éditions Théâtrales Jeunesse

Pingouin (discours amoureux)

de Sarah Carré

Carnet artistique et pédagogique

Exercices

Méthode : répartition des élèves par îlots. Expliquer l’activité dans sa globalité, donner la première consigne puis dès que cette activité est terminée, les élèves viennent chercher la seconde consigne et ainsi de suite (afin de développer l’autonomie). Une première phase de travail individuel se poursuit par un échange des élèves au sein d’un îlot (mutualiser les réponses, en valider certaines, en discuter d’autres et solliciter l’enseignant si nécessaire) avant un échange collectif en classe.


Première étape

Donner aux élèves la définition du terme "pingouin" pour partir de la dénotation (avec distinction du sens propre et du sens figuré) afin d’élaborer des premières hypothèses de sens sur le contenu de l’œuvre. Puis proposer d’établir des connotations pour compléter ces premières hypothèses de lecture sur le contenu de l’œuvre.

Que signifie le terme "pingouin" ? Au sens propre ? Au sens figuré ?
Que vous suggère ce terme ?
Connaissez-vous des expressions populaires qui contiennent le terme "pingouin" ?
Que peut raconter un texte qui porte ce titre ?

Éléments de réponses

D’après le dictionnaire, au sens propre, le pingouin est une espèce d’oiseaux dont la seule espèce encore vivante est celle du Petit Pingouin vivant dans l’hémisphère Nord.
Pingouin est ainsi un titre laconique dont l’étrangeté déjoue, par son objectivité descriptive, nos premières attentes de lecteur, et qui oriente notre lecture vers un domaine précis, ciblé : le monde animal.

C’est un terme qui renvoie le lecteur à une faune singulière qui habite la banquise, espace menacé, malmené en ces temps de pollution et de réchauffement climatique.
Terme dont la définition provoque donc une plongée immédiate dans un univers tout à la fois éloigné de notre quotidien - aux confins de la terre - et qui demeure proche par toute la mythologie.

Une première hypothèse sur le contenu de cette œuvre peut ainsi être élaborée : nous aurions affaire à un texte dramatique qui donnerait la parole à un « spécimen » unique, issu d’une espèce en voie de disparition, ce qui orienterait le sujet de la pièce vers une thématique écologique d’actualité, avec, en filigrane, une prise de conscience que le mode de vie des hommes serait délétère et détruirait notre planète.
Cet animal serait notre personnage principal, le héros de ce texte dramatique.

Sans compter que, dans le langage courant, ce terme est intéressant car il désigne souvent, de manière abusive, le manchot. Si l’on considère le sens figuré de ce terme, il renvoie à la maladresse. Nous pouvons donc compléter les premières hypothèses sur le contenu de la fable : notre futur héros serait un animal ou un être humain maladroit, dont on raconterait les aventures. C’est là un défaut dont le lecteur pourrait rire, s’attendrir et, suivant un possible parcours initiatique du héros, tirer une leçon.


Deuxième étape

Ouvrir d’autres perspectives de lecture et développer l’imaginaire des élèves en étudiant la liste des personnages, le sous-titre et la couverture de l’œuvre. Demandez aux élèves de compléter les hypothèses de sens sur le contenu de l’œuvre, en justifiant sa position. Établir le rapport entre le terme « pingouin » et la thématique de l’amour, du discours amoureux. Commencez l’élaboration d’une histoire (par exemple l’écriture d’une fable).

Un sous-titre accompagne ce titre : "discours amoureux". Quelle définition donnez-vous à ce groupe nominal ?
Qui sont ces deux personnages pour vous ?
Que met en évidence la typographie de ce sous-titre ?
Quel éclairage ce sous-titre apporte-t-il au titre ?

Décrire la couverture : qu’évoquent les couleurs utilisées ?


