éditions Théâtrales

Édition papier (2010) 11,00 € acheter chez nos libraires
fiche modifiée le 25/04/2017

La Onzième Capitale

Texte original en anglais traduit en français par

Cette Onzième Capitale est étrange, oppressante, mystérieuse. Six tableaux se succèdent au sein desquels la jeune dramaturge anglaise Alexandra Wood tisse des liens mystérieux.

Dans un pays jamais nommé – sans doute la Birmanie – des duos de personnages évoluent dans une méfiance qui n’a d’égale que la paranoïa qui se dégage de leurs échanges. Peut-on faire confiance à l’amie, au voisin, dans l’atmosphère étouffante de cette nation qui construit sa nouvelle capitale dans un coin reculé du pays ? Le Pouvoir, castrateur et omniprésent, contamine les relations humaines qui deviennent fausses, graves et violentes.

Avec une étonnante maîtrise dramaturgique, l’auteur parvient à créer un univers haletant qui tient le lecteur de bout en bout. Et qui offrira aux acteurs un espace de jeu multiple et vivifiant.

Dans la presse
En 2005, en Birmanie, la junte militaire décide de déplacer la capitale du pays de Rangoun à Pyinmana, rebaptisée Naypyidaw. Cette petite ville complètement isolée au centre du territoire et construite à partir de rien devient en un jour la onzième capitale d’un pays qui manifestement se plaît à en créer plusieurs. Calquée sur l’ancienne coutume selon laquelle les nouveaux rois construisaient une nouvelle capitale ou influencée par les astrologues qui conseillent la junte birmane (puisque le déménagement vers la nouvelle capitale s’est fait à une heure précise déterminée par le calendrier lunaire), la décision, fantaisiste et démentielle, entraîne une série de conséquences assez hallucinantes dans la vie des centaines de fonctionnaires, contraints à plier bagage en un week-end… Au temps des événements Alexandra Wood a vingt-trois ans. Elle fait de ceux-ci la référence en creux de sa première pièce professionnellement produite en 2007 par le Royal Court Theatre à l’occasion du Young Writers Festival et couronnée dans la foulée par le prestigieux Prix George-Devine du jeune dramaturge le plus prometteur de l’année. Dans une ambiance où la méfiance concurrence la paranoïa, six duos, composés de treize personnages, se succèdent dans une ronde glauque et effrayante avec comme unique lien, mystérieux, un homme (que l’on ne voit jamais) contraint à gagner du jour au lendemain la nouvelle capitale. Suspicion et sourde violence régissent ces relations duelles qui se fondent sur un rapport de force à la voracité latente. Dans ce monde sans fraternité, l’autre n’existe que pour se faire dominer. La dynamique aliénante d’une strate décisionnaire aussi arbitraire qu’omniprésente se fait entendre par tout ce qui fait défaut : doute, parole propre, résistance. Avec une écriture elliptique ouverte à toutes les interprétations scéniques, que la traduction de Sarah Vermande rend dans toute son immédiateté, Alexandra Wood crée une pièce aux allures policières et aux enjeux à la fois insignifiants et vitaux. Loin du très britannique théâtre de la catastrophe d’un Bond ou de la cruauté du délabrement moral d’un Ravenhill, cette première pièce d’Alexandra Wood nous met face à un regard distancé, voire clinique, qui creuse le glauque et le néant non pas pour l’ériger en poème comme le ferait Sarah Kane, mais pour le présenter dans sa nudité la plus quotidienne, dans son invisibilité la plus familière.

Myrto Reiss,
http://aupoulailler.over-blog.com/article-piece-la-onzieme-capitale-d-alexandra-wood-traduction-de-sarah-vermande-59771820.html,
Blog du Poulailler, 
Article paru le Mercredi 27 octobre 2010.


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Du théâtre anglo-saxon
Aux Editions Théâtrales, c'est par les Anglo-Saxons que se renouvelle et s'enrichit le répertoire dramaturgique contemporain. En collaboration avec la maison Antoine Vitez paraissent en effet deux nouveaux textes… La Onzième Capitale, de la Britannique Alexandra Wood, est une pièce étrange composée de six tableaux. Chacun d'entre eux met en scène un couple différent : une voisine et une femme de ménage, des voleurs, des fonctionnaires, une fille et un garçon, une femme et un chauffeur, etc.

Mais tous ces personnages parlent d'un même individu mystérieux dont le portrait est ainsi dessiné en creux, et tous ont pour point commun des échanges ambigus : les relations entre les personnages sont éminemment suspectes et viciées, minées par le pouvoir, la paranoïa et la peur. Aussi prennent-elles souvent l'allure de rapports de dominants à dominés, ou de victimes à bourreaux. L'univers suggéré est celui d'un ordre moral militarisé et hiérarchique, dont l'atmosphère est pour oppressante et inquiétante. Une immersion dans l'ère du soupçon et de la violence d'un pays qui n'est jamais nommé.

Dans La Carte du temps, l'Américaine Naomi Wallace déroule une partition en trois tableaux (qu'elle nomme « visions ») plantés au Moyen-Orient.Un état d'innocence met en scène une rencontre entre une palestinienne mère de famille, un jeune soldat et un vieil architecte israéliens dans un zoo à Rafat en Palestine. Petit à petit, les liens entre les différents personnages sourdent et l'on apprend qu'en fait, le soldat est un mort vivant. À cet opus sombre et fantastique en succède un autre, aussi noir et onirique, Entre ce souffle et toi. Dans une clinique de Tel-Aviv, un père palestinien vient déranger une aide-soignante israélienne dans son travail jusqu'à la limite du harcèlement, comme s'il perdait la tête. On découvre que Mourid, fou de chagrin, ne cherche qu'à retrouver en Tanya son fils. Cette jeune femme, également en sursis, est une transplantée pulmonaire réchappée de la mucoviscidose, or il se trouve que le donneur est le fils de Mourid. Et dans Un monde (qui) s'efface, Ali, un jeune Irakien de 25 ans, vient nous parler de sa passion, la colombophilie. Un prétexte pour évoquer métaphoriquement son douloureux passé, les vicissitudes de sa famille, en somme son destin tragique sous le signe de la guerre et de l'embargo.

Dans une langue poétique et imagée, Naomi Wallace dessine des visions qui ont la fulgurance de nouvelles, à la chute vertigineuse. La dramaturge offre un théâtre politique et placé sous le signe de l'engagement, qui n'exclut pas l'interrogation sur la nature humaine et ses contradictions.
Collection Répertoire contemporain : Alexandra Wood, La Onzième Capitale, traduction de Sarah Vermande, 64 p., 11 €
Naomi Wallace, La Carte du temps, Trois visions du Moyen-Orient, traduction de Dominique Hollier, 64 p., 11 €.

Barbara Petit in http://theatredublog.unblog.fr/2010/11/02/du-theatre-anglo-saxon/, Théâtre du blog, 2 Novembre 2010.

Personnage(s)
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Soutiens
  • Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre. Ouvrage traduit et publié avec le soutien de la Maison Antoine Vitez.