brouter dans un clos !... Les chèvres, il leur faut du large. »

Blanquette, l’adolescence et le chœur des chèvres

La dernière chèvre de Monsieur Seguin n’a pas peur. Et comme les adolescents, elle a envie de se forger une vie à elle, loin de ce que le brave papa Seguin a prévu et sans écouter les grandes sœurs fantômes. Elle est assez rock n’roll cette chevrette pas si proprette. On peut repérer dans le texte son insolence toute juvénile :

« Bon, moi, je suis vraiment crevée, alors excusez-moi mais je vais dormir maintenant. La montagne, on verra demain… » (p. 18)

« Vous voulez pas aller discuter ailleurs ? je suis sûre qu’il y a plein d’autres chèvres qui voudraient profiter de votre expérience… » (p. 25)

« C’est trop petit chez toi, trop petit, Seguin, mon brrrrrrrrrrrrrave, tu comprends ? » (p. 50)

Sur la base de ces citations et d’autres que pourront choisir les élèves, seul·es ou en groupe, quelques pistes pour un atelier d’écriture, ou pour une réflexion commune, en classe entière :

  • Qu’a vécu Blanquette avant d’arriver chez monsieur Seguin ?
  • Écrire un petit dialogue entre le loup et Blanquette lors de leur rencontre.
  • Et si le loup ne mangeait pas Blanquette, quelle autre fin serait possible ?

Les six chèvres viennent hanter Blanquette la nuit. Ce sont les anciennes chèvres de Monsieur Seguin que le loup a croquées une par une, qui viennent avertir la chèvre des dangers qui la guettent. Pour commencer, vous pourrez vous pencher sur leurs noms (Saanen, Renaude la poitevine, Kiko, Tennessee, Mohair et Toggenburg, dite Rosa). Énigmatiques, leurs noms auraient-ils une signification particulière ? Après une réflexion collective, les élèves pourront effectuer une recherche sur Internet pour vérifier leurs hypothèses.

Le surnom de Toggenburgh est Rosa, il s’agit là d’un clin d’œil à Rosa Luxemburg, célèbre révolutionnaire allemande. Sandrine Roche l’a d’ailleurs citée en épigraphe (phrase en prose ou en vers, placée en tête d’un livre) :

« La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement »

L’attitude du chœur des chèvres est ambivalente ; parfois il cherche à faire peur à Blanquette, (p. 15) :

« Ce qu’on va te raconter, ma blanquiquinette, c’est pas joli-joli.
Attends-toi à frémir.
T’es là toute tranquille, tu te doutes de rien…
Tu crois que tout va bien…
Mais les ennuis commencent, ma belle !
Ne font que commencer ! »

Parfois il se moque d’elle, la pousse à transgresser les interdits posés par Seguin, (p. 26) :

« Les fesses plantées dans le gazon, c’est sûr, t’attraperas pas un rhume !
Bouge pas, t’as raison, le monde est vaste, mieux vaut rester collée à ton piquet !
Ma petite blanquette de veau !
Ah ! ah ! elle est bien bonne !
Y a qu’un veau pour accepter un truc pareil…
Seguin l’a eue celle-là, bougera pas son popotin. »

C’est aussi le chœur qui apporte tout l’humour au texte. Elles ne se laissent pas abattre ces chèvres de l’au-delà et on perçoit clairement que l’autrice a voulu les rendre plus vivantes que jamais, heureuses de leurs choix, mutines. En analysant de plus près leur parole, vous pourrez interroger les élèves sur les registres de langage.

Comment parle le chœur des chèvres ? S’agit-il d’un langage soutenu ? familier ?
Rechercher dans le texte les mots ou expressions familières : « c’est pas joli-joli », « les fesses plantées », « bouge pas », « popotin », etc.

On constate aussi que l’autrice a enlevé les négations.

  • Pourquoi ?
  • Qu’est-ce que cela produit sur le texte ?