Eléments de réponses

Dans la liste des personnages, seuls deux prénoms sont indiqués, dont l’onomastique renvoie immédiatement à la littérature, à la mythologie et à l’amour. Amazone et Abélard sont deux prénoms chargés d’histoire et qui nous éloignent du domaine de la faune. Exit donc le thème de l’écologie et du monde animal ; s’impose le thème principal, celui de l’amour, des amours contrariées d’Abélard et de son Héloïse, tout comme les amours de ces belles et vaillantes guerrières que sont les Amazones.

Quelle histoire peut naître de la rencontre de ces deux personnages aujourd’hui ? Qu’ont-ils à faire ensemble ? Un Abélard sans son Héloïse qui rencontre ici une Amazone solitaire…

Cette thématique de l’amour est confirmée par le sous-titre « (discours amoureux) », clin d’œil au texte de Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, à qui Sarah Carré emprunte le titre. La mise en valeur des deux lettres « OU » qui se détachent, cette typographie singulière donne à entendre une prononciation particulière du groupe nominal « discours amoureux » avec une insistance sur la prononciation de cette sonorité. Cela peut donner lieu à un un travail sur cette expression (renvoi implicite à des moqueries d’enfants « Ouuh , la menteuse, elle est amoureuse »). Elle donne également à voir une conjonction de coordination qui propose un balancement, un dilemme cornélien dans cette thématique de l’amour.

L’étude du sens de ce sous-titre met l’accent sur la parole, qui au théâtre a toute son importance. Il s’agit d’une prise de parole publique, assumée, ici teintée de lyrisme. Le discours amoureux évoque l’expression de soi, des sentiments, cela nous plonge au cœur des émotions et de l’amour.

Ce lyrisme est conforté par la couverture des éditions Théâtrales, que l’on peut faire étudier aux élèves. Comme à l’accoutumée, la couverture est emplie de ballons ; des ballons gonflés au sens propre, qui renvoient au sens figuré à l’audace : être gonflé, oser, être impertinent, voire dépasser certaines limites. Cela caractérise notamment Amazone, jeune fille déterminée et au verbe haut, mettant en valeur l’héritage de son nom.

Une couverture aux ballons proches les uns des autres, qui se frôlent dans une belle sensualité et une grande douceur. Ces ballons s’équilibrent et se complètent dans cet espace restreint, ce qui donne des perspectives sur le contenu de la pièce.
On peut également remarquer une harmonie dans les couleurs choisies pour dire le sentiment amoureux : un rose bonbon, un peu mièvre et fortement connoté, voire genré et associé aux filles, ce qui peut ouvrir à une discussion sur le combat contre les stéréotypes.
La seconde couleur, l’orange, évoque la vie, la pétillance, c’est une couleur chaude qui amène la joie, la gaîté, le dynamisme que l’on pourrait retrouver dans les échanges et dans l’attitude de ces deux jeunes gens.
Parmi ces ballons aux couleurs acidulées et printanières, deux peuvent être repérés par leur disposition et leur proximité. Ils sont tournés l’un vers l’autre, formant ainsi un duo singulier dans une métaphore de nos deux personnages. L’un est orange, l’autre rose, et mis en valeur par une troisième couleur : le rouge de leur embout. Un rouge passion qui les rend complices, et comme ils sont tournés l’un vers l’autre, on peut s’imaginer qu’ils se parlent, qu’ils chuchotent, qu’ils se confient… D’autres connotations peuvent être élaborées à partir des éléments de réponse des élèves.
Ces éléments nous permettent d’affiner les hypothèses sur le contenu de l’histoire, de préciser les relations entre ces deux personnages, un duo amoureux qui se jouerait des clichés avec toute la douceur, la joie et l’optimisme qui caractérisent cette couverture.
Tout annonce l’amour et le duo, donc.

Pour vérifier ces hypothèses, on peut lancer les élèves dans la découverte de l’œuvre, la feuilleter, en observer la composition avant de se lancer dans l’étude du 1er bris.