éditions Théâtrales Jeunesse

Petit Pierre

de Suzanne Lebeau

Carnet artistique et pédagogique


Texte sélectionné en 2007 et 2013 par l’Éducation nationale pour le cycle 3 du primaire et pour la liste de « Lectures pour les collégiens » 2013.

Carnet pédagogique réalisé par Véronique Dekimpe, professeur de français du secondaire.
« Je cherche à comprendre comment un homme qui est né si démuni,
si brutalement exclu, a eu l’obstination et la patience de faire de sa vie une œuvre. »
(Suzanne Lebeau in Itinéraire d’auteurs n°6, p. 54)

1983 : création de la Fabuloserie, musée d’art brut à Dicy, hébergeant le manège de Petit Pierre, par Alain et Caroline Bourbonnais

1998 : Suzanne Lebeau part sur les traces de Pierre Avezard et se rend en France où elle découvre le manège.

L’auteur

Suzanne Lebeau est née en 1948, au Québec. Après des études de lettres et de pédagogie, elle devient comédienne. En 1975, elle fonde avec le metteur en scène Gervais Gaudreault, la compagnie de théâtre pour la jeunesse Le Carrousel pour laquelle elle écrit son premier texte en 1979. Depuis, plus de vingt pièces sont parues, toutes destinées à la jeunesse, dont certaines traduites dans plusieurs langues. Les éditions Théâtrales ont publié 10 textes de Suzanne Lebeau. Le Centre national des écritures du spectacle lui a consacré une monographie dans la collection « Itinéraire d’auteur » en 2002.

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Crédit photo : François-Xavier Gaudreault

Suzanne Lebeau est une conteuse d’histoire, conteuse dont on entend la voix derrière les mots. Des mots à la fois simples et riches, sonores et sensuels. La vie vibre sous sa phrase. Suzanne Lebeau revendique de parler aux enfants : des beautés de la vie, de l’amour entre les êtres et des cruautés du monde, des hommes, parfois. Quand on demande à Suzanne Lebeau qui dit aimer le récit, pourquoi elle n’écrit pas de romans, elle répond : « le théâtre est le seul art où l’on part de l’intime puis qui s’ouvre comme un entonnoir. L’intime rejoint un groupe qui s’en empare, ce groupe s’élargit à l’espace social du public et là il rejoint le plus intime du spectateur. Le roman va direct de l’intime à l’intime, le théâtre passe par un espace social et c’est ce que j’aime dans le théâtre.

Extrait d’un article de Annie Quenet, « Suzanne Lebeau, l’humaine humanité », Griffon, mai-juin 2009.

Le texte

Une série de rencontres prélude à l’écriture de Petit Pierre : celle d’un livre, Le Manège de Petit Pierre, puis celle de ses concepteurs, Léon Avezard, Caroline Bourbonnais et Laurent Danchin qui l’ont publié à la Fabuloserie en 1995. Celle d’une œuvre, enfin : le manège conçu toute une vie durant par Pierre Avezard, dit « Petit Pierre », chef-d’œuvre d’art brut retrouvé puis conservé par Alain et Caroline Bourbonnais à la Fabuloserie, à Dicy dans l’Yonne. Des strates artistiques se conjuguent donc dans la pièce de Suzanne Lebeau qui retrace en même temps que l’histoire d’un homme, né difforme, quasi aveugle, sourd et muet, l’histoire de sa création.

« J’aime Petit Pierre qui me parle de la vie envers et contre tout, plus puissante que la faim, le froid et la guerre. J’aime le manège qui me parle de l’art qui respire en chacun de nous plus fort que… »

À la petite histoire d’une vie, se superpose la grande Histoire du siècle et ses soubresauts. Comment ces deux lignes du temps s’entremêlent-elles ? Orchestrée par deux conteuses, regard et voix extérieurs à la création, la pièce prend la forme d’un récit choral. Omniscientes, et non dénuées d’affect pour ce qu’elles relatent, elles deviennent des personnages à part entière grâce à l’interaction de leur récit avec la scène, et à travers la mission descriptive que l’auteur leur confie, où elles vont, ainsi que le spectateur, d’étonnement en étonnement. Les visions, les sons qu’elles convoquent sont le reflet d’une marche parallèle : à mesure que le temps passe, le manège de Petit Pierre prend de la hauteur et se complexifie. Chacun de ses rouages apparaît alors comme une petite scène du monde. Une histoire de passion. Et de pugnacité.