éditions Théâtrales Jeunesse

Pingouin (discours amoureux)

de Sarah Carré

Carnet artistique et pédagogique

Observez l’ouvrage et feuilletez-le : comment se présente-t-il ?
Quelles sont les particularités de sa construction ?
Qu’est-ce qu’un bris ? Quelle en est l’utilité ? Quelles informations obtient-on grâce à la liste page 7 ?

Éléments de réponses
Les élèves repèrent de suite les éléments suivants afin d’appréhender la cohérence et la structure de l’œuvre.

  • 14 phrases composent la liste « Bris de discours » avec une variation de la position de la phrase dans l’espace ainsi qu’une taille de typographie différente
  • La division de l’œuvre en trois parties
  • Chaque partie comporte un nombre différent de scènes
  • Chaque scène est intitulée et ce titre est un bris
  • Les scènes sont courtes et deux personnages y sont présents

On peut alors lancer les élèves dans un travail sur la liste des bris, élément particulier de l’œuvre, liste qui fonctionne comme un sommaire.
Leur en donner la définition. Ce terme désigne « l’action de briser quelque chose, ou désigne les débris ainsi obtenus » (dictionnaire Larousse). Au sens figuré, ces bris sont des morceaux de discours. Cela nous renvoie de nouveau à Barthes et ses Fragments d’un discours amoureux, où se trouvent aussi, ainsi intitulés, des « bris de discours ».

Si les élèves n’ont pas identifié la liste, proposer l’exercice 1 pour la découvrir avant de la lire.

Exercice 1
Par duo : placer deux chaises au centre du plateau. Deux élèves font leur entrée, l’un après l’autre et chacun s’installe sur une chaise en prenant la posture de son choix. Une première personne dit sa phrase dans cette posture, elle l’adresse à l’autre puis elle change de position. Elle utilise la chaise pour changer de position, d’espace et d’intention. Utiliser l’objet comme bon nous semble, en oubliant son côté utilitaire (afin de développer son imaginaire, même si l’absurde surgit).
Changer de position après chaque prise de parole. Écouter la proposition de l’autre, la recevoir et répondre avec une justesse dans l’intention. Décliner ainsi tous les bris avec des duos différents. L’exercice peut s’achever sur une mise en ordre de ces bris : au plateau, former une ligne en mettant les bris dans l’ordre de ce que cela vous raconte, selon un schéma narratif cohérent. Chacun explicite le sens de son bris et sa place dans le groupe (cet exercice oblige à une concentration et une grande écoute). On peut s‘amuser également à modifier la proposition en changeant la place de quelques élèves afin de construire une autre fable.

Si les élèves ont découvert la liste :

Exercice 2
Se placer en cercle. Distribuer à chacun une phrase, que l’élève mémorise rapidement. Un·e élève commence et donne sa phrase au groupe en choisissant un rythme de parole, une intensité et une intention. L’élève suivant·e enchaîne avec sa propre phrase, en conservant la même proposition que la personne précédente (rythme, intensité et intention). On peut varier la proposition : amplifier, diminuer l’intensité, ralentir le rythme en gardant la même intention (joie, rire, peur, colère…)

On peut établir un premier bilan :

  • Les titres des bris sont des phrases courtes, au présent de l’indicatif à valeur de généralisation. Signe de la vivacité de la parole et de la pensée. Ce sont aussi des sortes de maximes ou proverbes populaires, renvoyant à la question de l’oralité et d’une forme de sagesse populaire liée à l’expérience
  • Parodie, pastiche et collage de certains proverbes : variations de ces proverbes qui expriment des vérités liées à l’expérience amoureuse (repérage du champ lexical de l’amour dans tous ses états, dispute comprise)
  • Ces bris racontent des épisodes d’une histoire, proposent un fil conducteur de cette histoire. On part de « Un “Je t’aime“ n’arrive jamais seul. » pour arriver à « L’habit ne fait pas la mariée. ». Se dessinent des passages, des « bris » de la vie amoureuse : de la déclaration d’amour au mariage avec des éléments qui évoquent les bisous, la dispute, la rupture, les retrouvailles

Les élèves peuvent compléter les hypothèses sur l’histoire racontée et commencer à dresser les portraits des deux personnages qui tomberont probablement amoureux l’un de l’autre, et ils peuvent réfléchir à l’écriture de Sarah Carré, à la construction de la pièce.

Étude du 1er bris
Observez ce bris dans sa totalité : quelles caractéristiques pouvez-vous dégager de cette première prise de parole ? (répliques, répartition, longueur…)
Qui parle ? À qui ?
Quelle est la situation de ces personnages ?
Que se disent-ils ? Que révèlent-ils d’eux-mêmes ? de l’autre ?
Quelles relations se tissent dans cet échange ?

Éléments de réponse
Si l’on observe cette première prise de parole, dans son ensemble, on remarque un équilibre dans la répartition des répliques. C’est un échange vif, fait de stichomythies.

Il s’agit de la première rencontre de ces deux personnages principaux qui ne se connaissent pas. Abélard dira très vite « On ne se connaît même pas » (page 11), information que reprend Amazone (« Parce que je ne te connais pas », page 12). Se dessine le portrait du personnage : Amazone ne respecte pas le cadre social, le cadre de sa relation n’est pas établi, et d’ailleurs Abélard le lui fait remarquer à plusieurs reprises : « Tu ne peux pas dire “je t’aime“ comme ça ! » ou encore « Comme si tu disais bonjour » […] « et pourquoi tu ne veux pas me dire bonjour ? ». Abélard apparaît plus respectueux des convenances sociales.
Un dialogue s’ouvre, et c’est Amazone qui en est à l’initiative. C’est un début in medias res, on ne connaît rien des deux personnages, la situation n’est pas précisée (temps, lieu, action, relation), mais l’on y accède de façon directe. Amazone se jette à l’eau, elle ose engager une conversation avec cet inconnu, Abélard. Si l’on observe la première réplique, les élèves repèrent très vite qu’elle sonne comme une déclaration d’amour, que le sujet amoureux dévoile son intimité et qu’Amazone ne cesse de répéter cette formule comme une incantation face à un Abélard qui ne comprend pas ce qui lui arrive, voire ce qui lui tombe dessus. La répétition de cette déclaration, source d’un comique de situation, témoigne de la fascination du sujet amoureux pour l’être aimé, objet de son désir. Amazone se définit ici par son discours.
Amazone entame la première la conversation ; elle prononce la formule magique révélant son émotion, son état de sujet amoureux : « Je t‘aime », répété à l’envi, témoigne de son grain de folie.

Proposer aux élèves de :

  • Lire exclusivement les répliques d’Amazone (comme si elle répondait à Abélard au téléphone)
  • Ne lire que celles d’Abélard
  • Les lire vite, à deux ou à plus, comme s’ils s’envoyaient les répliques
  • Procéder de la même manière avec deux autres bris : « Qui s’y frotte se prend les pieds dans le tapis » (page 41) et « L’habit ne fait pas la mariée » (page 63). Un jeu sur le langage y a lieu, et le discours d’Amazone est action, mouvement (par exemple le fait de mettre la robe ou d’imposer à Abélard la rupture, ainsi que de danser). La dernière réplique d’Amazone éclaire sur son état d’amoureuse : elle dit ressentir des sensations liées au vertige provoqué par les manèges. Elle témoigne de son état, conséquence de la rencontre et du jeu qui s’est installé entre eux deux.