Une autre piste s’offre à vous : le chœur dans la tradition théâtrale. En effet, le chœur dans Ravie s’inspire de cet héritage qui remonte à la Grèce antique. À cette époque, le chœur commentait les actions scéniques en déclamant, chantant ou dansant. Il peut être intéressant de chercher des images de chœurs pour confronter les élèves à une diversité de traitements (les chœurs masqués des tragédies antiques, le chœur de Nabucco, les danseurs dans West Side Story, etc.).

Seguin, le propriétaire

Sandrine Roche parle de son personnage comme d’une « mamma italienne ». Surprotecteur et possessif, Seguin a peur de perdre sa toute dernière chèvre, qu’il aime avec une grande tendresse. Comment lui parle-t-il ? Par quels mots définit-il Blanquette ? cf. pp. 9-13/18-19/38-40

Plus tard, lorsqu’il comprendra que Blanquette, elle aussi veut le quitter, il tentera vainement de la retenir (cf. pp. 44/45/46).

  • Quels sont ses arguments ?
  • Que décide-t-il de faire ?
  • Est-il toujours aussi rassurant ?

Le chœur des chèvres déclare que ce qu’il faudrait à Seguin, c’est une Seguine. Est-ce un mot du dictionnaire ? Que veulent-elles dire par là ?

La montagne, une autre héroïne

C’est elle qui est source de ravissement. Elle attire et effraie à la fois. Lorsqu’une chèvre décide de gravir la montagne, aucun retour n’est envisageable. C’est le lieu du plaisir, de l’ivresse, de la séduction, de l’inconnu et de la peur. Pour Blanquette, l’ado éprise de liberté, la tentation ne peut qu’être irrésistible. Les élèves pourront partir en quête des mots qu’emploie chaque protagoniste pour parler d’elle.

Pour Seguin, la montagne c’est, (p. 33) :

« … C’est dangereux
la montagne
avec le vent.
Le vent frais c’est bon pour attraper un rhume, une bronchite, une infection des poumons. »

Pour le chœur des chèvres, (p. 36) :

« La montagne, c’est bien mais il faut être préparé.
Savoir où on met les pieds, quoi…
Sinon, ça peut faire très mal !
Très mal !
Oui. »

Et Blanquette, lorsqu’elle découvre la montagne, s’écrie, (p. 53) :

« J’arrive au sommet du monde, sur le toit de l’univers, vous me voyez ? »

En s’appuyant sur différentes représentations picturales de la montagne, vous pourrez aussi proposer quelques pistes d’analyse.

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Les Petites Montagnes, Mauresques, Henri-Edmond Cross
Les Petites Montagnes, Mauresques, peinture à l’huile d’Henri-Edmond Cross (1909)
  • Dans laquelle de ces montagnes imagineriez-vous Blanquette ? Pourquoi ?
  • Quels sont les tableaux qui vous semblent les plus réalistes ?
  • Où s’est placé le peintre pour exécuter son tableau ? Au cœur de la montagne ? devant ? à un autre endroit ?
  • Quelles sont les couleurs dominantes ? Qu’apportent-elles ? (sensations de sécheresse, de fraîcheur, de lumière, de fin de journée ?)
  • Reconnaissez-vous certaines techniques picturales ?

Vous pourrez ajouter d’autres tableaux :

  • Paysage des Dolomites de Kokoschka
  • Une estampe d’Hokusaï sur le mont Fuji-Yama
  • Montagnes à Collioure de Derain
  • Champ de blé sur fond de montagnes de Van Gogh
  • Paysage avec source de Courbet
  • Rochers à l’Estaque de Renoir

Un travail similaire pourra être proposé en écoutant des extraits musicaux en lien avec la montagne :

  • Ce qu’on entend sur la montagne de Franz Liszt
  • Symphonie Alpestre de Richard Strauss
  • Une nuit sur le mont Chauve de Modeste Moussorgski (poème symphonique)